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Constantine : Le hirak universitaire sans encadrement

17 avril 2019 à 10 h 00 min

Le mouvement, ou le hirak universitaire, a-t-il besoin d’une restructuration ? Si l’on se réfère à la mobilisation lors de la marche hebdomadaire de mardi, il est évident que le mouvement arrive à se maintenir contre vents et marées. Or, ce n’est pas l’avis de bon nombre d’universitaires, qui voient, dans l’absence d’encadrement, un risque de fissuration.

Dimanche dernier, il n’y avait pas foule au campus central de l’université Frères Mentouri (UFMC). L’appel sur les réseaux sociaux à se regrouper sur l’esplanade pour débattre de la situation ou engager des opérations de nettoiement, à titre d’exemple, n’a pas été entendu.

La majorité des étudiants ne se sont pas présentés, et pour cause, la grève est effective. Depuis la fin des vacances universitaires, le 6 avril, la communauté est tiraillée entre la reprise des cours, tout en poursuivant les marches de mardi, et l’observation d’un mouvement de grève.

Les adeptes de la première option, s’ils ont réussi à suivre les cours la semaine dernière, n’ont pas pu le faire cette fois-ci, car les issues des différents blocs pédagogiques étaient verrouillées. Une politique de fait accompli face à laquelle beaucoup n’ont pas eu leur mot à dire.

«On ne peut pas accéder à notre faculté, elle est fermée. On nous impose cette grève», dira un groupe d’étudiantes de la faculté de droit. Le même constat est fait devant le bloc des sciences, celui des lettres, le campus Zerzara, ou encore ChaabErssas. Sur les forums des étudiants, les photos des instituts fermés sont publiées, accompagnant des textes confirmant le mouvement de grève.

Sur les pages «spotted université», des slogans sont aussi affichés, comme pour rassurer les «récalcitrants», comprendre ceux qui veulent suivre le cursus tout en poursuivant le hirak. «Je n’ai rien à faire du diplôme, puisque je vais subir le chômage», ou encore «une année blanche, mieux qu’un avenir noir».

De toute cette effervescence, il ressort que la communauté estudiantine a du mal à se structurer. Si elle s’est émancipée de la tutelle de ses organisations, affiliées aux sphères politiques, elle peine à accorder ses violons. «Il faut restructurer le mouvement», nous a indiqué un enseignant qui a requis l’anonymat. Et d’insister sur l’implication de sa corporation.

«Après l’échec de la coordination, il faut revoir notre stratégie pour que le hirak universitaire ne soit pas dispersé. Ce mouvement de grève, qui l’a initié ?». La représentativité devient une pierre d’achoppement et irrite plus d’un. «Personne ne nous représente», ont signifié plusieurs étudiants lors d’un forum, tenu la semaine écoulée à l’université Abdelhamid Mehri (Constantine2). Sans ambiguïté, ils ont affiché leur rejet d’une quelconque tutelle.

Quelles perspectives ?

Mais qu’en est-il de la suite à donner au mouvement ? En dépit de toutes les bonnes volontés, dégager des perspectives s’avère être un exercice périlleux. Car, il y a ceux qui refusent tout dialogue et campent sur des positions immuables.

«Ecoutez – moi, nous n’avons rien à faire dans cet auditorium, notre place est dans la rue, nous devons quitter ces lieux et aller manifester dehors», a déclaré une étudiante, dans une tentative de haranguer l’assistance. «Je n’ai pas peur de l’année blanche, quand l’avenir du pays est en jeu, nous sommes devant une cause nationale», a-t-elle encore ajouté avant de disparaître.

Une intrusion qui a interrompu le débat pour véhiculer un message, pour le moins clair. La réaction de certains étudiants, très actifs dans le mouvement, ne s’est pas fait attendre «Nous ne connaissons pas cette fille, nous ne l’avons jamais vue dans nos rangs lors des marches, elle n’a aucune légitimité pour parler en notre nom», ont – il seriné à tour de rôle, ce qui a tempéré les ardeurs quant à sortir dans la rue au lieu de rester à l’intérieur de la franchise universitaire. Et de relancer le débat de plus belle sur la représentativité.

Le Pr Nasser Djebbar, du département d’histoire, rappelle que l’université Abdelhamid Constantine 2 a été représentée dans l’ex-coordination universitaire par trois enseignants et six étudiants. Certains ont trouvé la méthode non démocratique en l’absence de la majorité des étudiants, puisque cette instance a été installée pendant les vacances universitaires, imposées par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur, Tahar Hadjar, visant à stopper leur protesta : «Tous les étudiants doivent être présents pour décider des actions à venir.»

Un étudiant va plus loin dans sa réflexion et propose l’organisation d’«assemblées générales dans chaque faculté pour décider unanimement». Dans cette perspective de continuité, voire au-delà, le Pr Hocine Boubidi insiste sur la restructuration, le débat et la concertation : «L’université doit poser les jalons de la réflexion, des échanges, décortiquer les mécanismes et les expériences pour apporter des propositions au mouvement populaire.»

L’universitaire qui a appelé à la mise en place de cellules de réflexion a, dans son intervention fort intéressante énuméré certains impairs qu’il faut impérativement éviter de commettre, dont les revendications idéologiques, corporatistes ou régionalistes.

«Réclamer des intérêts étroits ne peut que nuire à l’unité du hirak», a-t-il averti. Les voies du débat ne sont pas fermées et la seule certitude pour l’heure est que la détermination de cette communauté semble être intacte. Et quelles que soient les frictions, le rendez-vous de mardi (la marche) arrive à les réconcilier.

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