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mardi, 13 novembre, 2018
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Avec «Alayha thalathata achar» (Treize sur elle), Amel Bouchareb fait une entrée fracassante sur la scène littéraire algérienne. Paru aux éditions Chihab, ce recueil regroupe une série de portraits, presque cliniques, de femmes en proie aux nouvelles formes de servitude.

Amel Bouchareb : Nouveaux jougs

28 mars 2015 à 10 h 00 min

Ici, pas question de machisme, de rigorisme ou de vie rurale… L’auteure écrit à contre-courant du discours ambiant sur «la femme arabe». Elle croque des tranches de vie de femmes soumises à l’ambition professionnelle ou à la mode. On penserait presque au «Diable s’habille en Prada», ce film hollywoodien qui fut d’abord un roman écrit par Lauren Weisberger en 2005.

Ce monde aride fait de «winners» et de «losers» n’est malheureusement pas le propre des USA. L’enfer moderne est aussi le quotidien de beaucoup de femmes en Algérie et dans le monde arabe. L’auteure nous introduit par exemple dans le cerveau dérangé d’une femme dont les plus grandes conquêtes sont ses achats dans les boutiques de luxe de Dubaï et dont le but ultime est de rivaliser de séduction avec les mannequins que regarde son mari à la télévision.

De l’autre côté de l’écran, «Takalami» (Parle) dissèque la folie ordinaire d’une présentatrice TV qui triture son visage et son corps, avec maquillage et opérations de chirurgie, afin de compenser les déformations de l’écran et bien passer à la télévision, quitte à s’enlaidir dans la réalité.

Bouchareb s’attelle à détruire les mythes de la femme émancipée dans une jouissive entreprise iconoclaste. Dans ses textes, la femme émigrée qui lutte contre le racisme ne le fait que pour prendre sa revanche et montrer sa supériorité aux hommes de son village natal. Même la femme instruite n’échappe pas à la loupe de Bouchareb.

La brillante étudiante se réfugie dans les prédictions d’astrologie pour trouver un homme, tandis que la lycéenne qui tente de résoudre par la dialectique platonicienne une question existentielle (est-elle trop maigre pour trouver un mari ?), finit chez la voyante. On s’en doutait, le féminisme contemporain ne trouve pas non plus grâce aux yeux de l’auteure.

Le président de «l’Organisation internationale de la révolution des femmes», corrigeant le discours de la porte-parole, ne trouve rien de plus important à faire que de réformer la langue afin de la rendre moins sexiste. Quand on tombe enfin sur une femme «d’un autre genre» non victime de la concurrence du paraître, on reprend espoir pour un temps avant de découvrir qu’elle compense ses complexes par une consommation boulimique de chocolat.

Les textes d’Amel Bouchareb sont évidemment excessifs dans la satire, mais c’est cela qui fait leur attrait. Ajoutez une écriture nerveuse, drôle et empreinte de modernité : phrases inachevées et répétitives expriment parfaitement la pensée hystérique où s’enferment les personnages. Première publication de l’auteur, «Treize sur elle» révèle une belle plume qui conjugue subtilement
légèreté et profondeur. 

Amel Bouchareb, «Alayha thalathata achar», Editions Chihab, Alger, 2014.
 

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