Un pays pénitencier | El Watan
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samedi, 23 octobre, 2021
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Le film documentaire de Saïd Oulmi, intitulé Sur les traces des camps de regroupement (2018, 74 min), présenté en avant-première le 14 mai dernier à la salle Ibn Khaldoun d’Alger, vient prolonger la quête thématique d’un réalisateur passionné par l’histoire de l’Algérie, notamment, celle de la période coloniale.

Un pays pénitencier

19 mai 2018 à 12 h 00 min

Avec cette dernière production, il apporte un éclairage émérite sur un pan oublié de la Guerre de Libération nationale et des stratégies de l’armée coloniale pour la contrecarrer. Le XXe siècle a montré la voie du combat moderne des peuples contre des armées conventionnelles puissantes.

Le recours à la guérilla ne pouvait se réaliser qu’en disposant du soutien de la population (recrutement, vivres, caches, soins, renseignements, courriers…). Le leader chinois, Mao, avait condensé cette démarche dans son célèbre aphorisme : «Le révolutionnaire doit être dans la population comme le poisson dans l’eau».

Ainsi, face à la montée en puissance de l’Armée de libération nationale, les stratèges militaires français se sont appliqués, dès 1955, à priver en quelque sorte le poisson de son eau. Cela se traduira par ces camps de regroupement, où la population est concentrée de force dans des espaces clôturés et gardés par des militaires. Ils s’accompagnent de la création de zones interdites où toute circulation est bannie et où l’armée coloniale dispose du droit d’abattre sans sommation tout être vivant.

Très didactique, Saïd Oulmi déroule la genèse de cette vaste et longue opération et montre à quoi elle a abouti. Environ trois millions de personnes seront déplacées manu militari, ce qui correspond à près de 40 % de la population algérienne ! Le pays est transformé en un immense pénitencier réparti en 2 300 camps.

Ses villages et hameaux rasés pour qu’ils ne servent pas aux moudjahidine et afin que l’idée d’un retour soit extirpée de ses intentions, la population, logée sous des tentes ou des chalets de fortune, loin de ses lieux de vie ancestraux, se voit privée de toutes ses ressources (champs, arbres, élevage, artisanat) et obligée de dépendre, pour sa nourriture et ses soins, soit de toute son existence, des «dons» de l’armée française ! Sous-alimentation, maladies, mortalité infantile et adulte, troubles mentaux s’ensuivent. Une hécatombe.    
Le documentaire de Saïd Oulmi révèle de manière magistrale tous les effets de ce nouveau déracinement qui vient s’ajouter aux déracinements antérieurs (expropriations de terres, déplacements de populations, etc.), sans compter le déracinement culturel orchestré par l’administration.

L’effet des camps de regroupements a été dur et profond. Mais il n’a pas empêché le peuple algérien d’atteindre son objectif d’indépendance. Le film, aussi instructif qu’émouvant, comprend des archives de première main, des témoignages saisissants de «regroupés» mais aussi de témoins éminents, dont plusieurs qui ne sont plus de ce monde, tels Jacques Vergès, Réda Malek ou Michel Rocard, qui dévoila le scandale. Il mérite la plus large et la plus urgente des diffusions.
 


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