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mercredi, 13 novembre, 2019
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Catastrophes naturelles et environnementales

Des pistes pour une résilience de nos territoires

17 juillet 2019 à 9 h 00 min

Demandez à Boumerdès, demandez à Bab El Oued, à Ghardaïa ou à Illizi, ils vous diront leur résilience face aux traumatismes subis et comment ils ont pu rebondir (ou pas) au lendemain des catastrophes majeures les ayant endeuillés.

Tant d’aléas et autant de traumatismes pour les territoires et leurs habitants ont questionné ces deux dernières décennies les Algériens pour les amener à prendre conscience de leur vulnérabilité et à reconsidérer leurs capacités à faire face à des crises majeures et également d’améliorer la robustesse leur organisation.

C’est aussi l’objet de recherches académiques, car le concept de résilience des territoires est assez récent. C’était en tout cas le thème d’une série de conférences données dans le cadre d’une mission de coordination qui ouvre le projet intitulé «PHC Tassili», réunissant des chercheurs de l’université Constantine 3, plus exactement le laboratoire Villes et santé, et de l’université Poitiers en France. Les deux représentants de cette dernière, le Pr Dominique Royoux et le Dr Mohamed Taabni, ont focalisé sur cette notion dont les enjeux nous touchent de près, en tant qu’Algériens, tant notre territoire est périodiquement secoué par des catastrophes déstabilisantes.

Le concept de résilience est intégré dans les années 1990 dans l’approche de la vulnérabilité des territoires et la gestion des risques ; il est même placé au cœur de la nouvelle stratégie de gestion des risques et de réduction des catastrophes, promu par l’ONU. Pour faire simple, la résilience est «la capacité d’une organisation, d’un territoire à se reconstruire et à retrouver ses fonctions normales après une catastrophe», explique le Dr Mohamed Taabni, dans son intervention.

Et cette faculté est inévitablement associée à l’état de la gouvernance, à l’équité et la démocratie, comme nous l’explique le Pr Dominique Royoux et comme nous le démontre plus loin le Pr Aberkane, invité par le laboratoire organisateur pour enrichir la rencontre par son expérience de maire de l’une des plus grandes communes d’Algérie, El Khroub.

Trois clés pour rebondir

Une ville est un système territorial, social et économique mis en péril par les catastrophes naturelles ou environnementales qui peuvent être dévastatrices (Haïti) et en tout cas déstabilisatrices, comme en 2003 à Boumerdès. «Les enjeux exposés aux risques (individus, bâtiments, exploitations, activités économiques, matériels…) ne constituent pas des éléments indépendants, mais s’intègrent dans des systèmes complexes en interaction (organisations, territoires, société) qui doivent retrouver un fonctionnement satisfaisant après un événement perturbateur», explique le Dr Taabni.

Il s’agit d’anticiper des perturbations quel que soit leur niveau, d’en minimiser les effets, de se relever et rebondir grâce à l’apprentissage, l’adaptation et l’innovation, d’évoluer vers un nouvel état en équilibre dynamique, préservant ses fonctionnalités, et cet état ne peut qu’être décidé et construit démocratiquement.

Pour ce faire, trois éléments conditionnent les politiques publiques pour qu’elles soient cohérentes, selon le Pr Royoux : agir à la bonne échelle, agir avec le plus grand nombre et intégrer plus les politiques publiques entre elles. La résilience territoriale n’est pas liée seulement à la reconstruction des territoires après des catastrophes, mais aussi aux conditions de reconstruction, d’adaptation et de prospective territoriale, explique-t-il à El Watan.

Les territoires aujourd’hui, qu’il y ait catastrophe ou pas, doivent s’adapter et comprendre les transformations dans lesquelles ils sont engagés, même si leurs responsables ne le souhaitent pas. Trois orientations importantes sont à prendre en compte pour mieux s’adapter aux mutations contemporaines, selon lui. Premièrement, il s’agit de construire des politiques publiques à la bonne échelle, notamment à l’échelle urbain/rural. Aujourd’hui, les facteurs de mobilité, de logement, de développement économique demandent de dialoguer entre la ville et la campagne.

Les gens qui s’installent à la campagne ou qui s’installent à la ville nouvelle Ali Mendjeli ont des liens avec Constantine, détaille notre interlocuteur, et donc ils ont besoin de mobilité, de services, qu’ils trouvent tantôt dans la ville nouvelle, tantôt à Constantine : «On a besoin de construire des politiques ensemble et d’ensembles, parce qu’il n’est plus possible qu’il soit dissocié entre le territoire urbain d’un côté et rural d’un autre.»

Deuxièmement, il s’agit d’apprendre à développer de nouvelles méthodes de démocratie participative. «Aujourd’hui, en France comme en Algérie ou ailleurs, on est dans des processus d’apprentissage de la démocratie participative, d’apprentissage des nouvelles modalités de participation citoyenne qui ne sont pas parfaites encore et nous avons besoin de progresser là-dessus», dit-il.

Lever le handicap paradigmatique

Et puis, troisièmement, c’est de concevoir des politiques plus intégrées entre elles. «On ne peut pas concevoir des politiques d’urbanisation ou construire des logements sans intégrer des politiques de mobilité. On ne peut pas concevoir le développement économique sans construire des formations ni construire des politiques d’environnement dans un secteur, la défense du climat par exemple, sans s’intéresser à la question de l’énergie. Tout cela mérite qu’on décloisonne les politiques publiques pour lesquelles il y a des services et des adjoints qui sont seulement dédiés pour une politique publique, il faut intégrer et faire les choses plus globalement tout en ayant une visée concrète», conclut le Pr Royoux.

La démocratie participative est ainsi l’une des conditions de la résilience d’un territoire. Les habitants de la nouvelle ville Ali Mendjeli seraient certainement d’accord là-dessus, eux qui ont été endeuillés par les inondations en août 2015, dues à une mauvaise calibration des réseaux d’évacuation des eaux pluviales. Mais l’Etat demeure un mauvais élève, et contrairement aux intentions déclinées à travers le CapDel (programme de renforcement des capacités des acteurs du développement local), les mauvaises pratiques ont toujours la peau dure.

Le témoignage de l’ancien maire d’El Khroub, Abdelhamid Aberkane, est édifiant à ce sujet. Sa commune a été sélectionnée dans le cadre du CapDel, parmi dix communes pilotes à travers le territoire national, pour mettre en place les conditions d’une gouvernance communale basée sur la transparence, la concertation et la participation du citoyen.

Il n’en est rien, affirme l’intervenant, et très vite l’enthousiasme stimulé par le choix d’El Khroub est retombé, explique-t-il, quand «Alger» a envoyé un administrateur pour commander le programme. Exit donc les élus et les citoyens. L’administration continue à considérer ces deux maillons comme mineurs, et qu’elle seule est capable de gestion et de bon sens. Cette vieille mentalité bureaucratique et jacobine qui reproduit l’échec se conjugue à la faiblesse des textes règlementaires.

Certes, l’Algérie s’est dotée en 2004 (après le séisme de Boumerdès et les inondations de Bab El Oued) d’une loi sur la prévention et la gestion des catastrophes, mais cette loi se limite hélas aux règles parasismiques et ignore les autres aléas (inondations, glissements de terrain…) qui ne peuvent donc pas être pris en considération dans les instruments d’urbanisme dans l’aménagement du territoire. De sérieux handicaps techniques, mais surtout paradigmatiques à lever.


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