L’APN après le 12 | El Watan
toggle menu
samedi, 12 juin, 2021
  • thumbnail of elwatan10062021



L’APN après le 12

10 juin 2021 à 10 h 00 min

De cette campagne qui s’est achevée, on retiendra essentiellement la force des discours islamistes et conservateurs chez la plupart des candidats à la députation, qu’ils appartiennent à des partis politiques, anciens ou nouveaux, ou qu’ils se présentent sous l’étiquette «d’indépendants».

Il n’est pas exclu qu’une fois élus, tous ces gens-là tisseront des alliances en vue de former un bloc, fort et déterminé, avec comme objectif de barrer la route aux rares démocrates présents et d’imposer des projets de loi ou des mesures politiques en conformité avec leurs idées et leur projet de société.

Certes, les islamo-conservateurs ont de tout temps été présents au Parlement, mais jamais avec un tel nombre, bénéficiant cette fois-ci d’un renfort inédit : celui des «indépendants». Jusque-là, les différents pouvoirs s’étaient constamment attelés à les brider, voire les enrôler à travers diverses alliances, la plus «célèbre» étant «l’alliance présidentielle» tissée entre le régime Bouteflika, le FLN, le RND, le MSP et Taj.

Le seul moment dans l’histoire où ce courant a échappé au pouvoir politique ce fut lors des législatives de 1992, ce qui l’avait conduit à faire les frais de l’interruption du processus électoral avec les diverses conséquences que l’on connaît. La leçon retenue à ce moment-là par le pouvoir est qu’il fallait mettre en place un organe de contrôle du dispositif législatif, ce qui fut fait par la création du Sénat dont la composante lui est acquise. Un tiers de ses membres sont directement désignés par le président de la République. Le Sénat n’eut à intervenir que rarement pour bloquer des projets de loi votés à l’APN. «L’alliance présidentielle» ne se hasarda plus, ou très peu, à contrecarrer les projets de loi proposés par le gouvernement.

En sera-t-il de même avec la future APN ? Toute la question est là. Le pouvoir actuel dispose d’un atout majeur, la duplicité des islamistes, historiquement largement répandue et à laquelle n’a échappé que l’ex-FIS. Les islamistes préfèrent toujours composer avec les dirigeants et savent faire le dos rond quand il le faut. Leur arme absolue, c’est le temps et la patience. Ils préfèrent agir par petites touches, ciblant en priorité la société dont ils considèrent qu’elle s’éloigne un peu trop des préceptes de la religion.

Leur obsession est d’agir sur l’école, la famille, les langues et les mœurs. Ils l’ont ouvertement déclaré lors de la campagne électorale durant laquelle il y eut comme un savant partage des rôles. Si Abderrazak Makri, le leader du MSP, tentait de se construire la même image que son aîné Mahfoud Nahnah, d’islamiste «bon chic, bon genre», Bengrina et Djaballah, eux, abattaient leurs cartes, n’hésitant pas à s’en prendre à l’amazighité, pourtant constitutionnalisée. Quant à la délicate question de l’Etat islamique, ils la laissent pour le futur, sachant pertinemment qu’elle est irréalisable pour le moment, ne serait-ce qu’en raison du souvenir douloureux de la décennie rouge.

Sur leur feuille de route, elle est encore présente. Le grand atout actuel des partis islamistes en course pour les législatives est qu’ils peuvent compter sur les candidats qui se sont présentés sous l’étiquette d’indépendants. Sur de multiples questions sociétales, voire politiques, ils partagent le même point de vue et ils l’ont exprimé durant leur campagne électorale, ce qui est en soi une défaite du pouvoir actuel qui pensait qu’avec l’étiquette «d’indépendants» faire émerger une société civile, moderne, en mesure de contrecarrer les projets islamistes et conservateurs et en même temps lui servir de base sociale.

Comme il a su brider le camp islamo-conservateur, Bouteflika n’a eu aucun souci majeur avec l’APN durant la vingtaine d’années de son règne, un atout dont ne dispose pas le régime Tebboune : il sera vite soumis à une vive et large contestation de la part des nouveaux députés. Le bras de fer sera permanent et les autorités regretteront peut-être dans ce combat civilisationnel l’absence de deux alliés précieux : les partis démocratiques traditionnels conduits à adopter une posture de boycott du scrutin dès le départ et des représentants du hirak qui auraient pu émerger et se constituer en force politique, si le mouvement citoyen avait été accompagné par l’Etat et non rejeté.


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!