Tache noire | El Watan
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mardi, 07 décembre, 2021
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Tache noire

16 octobre 2021 à 10 h 13 min

La date du 17 Octobre 1961 restera, à l’instar d’autres rendez-vous tout aussi sanglants, comme une tache noire dans l’historiographie du fait colonial français, en ce qu’il charrie d’abominables et cruels méfaits ainsi que des atteintes flagrantes à la dignité et l’intégrité de la personne humaine.

L’absurde et l’inadmissible, sans cesse recommencés, ces forfaits cycliques perpétrés sous des habits divers ne pourraient faire oublier qu’ils émanent tous de la patrie de Montesquieu et des droits de l’homme.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette contradiction, où les principes qui fondent le Droit sont piétinés et les normes morales et éthiques largement bafouées ? La France de la Révolution a cessé d’être, pour laisser place à ce bloc, où les droits de l’homme et la terreur sont côte à côte cimentés par la folie des hommes et des grandeurs, mais que le roman français retiendra en dépit de tout. Malgré toutes les dissertations, la France aura incarné ce mariage maudit. Même si, dans ses guerres coloniales, elle s’est appuyée sur la théorisation robespierrienne de la violence. Fanon et Henri Alleg ont bien développé ce thème dans leurs ouvrages. Dans le cas précis du 17 Octobre 1961, on aura conclu que le pouvoir exécutif français a tout fait pour que le FLN ne puisse réussir sa démonstration de force, qui plus est, en plein cœur de Paris !!!

D’autant que la guerre d’Algérie touchait à sa fin, que le peuple français avait dit oui par référendum à l’autodétermination de l’Algérie le 8 janvier 1961, et que les négociations avec le FLN allaient bon train. On retiendra que dès le 5 octobre 1961, un couvre-feu est imposé aux Algériens, qui répondent massivement à l’appel du FLN en manifestant pacifiquement.

L’état-major policier est exaspéré à l’idée de voir le FLN s’exhiber symboliquement à Paris. Quelle infamie pour l’Elysée ! s’était exclamé l’historien Jean Luc Einaudi, qui mérite un bel hommage après avoir consacré près d’un quart de siècle à exhumer de l’oubli une tuerie unique dans l’histoire contemporaine de la France.Plus que d’avoir levé le voile sur une tragédie unique et inique, l’historien, en brisant la chape de silence qui tentait de mettre aux oubliettes l’ampleur des rafles et l’épisode des noyés de la Seine, que le pouvoir de De Gaulle déchaînera en utilisant les moyens les plus violents pour tenter de briser la manifestation pacifique.

Un autre cas de violence policière a eu lieu le 8 février 1962 à la station Charonne à Paris à l’encontre de personnes manifestant contre l’OAS et la guerre d’Algérie. 5 hommes et 3 femmes avaient péri à l’intérieur ou aux abords de la bouche de métro. Les unités du service d’ordre avaient poursuivi sauvagement les manifestants bien après la dislocation du cortège.

Papon a été le donneur d’ordre, mais aussi le porte-flingue, car tout le monde savait. Sinon, comment expliquer que plusieurs années après, le 11 septembre 1998, après ce forfait ignoble, dont la Seine a été le théâtre, il se trouve un ancien ministre au moment des faits, en l’occurrence, M. Pierre Messmer, venu témoigner à décharge pour Papon contre Einaudi. Heureusement que l’Histoire, implacable, a dit son dernier mot en donnant raison à Einaudi, sauvant ainsi, pas l’honneur des bourreaux, mais la mémoire des noyés.


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