Le reflux de la pensée critique | El Watan
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mardi, 07 décembre, 2021
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Le reflux de la pensée critique

18 octobre 2021 à 10 h 11 min

Alors que la société algérienne s’est considérablement complexifiée, particulièrement ces deux à trois dernières années, bousculée par le nouveau tournant pris par la vie politique, le débat intellectuel s’est, de son côté, raréfié d’une manière dramatique.

C’est un véritable paradoxe de constater que l’importance et la force des bouleversements enregistrés dans la vie publique ces deux à trois dernières années n’ont pas trouvé de répondant au niveau de l’analyse, de la compréhension et de la prospective. Les intellectuels sont restés étrangement absents. Pourtant, le rôle premier des intellectuels, notamment de sciences sociales et humaines, est de tâter à tout moment le pouls du corps social, de cerner la nature et l’importance des évolutions, d’expliquer les avancées et les reculs, et de tracer les pistes pour un futur dont il s’agira de définir les contours. Qu’est-ce qui explique que le laboratoire Algérie a été déserté par notre élite pensante ? Certainement qu’il existe un mal profond affectant autant la pensée critique algérienne que le corps des intellectuels.

Certes, de tout temps, ces derniers n’ont jamais formé un ensemble homogène. Une large partie d’entre eux s’est contenté de jouer le rôle «d’intellectuels organiques», c’est-à-dire de s’arrimer aux élites dirigeantes et de reproduire leurs discours. Ce n’est pas propre à l’Algérie qui présente les même caractéristiques et donc les mêmes effets que tous les pays sous-développés, de surcroît peu ouverts à la pratique démocratique.

La liberté intellectuelle n’existe que dans de rares moments, lorsque s’affaiblit l’étau politico-sécuritaire. En Algérie, ce fut après les événements tragiques d’Octobre 1988 suivis de l’ouverture au multipartisme et à la liberté de presse et d’associations. Cette parenthèse fut vite fermée suite au chaos créé par la guerre déclarée par l’intégrisme religieux, accompagnée de la reprise en main du champ public par les autorités de l’époque. Sous l’ère Bouteflika, la production intellectuelle critique reprit quelque peu, mais sous haute surveillance. Le poids de l’administration était important dans les universités, ce qui impacta les travaux des intellectuels. Puis vint le hirak qui bouscula autant le système politique que la société algérienne.

La volonté populaire de mettre fin aux profondes injustices antérieures et aux atteintes aux libertés, bien réelle, reste encore à décrire et s’analyser, tout comme les conditions de son apparition et de son expression à travers le hirak tout particulièrement. De celui-ci, on ne sait rien de sa dynamique, de ses ressorts et de sa portée. Après l’avoir salué, les autorités politiques se sont évertuées à en limiter le rôle, puis finalement se résoudre à y mettre un terme. La décrue du hirak signifie-t-elle sa disparition, ou est-il seulement en position défensive ?

Que représente-t-il, en fin de compte, dans l’évolution générale de la société algérienne : un processus révolutionnaire ou bien une secousse sismique, certes importante, mais sans impact pour le futur ? Bien des interrogations restées sans réponses objectives et sans complaisance, sous le double effet de la tétanisation et du reflux du milieu intellectuel sous la pression de la volonté politique des dirigeants de ne tolérer que leur seule lecture, que ce soit dans le milieu académique ou en direction de l’opinion publique.


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