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samedi, 12 juin, 2021
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Arezki Harmim. Chercheur au CDER : «Il faut passer de la recherche à l’industrialisation»

09 juin 2021 à 10 h 12 min

Il vient de recevoir l’attestation de délivrance du Brevet d’invention d’un chauffe-eau solaire de l’INAPI et attend celle concernant l’invention d’un cuiseur solaire. Arezki Harmim est chercheur en thermique solaire au Centre de développement des énergies renouvelables d’Adrar.

En 2003, il lançait avec son équipe de recherche le projet de développement de la cuisson solaire. Aujourd’hui, il espère attirer l’attention des jeunes élèves et des étudiants sur l’intérêt que représente cette filière. Le chercheur est même parvenu, en 2016, à organiser un Festival de la cuisson solaire à Adrar au profit de collégiens qui ont réussi à construire pas moins de 70 cuiseurs fonctionnels. Harmim s’est engagé également dans des travaux de vulgarisation à travers le territoire national en participant à différentes manifestations scientifiques avec des passages à la télévision nationale et à la Radio. Il poursuit actuellement ses recherches dans le domaine de la cuisson solaire avec comme objectif de développer des cuiseurs solaires hybrides et à stockage de chaleur qui peuvent être exploités après le coucher du soleil.

 

 

-En quoi consiste votre contribution à cette filière de recherche dédiée à la thermique solaire ?

Mon apport dans cette filière se résume au développement d’un nouveau et original cuiseur solaire stationnaire et intégrable au mur de la cuisine d’une habitation orientée plein sud. Il peut être alors exploité sans sortir sous le soleil ! Durant son utilisation, il ne nécessite aucun mouvement ou réorientation. Il peut atteindre des températures de l’ordre de 170°C et il est capable de préparer deux plats par jour.

-Pouvez-vous nous retracer en quelques lignes votre parcours de recherche et vos aspirations ?

J’ai commencé mes travaux de recherche en thermique solaire à l’unité de recherche en énergie renouvelables en milieu saharien d’Adrar en 1994. J’ai alors dirigé plusieurs projets de recherche et occupé le poste de directeur de l’unité de 1999 à 2001. Avec mon équipe de recherche, constituée de Messieurs Boukar Mebarek et Amar M’hammed, j’ai lancé le projet de développement de la cuisson solaire, en 2003. Le projet a permis le développement de quelques prototypes de simples cuiseurs solaires utilisés pour la vulgarisation de cette application énergétique au sein des universités algériennes. En 2008, j’ai proposé une nouvelle forme d’ustensile de cuisine dans le but d’améliorer l’efficacité des cuiseurs solaires et de réduire la durée de cuisson. Il s’agit de l’ustensile de cuisine à ailettes. C’est une casserole cylindrique ordinaire dont la surface latérale extérieure est munie d’ailettes rectangulaires le long de sa circonférence. Il a été expérimentalement démontré que l’ustensile de cuisine à ailettes réduit considérablement le temps de cuisson sans aucune modification ni réduction du volume utile pour contenir l’alimentation à cuire. En 2010, j’ai proposé l’utilisation de plaques absorbantes à ailettes pour améliorer l’efficacité des cuiseurs solaires boîtes. Ceci a été démontré par une étude expérimentale. Puis, en 2013, j’ai réalisé le cuiseur solaire stationnaire à intégrer au mur de la cuisine qui a fait l’objet de la demande de brevet d’invention.

-Comment marche la cuisson solaire ?

C’est très simple. La cuisson solaire consiste à exploiter le rayonnement solaire pour faire cuire les aliments et les préparer pour la consommation humaine. Pour réaliser ceci, il faut capter le rayonnement solaire, le transformer en chaleur, retenir la chaleur et la transmettre aux aliments à cuire à travers les parois de l’ustensile de cuisine. Les températures de cuisson des plats alimentaires doivent être dans des limites précises. Ceci peut être obtenu moyennant une boîte de type Hot-Box. En cuisson solaire, les aliments sont placés dans des ustensiles de cuisine peints en noir pour mieux absorber la lumière du soleil installés sur une plaque absorbante, peinte en noir, disposée dans un boîtier muni d’un vitrage qui laisse passer le rayonnement solaire et empêche de sortir le rayonnement thermique émis par la plaque absorbante et les récipients de cuisine. De cette façon, on réalise un «attrape-chaleur», selon le principe de l’effet de serre. Le rayonnement solaire absorbé par la plaque absorbante et les ustensiles de cuisine est converti en chaleur qui sera transmise aux aliments à cuire qui sont dans les ustensiles. Pour booster le rayonnement entrant dans le boîtier, on peut utiliser des miroirs pour concentrer le rayonnement solaire vers l’intérieur de la boite et sur les ustensiles de cuisine.

-Quels sont les avantages de la cuisson à l’énergie solaire, notamment dans les régions sahariennes à fort rayonnement ?

Plusieurs modèles de cuiseurs solaires ont été construits et beaucoup de travaux théoriques et d’investigation expérimentale ont été effectués pour améliorer leurs efficacités à travers le monde. Du point de vue environnemental, l’utilisation des cuiseurs solaires contribue à limiter la déforestation dans les Hauts-Pplateaux, en régions montagneuses et en milieu saharien. La cuisson solaire contribue également à limiter les émissions des gaz à effet de serre qui sont générés par la combustion du gaz, du bois et du pétrole. Ces combustibles seront alors réservés pour des exploitations stratégiques. Du point de vue santé, les cuiseurs solaires peuvent être utilisés gratuitement pour purifier l’eau de boisson dans les régions pauvres et déshéritées, car la température atteinte par ces dispositifs dépasse largement la température de consigne qui est de l’ordre de 65°C.

La cuisine solaire est plus saine. La concoction solaire est lente sous des températures modérées. On conserve alors les saveurs, les vitamines et les richesses des aliments cuits. Sur le plan économique, la cuisson solaire qui se fait gratuitement contribue à la réduction de la facture énergétique. Les cuiseurs solaires sont rustiques et ne nécessitent pas de haute technologie. Ils contribuent aussi à la création d’emplois à travers leur réalisation artisanale dans les régions enclavées. L’un des avantages les plus importants de la cuisson solaire est le gain de temps, puisqu’il n’est pas nécessaire de rester constamment près des fourneaux pour remuer et surveiller la cuisson, car l’alimentation ne brûle pas et ne colle pas. Durant la cuisine, on peut vaquer à d’autres occupations familiales en toute sécurité.

-Pensez-vous qu’il soit aujourd’hui possible de passer du stade de la recherche en laboratoire à une industrie des cuiseurs solaires ?

Absolument. Je pense qu’il faut passer de la recherche à l’action d’industrialisation des cuiseurs solaires en Algérie. Un savoir-faire est bel et bien accumulé dans ce domaine et les prototypes développés et testés sont mûrs.

 

Entretien réalisé par  Houria Alioua


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