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Salah Derradji. Docteur en didactique de la langue anglaise

Changer l’université, c’est aller vers des réformes mûrement réfléchies

31 juillet 2019 à 10 h 00 min

Changer le français par l’anglais à l’université, la mesure prise à l’emporte-pièce par le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, continue de susciter des réactions, notamment dans la communauté universitaire qui considère globalement qu’elle répond plus à des considérations politiciennes que scientifiques, académiques et pédagogiques. Nous avons demandé un avis sur la question à Salah Derradji, l’un des tout premiers professeurs de langue anglaise de l’université algérienne.

– Tayeb Bouzid, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a jeté un pavé dans la mare en instruisant les recteurs des universités et directeurs d’établissements supérieurs de remplacer le français par l’anglais en commençant dans l’immédiat par les en-têtes des documents et correspondances. Quelle est votre appréciation générale ?

Je pense que les vrais problèmes de l’université algérienne ne résident pas vraiment dans le choix de la langue d’enseignement et de communication. Ce n’est pas en changeant les en-têtes des correspondances et documents administratifs qu’on aura un bon classement dans Shanghai Ranking, The Times Higher Education World University Rankings

Il faut aller vers les vraies réformes pour préparer le manager et le chercheur algérien de demain : l’autonomie des universités, la création des pôles d’excellence et enfin la privatisation des œuvres universitaires, vrai cancer de l’université algérienne. En plus, ce type de grandes décisions qui engagent notre pays et tout notre système éducatif ne doivent pas être prises à sens unique sans consulter les spécialistes du secteur.

C’est vrai que le ministère dit avoir lancé un sondage d’opinion et que la rue est très favorable, mais je trouve aberrant de demander l’avis de la rue pour le devenir de l’université algérienne. De par le monde, l’université a toujours été la locomotive qui propose des solutions à toute la société ! En plus, il me semble que les normes de ce sondage restent ambiguës et donc très peu fiables.

– Le ministre justifie son initiative pour «une meilleure visibilité des activités académiques et scientifiques des universités» et qu’elle est motivée par «la demande des étudiants qui veulent que leurs diplômes soient reconnus à l’étranger, au Japon à titre d’exemple». Quelle part d’exactitude pourrait-on accorder à ces motifs qui, le moins que l’on puisse dire, ont surpris et divisé la communauté universitaire, notamment entre les arabophones et les francophones ?

L’important est de savoir qu’une langue est un tout, et les conditions socioculturelles jouent un rôle très prépondérant dans l’acquisition et l’apprentissage des langues. La réalité du terrain chez nous est qu’une grande majorité des universitaires algériens ne maîtrisent pas les langues étrangères.

Les chercheurs qui publient dans des revues scientifiques internationales se font corriger par un enseignant de langue anglaise. Encore une fois, ce n’est pas en changeant les en-têtes des documents d’une langue vers un autre que les diplômes de nos étudiants seront reconnus mondialement.

C’est surtout d’aller vers des réformes sérieuses et mûrement réfléchies. De plus, la réalité socio-culturelle et de manière générale l’Algérien est plus proche du français que de l’anglais, comme l’Egyptien et l’Indou sont plus proches culturellement de l’anglais, c’est ce qu’on appelle l’ancrage linguistique. Sur le plan logistique, avons-nous les moyens humains et matériels pour rendre cette décision faisable.

– Pour de nombreux observateurs qui font le lien avec le blocage politique actuel, le pavé jeté dans la mare n’est pas l’initiative du ministre Tayeb Bouzid. Quelle est votre opinion sur cet aspect ?

Politiquement, je pense que c’est une manière de dévier le hirak et une tentative de récupération du mouvement citoyen qui demande un changement fondamental de notre société. Cette idée de substituer l’anglais au français à l’université émane notamment de la tendance conservatrice, pour adopter l’anglais comme première langue étrangère, juste pour contrer le français.

Il y a aussi cette obsession de supprimer le français à tout prix, sous prétexte que cette langue est le «stigmate» du colonialisme. Je suis persuadé que l’apprentissage d’une langue ne doit nullement impliquer le rejet d’une autre, sinon un tel geste serait perçu comme un rejet du savoir.

De nos jours, je pense qu’intégrer l’anglais aux cursus universitaires est plus qu’un «must». Mais pas de cette manière. C’est un travail sur le long terme qui doit être engagé, en renforçant le volume horaire d’apprentissage de la langue anglaise au primaire et au collège et on appréciera le fruit une fois l’apprenant arrivé à l’université avec son bac.


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