Le difficile premier pas | El Watan
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mercredi, 13 novembre, 2019
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Le difficile premier pas

07 novembre 2019 à 9 h 00 min

Les magistrats ont repris hier leurs activités, mettant ainsi fin à une «grève» de dix jours. Dans ce mouvement de mobilisation citoyenne qui dure depuis bientôt huit mois, beaucoup y ont vu là une «insoumission» inédite de ce corps constitué. Mais le plus fort moment aura été l’épisode grave de la cour d’Oran qui a été le théâtre de violences policières à l’encontre des grévistes.

Outre l’indignation suscitée sur la Toile et chez bon nombre d’Algériens, il a été surtout révélateur de l’autoritarisme du pouvoir actuel dans sa pratique la plus exécrable, celle de se retourner contre des secteurs qui dans le quotidien, et ce, depuis des décennies, lui sont acquis ou du moins censés l’être «naturellement».

D’ailleurs, tous ceux qui ont pu voir et écouter l’échange de propos entre le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah et le ministre de la Justice, retransmis à la télévision à l’occasion des cérémonies du 1er  Novembre et repris en boucle sur les réseaux sociaux, ont vite fait le lien entre la volonté du pouvoir réel, incarné par le vice-ministre de la Défense de durcir le ton envers toute contestation d’où qu’elle vienne, et ce qui s’est passé au siège de la cour d’Oran.

La protestation des juges a laissé poindre un moment l’espoir de voir ceux-ci se rebeller contre la «justice de la nuit», celle de l’obéissance aux injonctions «venues d’en haut» et de l’arbitraire des lettres de cachet où l’on emprisonne sans autre forme de procès.

Comme ont pu le subir des jeunes à peine sortis de l’adolescence, des étudiants dont le seul tort est d’avoir brandi l’étendard amazigh au cours de manifestations pacifiques. Des jeunes filles et des jeunes hommes marqués à vie et qui auront toutes les raisons d’en vouloir à un pouvoir qui s’acharne à tuer l’espérance en une Algérie libre et démocratique, comme l’ont scandé les millions d’Algériens qui manifestent tous les vendredis depuis le 22 février.

Espoir de courte durée, malheureusement. D’ailleurs, comment pouvait-il en être autrement à partir du moment où l’on avait affaire à un mouvement corporatiste autour de revendications socioprofessionnelles, même si ses principaux animateurs ont cru bon, pour gagner la compréhension des justiciables et de l’opinion publique, de marquer un attachement au hirak en mettant en avant l’indépendance de la justice, comme un vœu pieux ! Ce point devrait faire l’objet d’un examen lors d’ateliers qui seront mis en place dans le cadre de l’accord conclu avec le ministère de la Justice.

C’est dire et cela rappelle que bon nombre de recommandations avancées dans le cadre de commissions comme de la justice au début des années 2000 sont restés pour la plupart «lettre morte». Mais au-delà de ce vœu pieux d’indépendance, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’Algériens, notamment au sein des familles des détenus d’opinion, espèrent, attendent et demandent juste que les juges statuent et délibèrent en leur âme et conscience dans le respect de la loi, loin de toute sujétion.

C’est là, sans doute, le premier pas vers l’indépendance. Indépendance à l’égard d’un pouvoir autoritaire, aujourd’hui décrié par des millions d’Algériens. Un difficile premier pas sur le long chemin de l’émancipation.


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