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vendredi, 07 août, 2020
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Le printemps algérien ?

25 février 2019 à 10 h 00 min

Il y aura désormais un avant et un après-22 février 2019. Ce que les Algériens viennent de vaincre, c’est la peur, bien présente depuis le basculement au début des années 1990 : peur du retour de la terreur des islamistes et peur des autorités politiques qui ont développé un énorme arsenal répressif, tant policier que judiciaire, pour se protéger.

Désormais, les Algériens investiront la rue et offriront leurs poitrines nues pour dire non aux sabres des islamistes et aux chars des dirigeants. Parce qu’il a été, dans les villes et villages, massivement et fortement rejeté, le 5e mandat n’aura pas lieu. Le président Bouteflika qui se dit à l’écoute de son peuple n’a plus qu à se retirer de ce projet insensé.

Il ramènera la sérénité, et peut-être même en tirera-t-il un peu de crédit. On le gratifiera même de sagesse, bien qu’il n’en ait pas fait usage en décidant de se représenter une 5e fois à la présidence de la République, malgré tant d’appels et d’avertissements de tous bords. Il ne lui restera plus, en tant que chef d’Etat en exercice, qu’ à garantir une élection libre et transparente, en veillant à ce tous les candidats soient traités à égalité.

Il devra dissuader tout soutien de l’administration et des institutions nationales à un candidat dit du système, c’est-à-dire proposé par l’«alliance dite présidentielle», un candidat qu’il aura sponsorisé. Une autre voie serait la mise sur les rails d’une période de transition qu’il pourrait décider, mais sans y prendre part, laissant cela aux autres forces politiques et celles issues de la société civile.

Celles-ci élaboreront une nouvelle Constitution ainsi que tout le processus de reconstruction de l’Etat algérien. C’est le premier choix, un premier jalon pour qu’enfin l’Algérie entre en démocratie. Le second choix, à l’opposé du premier, est que le président Bouteflika maintienne sa candidature pour un 5e mandat, faisant fi du raz-de-marée populaire du 22 février.

Ce défi l’exposera à d’autres soulèvements populaires, à de «nouveaux vendredis de rejet», plus massifs, ce qui, inévitablement, créera de la tension dans le pays, peut-être même des débordements. La tentation, inscrite dans les gènes du système, serait une implication de plus en plus massive des services de sécurité contre les manifestants, avec tous ses risques de dérapage.

Un remake du 5 Octobre 1988, mais à la grande différence du soulèvement de la décennie 80’, celui du 22 février s’est déroulé dans le calme, les édifices publics et les biens privés n’ayant pas été ciblés et les forces de l’ordre, globalement, se sont abstenues d’intervenir contre les marcheurs.

Ces derniers ayant un objectif précis : empêcher un nouveau mandat présidentiel pour un chef d’Etat diminué physiquement des années durant, traînant un bilan politique et économique désastreux. A l’opposé du 5 Octobre 88, il n’y a pas eu de récupération partisane ou maffieuse. Experts dans l’infiltration et la récupération, les islamistes ont échoué, n’ayant même pas tiré les dividendes de la tenue des manifestations un vendredi après la grande prière.

La balle est donc dans le camps du président Bouteflika : renoncer au 5e mandat et faire au pays l’économie d’une grave crise ou maintenir son choix désastreux. Encore faut-il qu’il soit suffisamment lucide pour trancher et surtout seul maître de la décision. Il est établi qu’il ne l’est pas totalement du fait de son lourd handicap.

Tout autour de lui et de la présidence de la République gravitent de multiples centres d’intérêts qui ont fini par devenir importants et surtout partenaires de la décision politique. Une poignée d’oligarques enrichis grâce à la commande publique et aux largesses fiscales et douanières contribue à maintenir en vie le système Bouteflika, nombre d’entre eux regroupés au sein du FCE tissant des liens avec les partis politiques et les organisations dites de masse de la galaxie présidentielle.

La tâche est rude pour les Algériens qui ont crié leur colère le 22 février, car il leur faudra, dans les prochaines semaines, neutraliser non seulement le président Bouteflika, mais balayer tout le système politico-maffieux qui s’est construit autour de lui depuis 1999. Cependant, le vent du printemps algérien a commencé a souffler et rien ne l’arrêtera.



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