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Histoire . Rencontre sur Cervantès à Alger

Une ville captivante

30 juin 2018 à 4 h 08 min

Une riche et instructive rencontre a été organisée par l’Institut Cervantès d’Alger (en partenariat avec le ministère de la Culture), dimanche dernier.

Durant une matinée, les chercheurs se sont succédé sur l’estrade de la Bibliothèque nationale d’El Hamma, située non loin de la grotte où s’est réfugié l’écrivain durant une des ses infructueuses tentatives d’évasion.

«Il y a un avant et un après Alger» dans le parcours de Cervantès : c’est ce dont tous les intervenants conviennent. Le vaillant soldat qui avait gagné ses titres de noblesse et perdu sa main gauche à la bataille de Lépante en 1571, sera complètement transformé par son expérience de la captivité entre 1575 et 1580. Il fait à Alger, l’expérience d’une ville des plus cosmopolites de l’époque.

Le chercheur algérien Chafik Benafri décrit une société totalement tournée vers la mer, avec des groupes sociaux très divers, entre Ottomans, Morisques, Juifs séfarades et convertis venus d’Europe et d’Amérique sans compter bien sûr la population originaire du lieu.

Le nombre de captifs a été largement surestimé, note le chercheur qui l’a étudié en se basant sur les archives de la Régence d’Alger. Initialement capturés en masse pour servir de forçats dans les galères, le nombre des captifs diminue avec l’usage des voiles. Benafri estime le nombre des captifs à 3000 à l’époque de Cervantès.

Ils disposaient du droit de pratiquer leur religion et de racheter leur liberté. Certains choisissaient aussi de se convertir à l’islam pour accéder à des postes de responsabilité dans la marine ou parmi les autorités de la Régence d’Alger.

Cette ouverture s’explique, selon l’hypothèse de Benafri, par le fait que les autorités ottomanes elles-mêmes sont étrangères en terre algérienne.

Elles favoriseront ainsi l’installation d’étrangers pour tenir les autochtones à distance des centres du pouvoir.

Venu de Tokyo, le professeur Norio Shimizu a plongé pour sa part dans l’œuvre multiforme de Cervantès pour y chercher les traces de son passage à Alger. Nombre de ses pièces ajoutent à la mode des «turqueries» un goût de vérité tiré de son expérience personnelle.

Il rêve ainsi d’une fuite réussie grâce à l’aide d’une belle Algéroise dans La Grande sultane. Alger est également présente dans ses Nouvelles exemplaires et puis, évidemment, dans plusieurs chapitres de L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, son œuvre majeure.

Fait remarquable, ces allusions à la captivité arrivent dans des œuvres tardives publiées plusieurs décennies après les faits. Une forme de catharsis, selon le chercheur japonais qui y voit la sublimation d’une expérience douloureuse et formatrice.

Cervantès y avait découvert le prix de la liberté, mais fait aussi la connaissance de manières de vivre et de penser inédites. Il développera par exemple dans plusieurs œuvres le thème de ce qu’on appellerait aujourd’hui «couples mixtes» de religions et cultures différentes.

Pour sa part, l’hispaniste algérien, Mohamed Salah Mounir, replace Cervantès dans le Siglo de Oro (siècle d’or) de la littérature espagnole. Avant de trôner au panthéon mondial du roman, l’écrivain s’était essayé au théâtre où il était loin de faire le poids devant le prolifique Lope de Vega.

Salah Mounir revient également sur un précieux document intitulé «Information d’Alger», où les compagnons de l’écrivain témoignent de son comportement durant sa captivité.

Durant cette période, Cervantès a aussi pris goût à la littérature orale et aux contes que s’échangeaient les captifs.

Enfin, à la question «Pourquoi Cervantès ne s’est-il pas converti à l’islam?», développée par le chercheur américain Daniel Eisenberg, Mounir répond que Cervantès préférait la plume à l’épée, alors qu’Alger offrait des opportunités de carrière militaire plutôt que littéraire.

Comme à chaque rencontre sur ce sujet, visiblement inépuisable, les interventions ont attiré un public curieux et informé. Si Cervantès doit beaucoup à Alger, Alger doit également beaucoup à Cervantès comme le rappelle Benafri.

El Mahroussa (Alger, la bien gardée) est ainsi entrée dans les foyers et les imaginaires de lecteurs de tout le monde hispanophone et au-delà.


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