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dimanche, 26 septembre, 2021
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La rupture

19 mai 2021 à 10 h 00 min

La tentation d’en découdre avec le hirak, de le remiser au musée de l’histoire, a commencé au lendemain de la chute du régime de Bouteflika. Après avoir été béni par le nouveau pouvoir ayant pris les rênes du pays durant la période de transition précédant l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, le hirak ne tarda pas à être contrarié dans son élan révolutionnaire visant le changement radical du système.

La rupture fut consommée avec l’annonce de la feuille de route politique dite «constitutionnelle» imposée par les nouvelles autorités, sous l’égide de l’homme fort du moment, le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’Anp, feu Gaïd Salah, contre la volonté des partisans de l’exercice de la souveraineté populaire consacrée par la Constitution. C’est dans ce climat politique tendu – marqué par l’affrontement entre deux démarches, deux visions antagoniques, inconciliables, sur la dynamique du changement à mettre en place afin de rompre avec le mode de gouvernance chaotique passé – que s’était tenue l’élection présidentielle du 12 décembre 2019.

L’évolution des événements a donné raison à ceux qui avaient alerté, en son temps, sur le fait que le pouvoir s’était fourvoyé dans une voie sans issue en imposant un agenda politique par le haut, tournant le dos à la formidable énergie libératrice née du mouvement du 22 Février 2019. Le black-out médiatique, la répression des manifestations, les arrestations, la mise en place d’un bouclier associatif pour contrecarrer le hirak, le faire imploser de l’intérieur… tous les moyens ont été utilisés pour tordre le cou au hirak. Sans succès.

Les ingrédients d’un grave dérapage que personne ne pourra contrôler sont là. Grâce au pacifisme des manifestants érigé en dogme religieux dans la culture hirakiste, le pire a été évité vendredi dernier à la suite des interpellations massives et violentes qui ont choqué l’opinion. Mais l’inquiétude demeure vive dans la société pour la suite des événements. Parier sur la peur et la répression pour venir à bout du hirak est une option qui a déjà montré ses limites. Dans ce rapport de force, objectivement inégal, du pot de fer contre le pot de terre, le pouvoir a tort de sous-estimer cette donnée fondamentale de la résilience à toute épreuve des hirakistes qui ont domestiqué la peur, les bastonnades et l’emprisonnement. Quand on voit des activistes faire plusieurs séjours en prison et ressortir à chaque fois avec la même détermination et le même engagement, en reprenant aussitôt du service, c’est le signe que le pays est traversé par une lame de fond insondable qui ne saurait être domptée par le recours à la force.

Ne pas saisir ce message risque de mener le pays vers l’irréparable.


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