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jeudi, 14 novembre, 2019
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Un scrutin sans électeurs ?

08 octobre 2019 à 9 h 00 min

Un membre de l’Instance nationale d’organisation et de surveillance de l’élection présidentielle a tenté, samedi, de relativiser le mouvement d’empêchement de la tenue du scrutin du 12 décembre prochain, qui s’est manifesté dans certaines communes par le scellement des portes des bureaux des élections à coups de planches.

Des vidéos montrant des groupes de jeunes agissant à visage découvert, à l’œuvre sur un air du hirak, ont fait le buzz sur les réseaux sociaux. Pour le représentant de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure, les assemblées populaires communales ayant refusé «de jouer le jeu» en s’opposant d’encadrer l’organisation du scrutin ne représentent que 5% des apc à travers le pays, a-t-il confessé.

Le climat de permissivité dans lequel se déroulent ces opérations de mise sous scellés des bureaux communaux des élections, qui viennent de clôturer la tâche de révision exceptionnelle du fichier électoral, incline à penser que l’acte est politiquement encouragé et assumé au niveau de la gouvernance locale.

La dédramatisation du phénomène par l’ANIE qui s’est, sans nul doute, fait l’écho de craintes en haut lieu quant au risque d’amplification du mouvement avec les conséquences redoutées sur la mobilisation d’un électorat qui n’a déjà pas le cœur à la fête électorale imposée par le pouvoir, ne signifie pas que ce mouvement de désobéissance civile, qui prend forme et consistance à mesure qu’approche l’échéance électorale, n’est pas pris au sérieux par le pouvoir.

Le fait que ces descentes des jeunes n’aient pas été réprimées, alors que pour moins que cela le glaive de la justice s’abat sans clémence sur les activistes du hirak, n’autorise pas à penser que le pouvoir va laisser se répandre ce phénomène sans réagir, d’une manière ou d’une autre.

C’est, à n’en pas douter, une autre partie de bras de fer qui s’engage avec les autorités à la faveur de ce combat au corps à corps porté par le hirak au cœur des institutions élues.

Pour l’heure, il est vrai que ces initiatives demeurent locales et isolées; elles ne paraissent pas répondre à un mot d’ordre organique, mais le mouvement pourrait bien faire tache d’huile, en fonction de l’évolution de la crise.

Signe du profond malaise qui s’est emparé du pouvoir et des cercles qui se sont embarqués dans cette aventure de l’élection présidentielle contre la volonté populaire : le président de l’ANIE, M. Charfi a tenté le grand écart, en opposant au camp des adversaires de l’option de la présidentielle portée par le pouvoir, l’argument des chiffres mettant en relief le butin plutôt maigre des 120 000 nouveaux inscrits à la faveur de l’opération de révision exceptionnelle du fichier électoral, dans l’espoir de susciter l’adhésion à ce scrutin.

Bien que cela n’entrât pas dans ses prérogatives, l’ANIE a été amenée, à son corps défendant, à faire la promotion du scrutin présidentiel du 12 décembre en volant au secours du pouvoir qui peine à mobiliser l’électorat.

Pour faire monter la mayonnaise de la participation électorale dans ce climat de doute et de défiance, une nouvelle clientèle recrutée parmi le cercle des intellectuels organiques, les analystes et autres experts politiques et militaires autoproclamés, a pris le relai de l’ex-alliance présidentielle FLN, RND et autres associations satellites de soutien ayant sévi sous le règne de Bouteflika, lesquels se succèdent sur les plateaux de la chaîne de télévision publique et des chaînes privées pour bénir la feuille de route du pouvoir et appeler le peuple à se mobiliser autour de son plan de sortie de crise de l’Algérie.

Le levier du tribalisme est également de retour avec force.

Avec ce prime time infligé au JT de 20h aux télespectateurs par l’Unique, mettant à l’honneur des chefs de tribus du Sud et de zaouias, convoqués pour exprimer leur soutien à l’état-major et à son chef et appeler leurs communautés et les Algériens à se rendre massivement aux urnes le 12 décembre.

Pour la «bonne cause», on ne s’embarrasse pas de faire dans l ‘excès et la surenchère électoraliste la plus abjecte, à l’image de cette inflation de candidatures fortement encouragée pour faire croire à un signe de santé démocratique et d’engouement populaire pour ce scrutin.

Le profil loufoque de l’écrasante majorité des candidats a vite fait de rattraper et de déconstruire, avec fracas, le discours du pouvoir sur le miroir aux allouettes de l’alternance démocratique promise.


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