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mardi, 26 octobre, 2021
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Les secrets d’alcôve

25 septembre 2021 à 10 h 00 min

La mort aura été pour Bouteflika un grand soulagement, une délivrance, non seulement par rapport aux souffrances physiques et morales endurées depuis son AVC, mais aussi au sentiment d’humiliation suprême d’une fin de régne peu glorieuse subie, la mort dans l’âme, pour avoir été poussé à la démission par la contestation populaire.

Soulagement aussi, et surtout, d’avoir échappé aux rets de la justice lorsque la rue réclamait, avec force, de le faire venir à la barre pour rendre compte du bilan de sa gouvernance contestée, longue de deux décennies et où la corruption fut érigée en système de gouvernement.

L’incarcération des hommes du premier cercle présidentiel, entre anciens Premiers ministres et oligarques ayant bâti des fortunes colossales à l’ombre de la commande publique transformée en caisse noire de la République, avait laissé penser, un moment, que le fil d’Ariane de la prévarication du système allait mener tout droit les enquêteurs sur les traces de feu Abdelaziz Bouteflika en tant que parrain du système mis en place sous son règne, lequel est qualifié de « îssaba » par la nouvelle équipe dirigeante au pouvoir.

Rien n’empêchait, objectivement, que la machine judiciaire se mette en branle, d’autant plus que ses anciens Premiers ministres incarcérés et inculpés de faits de corruption et d’abus de pouvoir ont reconnu aux audiences du tribunal n’avoir rien fait et rien décidé sans les instructions et l’accord du Président et que celui-ci disposait de toutes ses facultés physiques et mentales pour diriger le pays.

Un avis relayé froidement et sans état d’âme devant les juges, même par son frère et ancien conseiller à la présidence de la République, Saïd Bouteflika.

Cette question lancinante de la responsabilité de la prise de décision dans la gestion des affaires de l’Etat s’est invitée avec de plus en plus d’insistance encore à mi-chemin de son quatrième mandat et à l’approche de la fin de son mandat et des manœuvres de désespoir du sérail pour tenter un coup de force électoral en vue d’imposer un 5e mandat, avorté par le mouvement du 22 fevrier 2019.

Ce débat jurisprudentiel sur la responsabilité politique et constitutionnelle de Bouteflika après sa maladie et l’aggravation de son état de santé au fil des mois a parasité la vie institutionnelle du pays.

Elle a donné des arguments à des forces au sein du pouvoir et de ses satellites dans la classe politique qui militaient, dans un ultime sursaut, pour sauver le système, d’innocenter Bouteflika de toutes les avanies de son bilan en mettant tout sur le dos des forces extra-constitutionnelles accusées d’avoir géré les affaires de l’Etat au nom du président.

Beaucoup d’énigmes demeurent pendantes par rapport à la gestion de cette période confuse de l’histoire du pays, à l’image de cette gravissime accusation portée par l’ancien chef d’état-major, le défunt Gaïd Salah contre Saïd Bouteflika lors de son discours-réquisitoire sur la « îssaba » d’avoir détourné le sceau de la République.

La réponse à cette question centrale de souveraineté nationale, clé de toutes les intrigues qui se jouaient à El Mouradia et dans d’autres centres influents du pouvoir permettra de savoir qui fut l’otage de qui et pourquoi ?

Avec ou sans son consentement, Bouteflika qui, au demeurant, n’avait pas les moyens de sa politique à la fin de son règne pour faire de la résistance, vu son état de santé, a-t-il été doublement otage ?

D’une part, de son entourage qui cherchait à hériter du pouvoir comme dans une affaire successorale patrimoniale familiale.

Et, d’autre part, de parties influentes du pouvoir ayant géré la période de vacance de celui-ci, consécutivement à la démission de Bouteflika. Mais cela ne l’exonère pas pour autant de sa responsabilité constitutionnelle.

C’est dire que, même après sa mort, la question des raisons de sa non-convocation par la justice demeure toujours pendante et posée.

Motivation humanitaire, incapacité de Bouteflika de témoigner à la barre devant les juges, deal politique pour une succession en douceur et préserver les équilibres stratégiques du pouvoir en place… Les secrets d’alcôve seront-ils percés ?


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