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samedi, 11 juillet, 2020
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Sortir des demi-mesures

14 janvier 2020 à 9 h 00 min

Longtemps après s’en être détournés, les regards des Algériens se tournent, de nouveau, vers le palais d’El Mouradia. La Présidence redevient le principal centre de décision du pays avec Tebboune, nouveau chef d’Etat, qui paraît décidé à «s’approprier» toutes les prérogatives liées à la fonction suprême inscrites dans une Constitution qui consacre un régime présidentiel fort, à la limite du césarisme.

Depuis 1962, tous les présidents de la République s’en sont accommodés, le paroxysme ayant été atteint avec Bouteflika et le culte de son portrait qui en a résulté en fin de règne. Pour autant, cela n’a pas empêché des pouvoirs parallèles ou occultes de disputer son pouvoir au chef de l’Etat. Les militaires ont joué ce rôle dans une tradition qui remonte à la Guerre de Libération nationale, un rôle consolidé de décennie en décennie.

Dans le sillage du libéralisme sauvage installé depuis le début des années 1990, l’armée a été secondée par des puissances d’argent aussi nocives que disparates. Il est intéressant de savoir aujourd’hui, à propos du chantier de révision constitutionnelle lancé par Tebboune, si ce dernier maintiendra, sous diverses formes, cette «tradition» qui assure le partage des tâches de la présidence de la république avec les militaires et accessoirement les puissances d’argent.

Ou si, a contrario, et ce sera une véritable révolution, la fonction présidentielle dépendra finalement, comme dans toute démocratie réelle, exclusivement de la volonté populaire et de ses authentiques représentants, son exercice effectué sous le contrôle des pouvoirs législatif et judiciaire. Jusque-là, Tebboune ne s’est engagé concrètement que dans la limitation des mandats présidentiels ; et ce n’est pas rien compte tenu des abus antérieurs, mais le reste est aussi important, sinon plus, fondamental.

Les constitutionnalistes désignés pour proposer des réformes ouvriront peut-être de nouvelles pistes, mais force est de constater que sur le terrain, rien ne laisse entrevoir une entrée dans une nouvelle ère. Les vagues répressives contre le hirak, les emprisonnements et le maintien en détention de nombre de détenus d’opinion sont des pratiques puisées dans l’ancien registre politique.

Y mettre un terme, sans tergiversations, serait pour Tebboune un puissant signal tant à ces experts dans la formulation de leurs propositions qu’à la classe politique et à la population. Tebboune gagnerait un peu de légitimité populaire en même temps qu il donnerait des gages aux personnalités et leaders de la politique et de la société civile qu’il reçoit dans le cadre d’un dialogue devant encadrer le processus constituant.

Ce serait dire également aux forces de «l’ombre» qu’il n’a pas vocation à être un «trois quarts de Président», selon la célèbre formule consacrée. Mais force est de relever que plus les tergiversations en matière de mesures fortes d’apaisement durent, plus elles discréditent la démarche et la personne de Tebboune, et cela lui est rappelé chaque vendredi et chaque mardi par les différents hiraks dont il ne doit sous-estimer ni l’importance, ni le rôle, ni la mission.

Mieux encore, il pourrait même travailler avec les hiraks en dressant avec eux des passerelles après bien entendu la cessation de toute politique répressive à l’égard des manifestants. Le hirak devra être traité comme un partenaire incontournable de la résolution de la crise politique, il a la légitimité, la vocation et la puissance. Après tout, c’est lui qui a sauvé l’Algérie du chaos et permis à ce qu’aujourd’hui on réfléchisse à une sortie de crise. Ne serait-ce que pour cela, il mérite le plus grand respect et toute main tendue.



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