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mardi, 22 septembre, 2020
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Le virus, la faim et la démocratie

03 juin 2020 à 9 h 45 min

Le virus stagne, l’économie agonise et la pauvreté avance. Le confinement pourrait être levé en principe le 13 juin, les autorités ne pouvant faire autrement : la solidarité étatique a ses limites et des manifestations de commerçants ont lieu dans plusieurs villes du pays.

La misère commence à être visible, souvent dans ses aspects les plus extrêmes chez les populations sans un quelconque revenu. Les millions d’Algériens vivant traditionnellement de l’informel basculent chez les démunis. Le désespoir psychologique est alarmant à tous les niveaux, n’épargnant pas la classe moyenne qui a perdu nombre de ses repères. Certes, le nombre de contaminations baisse, comme celui des hospitalisés et des décès, mais la Covid-19 est encore là, partout, meurtrière.

Son terrain de prédilection est toujours l’indiscipline de l’écrasante majorité des Algériens en matière de port de masque et de distanciation sociale. Dès le 13 juin donc, avec le retour à la «vie normale», une nouvelle vague de contaminations n’est pas à écarter. La précarisation économique et sociale créée par plus de deux mois de confinement va pousser des millions de personnes à privilégier le revenu, quel qu’il soit, par rapport à la prévention sanitaire. L’équation est terrible : le virus ou la faim.

Ce n’est pas spécifique à l’Algérie, la plupart des pays envisagent la fin du confinement, chacun avec ses moyens et ses approches. Tous ont été saignés à blanc par cette pandémie et ne tiendront le coup que les Etats développés, les autres vont devoir subir une longue récession avec son lot de mesures antisociales auxquelles répondront, la plupart du temps, des troubles plus ou moins graves.

Le monde entier va entrer dans une zone de turbulences à cause d’une entité invisible assassine. Serait-ce la fin d’une époque et le début d’une révision des rapports entre les humains ? L’individu lui-même verra-t-il d’une autre manière sa condition et celle de ses semblables ? Pas sûr, l’histoire nous enseigne que les grandes calamités n’ont fondamentalement pas changé les sociétés et les hommes.

L’égoïsme et l’individualisme prennent vite le dessus, spécialement à la faveur du néo-libéralisme qui a déferlé sur le monde. C’est cela finalement qui nourrit les virus meurtriers. Pour l’Algérie, cette nouvelle épreuve intervient à une période charnière de son histoire. Elle s’était engagée dans un processus libérateur porté par l’écrasante majorité de la population.

La dictature mise à bas, la porte lui était ouverte pour l’édification d’une nouvelle Algérie. Le projet a été contrarié par cette épidémie ravageuse ainsi que par la chute des revenus tirés des exportations des hydrocarbures qui a fragilisé considérablement l’Etat, contraint de réduire drastiquement l’effort de développement et en même temps mettre la pression fiscale sur les couches populaires.

Cette conjonction de multiples facteurs négatifs a servi de prétexte aux acteurs politiques traditionnellement hostiles au changement démocratique pour relever la tête, voire passer à la contre-offensive. Le virus n’a pas seulement poussé à la faim et à la pauvreté, il a aidé la contre-révolution. Le déconfinement va de nouveau faire entrer le pays dans une zone de tempête que le nouveau pouvoir peut désamorcer s’il répond à l’essentiel des revendications du hirak, la plus sensible d’entre elles étant la libération des détenus d’opinion, sans exception. Dès le 13 juin, les autorités politiques et sécuritaires sont attendues sur ce terrain avec espoir, crainte et détermination.



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