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dimanche, 05 avril, 2020
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Les Libanais ne veulent plus d’une «démocratie rapiécée»

31 octobre 2019 à 9 h 00 min

Que se passe-t-il au Liban ? Depuis près de deux semaines, il y règne une atmosphère d’une très intéressante révolution dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Des centaines de milliers de Libanais manifestent dans la rue pour le départ du régime qui verrouille le pays depuis la fin de la guerre civile en 1990. Quel sens ont ces manifestations ? Le Liban est-il une démocratie ?

Le détonateur est d’ordre économique : l’instauration de nouvelles taxes sur des produits de consommation, notamment sur le service WhatsApp. Les Libanais subissent une grave crise économique : un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, la dette a atteint 151% du PIB, le pays importe une grande part des produits de première nécessité et plus d’un tiers des jeunes sont au chômage.

Le malaise économique a une toile de fond politique. Les élections successives sont, certes, crédibles, mais ces scrutins ne sont pas suffisants pour que le Liban soit réellement un Etat démocratique. Beaucoup d’autres critères universels qu’exige la démocratie ne sont pas au rendez-vous. Les manifestants ont mis à nu un système basé sur «une frêle démocratie». La démission de Saad Hariri de son poste de Premier ministre est loin de résoudre la crise.

Le mal est plus profond. Depuis trois décennies, même si le pays est sur la voie démocratique de suffrages universels crédibles, le Liban est embrigadé dans un système politique paralysant. Cette grande nation cosmopolite, composée d’une dizaine de communautés religieuses, a un système politique fondé sur un pacte consensuel. Un système d’apparence basé sur «une représentation» confessionnelle et communautaire, mais dans la réalité, le pouvoir est détenu par une poignée de dynasties.

La «démocratie» libanaise a vu sa formule participative déviée de ses fins et pervertie par une instrumentalisation de la représentation communautaire. La liberté d’expression est, certes, présente, mais elle est cycliquement menacée. Les partis et les organisations de la société civile peuvent faire de la politique librement, les Libanais peuvent critiquer le régime sans être inquiétés et la liberté du culte est consacrée.

Mais le chemin de la démocratie est encore long. La Constitution a été violée à maintes reprises et les ONG déplorent la répression de manifestations, l’interdiction de plusieurs films et pièces de théâtre et la comparution de civils devant le tribunal militaire. Le pays est aussi otage d’une géopolitique explosive, faite d’allégeances extérieures qui manipulent à souhait la donne confessionnelle.

Cette révolution pacifique libanaise a le mérite de remettre en cause «un modèle» et mettre en lumière l’échec de «la démocratie à la libanaise». Les manifestants, qui ne veulent plus d’une «démocratie rapiécée», aspirent à bâtir un Etat démocratique et surtout laïque. La laïcité est – à juste titre – la première solution aux complexes problèmes des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

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