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La révolution menacée

14 avril 2019 à 9 h 00 min

Une nouvelle fois, la prophétie de Larbi Ben M’hidi s’est vérifiée. «Jetez la Révolution dans la rue, elle sera prise en charge par le peuple», avait-il prédit. Le 22 février, sans crier gare, les Algériens sont descendus dans la rue à travers tout le pays manifester pour la dignité et exprimer leur colère contre le projet de Abdelaziz Bouteflika de se représenter pour un 5e mandat, un culot vu à juste titre comme un outrage à tout le peuple.

Un volcan vient de se réveiller. Dès le second vendredi, on comprend rapidement que le mouvement s’est transformé en une «révolution joyeuse» qui n’est pas près de s’arrêter et qui va épater et étonner le monde par son caractère pacifique inédit.
La rue avait toujours une avance sur le pouvoir qui se contentait de réagir par à-coups, un pouvoir autiste qui n’a jamais compris l’âme du peuple algérien. Il ne faisait que suivre la déferlante.

Les services de sécurité, pourtant déployés à grands renforts, observaient sans réagir et sans chercher à s’opposer aux citoyens. Du jamais vu depuis l’indépendance ! Les policiers n’hésitaient même plus à exprimer leur sympathie pour les marches populaires.

Brusquement, les comportements ont changé vendredi dernier. Les citoyens qui essayaient de rejoindre Alger en ont été empêchés par la gendarmerie. Dans la matinée, la police expulse les manifestants qui s’étaient agglutinés sur les marches de la Grande-Poste. L’atmosphère bon enfant qui était remarquée jusque-là dans la capitale devient brusquement tendue. Le climat fraternel entre citoyens et policiers se transforme en hostilité.

Dès la matinée, les premiers groupes de manifestants sont aspergés d’eau et goûtent aux grenades lacrymogènes. Le pire sera constaté en début de soirée sur la place Maurice Audin et dans le Tunnel des facultés. Sans égard pour les femmes et les enfants, la police use et abuse de ses gaz lacrymogènes et des jets d’eau sur les manifestants. Les cris «Silmiya, silmiya !» (Pacifique, pacifique) les laissent de marbre. La révolution joyeuse est entachée de tristesse.

Malgré la répression, les citoyens ne se découragent pas. Ils se mettent même à ramasser les ordures pour laisser la place nette après les manifestations, comme ils le font depuis le 22 février. Pourquoi ce changement brusque dans le comportement des policiers ? Apparemment, ils ont obéi à des instructions. Le pouvoir, qui a tablé sur l’usure pour que les manifestations prennent fin, voit que la détermination des Algériens est intacte. Il pense que le moment est venu de passer à la manière forte. Il aurait décidé d’empêcher les manifestations durant la semaine et de ne les tolérer que le vendredi.

Et pour faire peur aux Algériens, il se remet à parler de «la main de l’étranger». Une autre insulte au peuple, parce que, selon lui, celui-ci n’est pas mature et que par conséquent il est victime de manipulations. Un discours entendu déjà à l’époque coloniale, quand les Français disaient que Moscou, Washington et Le Caire sont derrière le soulèvement des Algériens. «La main de l’étranger» est revenue à plusieurs reprises après l’indépendance, quand le pouvoir avait des difficultés.

Mais quel que soit le degré de la répression, le peuple ne reculera devant aucun sacrifice pour recouvrer sa liberté. «Ils ne peuvent pas nous tuer, nous sommes déjà morts !» Ces terribles propos lus sur une pancarte résument l’état d’esprit des femmes et des hommes de ce pays.


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