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Recherche. l’artisanat en Algérie et au Maghreb

Richesses menacées

23 juin 2018 à 11 h 11 min

Réfléchir sur l’artisanat en Algérie et au Maghreb est une entreprise scientifique très louable. Il faut rappeler que ce secteur économique stratégique subit depuis longtemps les aléas de politiques inadaptées et les effets des mutations sociales.

Sous l’égide du Cread d’Alger (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement), une équipe de chercheurs de l’université de Béjaïa vient de publier un ouvrage collectif consacré à l’artisanat en Algérie et intitulé Valorisation du patrimoine traditionnel, formation aux métiers de l’artisanat et développement local, Expériences nord-africaines.

Ce travail a été dirigé par Houria Taleb, Nacer Taleb et Youghourta Bellache. Dans la préface de l’ouvrage, l’ancien directeur du Cread, Mohamed Yassine Ferfera, écrit : «La problématique générale à laquelle s’intéresse cet ouvrage peut être résumée dans les termes suivants : comment l’artisanat, avec ses différents métiers, peut-il constituer, non seulement un formidable outil de valorisation du patrimoine traditionnel immatériel fait de multiples savoir-faire accumulés et transmis de génération en génération, mais également un puissant instrument de développement local, de renouvellement des dynamiques territoriales, de préservation et de renforcement de la cohésion sociale.»

L’article inaugural de l’ouvrage de Nacer Taleb plonge le lecteur dans l’histoire de l’artisanat algérien pour essayer de comprendre comment ce secteur a évolué à travers les âges, mais a subi aussi le contrecoup des agressions historiques contre le pays.

De son côté, le Pr. Mohamed Dahmani propose une synthèse de ses cours et des travaux de master qu’il a dirigés sur le thème «Artisanat et modernité en Kabylie». Il dresse une liste exhaustive des métiers de l’artisanat en Kabylie avec leur localisation. Ce chercheur revient sur le pillage qu’a connu l’artisanat de la région et qui a eu pour conséquence la disparition de pièces d’une valeur inestimable, souvent transférées à l’étranger. Il préconise la création de musées locaux pour sauvegarder ce patrimoine précieux.

Pour leur part, le duo Houria Taleb-Mounir Redjimi, propose une immersion dans les archives de la Chambre de commerce de Béjaïa. Ce travail inédit explore les activités de la région en mettant en exergue l’exploitation de l’olivier et le travail de la poterie. Il s’est traduit au final par la création d’une base de données qui permet aujourd’hui d’«analyser la création d’activités par année, par type d’activités et par territoire», démarche qui gagnerait à être dupliquée à l’échelle nationale.

Il en ressort des enseignements édifiants sur la culture de l’olive qui dominait de loin toutes les autres avec 369 moulins à huile et une exportation de plus de 5 227 600 kg d’olives en 1910. Le travail de la poterie n’est pas en reste, avec l’article très intéressant de Youghourta Bellache et Dalil Souami intitulé Artisanat et développement territorial. Cas du SPL poterie dans la wilaya de Béjaïa. L’artisanat concerne aussi les métiers du livre, comme le précise l’excellent article La confection et la conservation des manuscrits du Maghreb : cas d’Afniq n’CCix Lumuhub (milieu du XIXe siècle), de Djamal Eddine Mechehed et Djamil Aïssani.

Les deux confrères font voyager le lecteur dans le monde de la bibliophilie avec le travail des scribes et des copistes de la région de Béni Ourtilane. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est consacrée à la formation et à la transmission des savoir-faire dans l’artisanat dans la wilaya de Béjaïa.

A travers leur contribution au «système de formation et la dynamique des entreprises artisanales», Houria Taleb, Youghourta Bellache et Nacer Taleb montrent l’inadéquation entre la formation et les besoins de l’artisanat en main-d’œuvre qualifiée, en raison essentiellement du manque de formateurs. Enfin, l’ouvrage s’ouvre sur les expériences des pays du Maghreb, où – le titre du présent article ne concernant que l’Algérie–, ces richesses sont préservées.

On peut signaler ainsi l’étude très pertinente du duo Abderrahmane Bellali-Ameziane Ferguène sur L’apprentissage sur le tas et la formation aux métiers de l’artisanat au Maroc dans la dinanderie, la poterie et l’ébénisterie-marqueterie.

Cet article souligne l’importance de la formation sur le tas, apprentissage destiné surtout aux enfants et aux jeunes, mais qui révèle aussi les conditions parfois inhumaines dans lesquelles elle se déroule.

En ce qui concerne la Tunisie, Ameziane Ferguène propose un article sur L’artisanat traditionnel et dynamique socioéconomique à l’échelle d’un territoire : le cas de Sfax. L’auteur plonge le lecteur dans la médina de Sfax, deuxième ville de Tunisie, pour lui faire découvrir cette ville-atelier et ses milliers d’artisans qui perpétuent un savoir-faire millénaire dans un esprit de solidarité et d’entraide tout à fait admirables. Cet ouvrage collectif permet de comprendre la réalité de l’artisanat dans le Maghreb tout en se réconciliant avec des savoir-faire ancestraux parfois en voie de disparition, notamment en Algérie. Il devrait être diffusé dans les librairies de l’OPU (Office des publications unversitaires).

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