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La nouvelle Algérie est née

23 mars 2019 à 10 h 00 min

En ce deuxième jour de printemps, la pluie providentielle a donné plus d’éclat à ce 5e vendredi de la contestation, montée en cadence, semaine après semaine, depuis le mémorable 22 février qui a vu, contre toute attente, des dizaines de milliers d’Algériens déferler dans les villes et villages du pays pour crier leur rejet de l’infâme 5e mandat du président Bouteflika et de son système politique.

Le monde entier a été ébahi par la discipline et le pacifisme des manifestants, de tous âges et des deux sexes, par le spectacle de policiers se mêlant joyeusement à la foule, par la hardiesse des jeunes et surtout leur violent désir de se réapproprier leur pays, l’Algérie, résumé superbement par ce graffiti : «Pour la première fois, je n’ai plus envie de quitter mon pays», mots d’un candidat à l’exil, malgré lui porte-parole de ces milliers de désespérés de la vie, dans un pays sans joie et sans avenir, rêvant d’un eldorado outre-Méditerrannée.

Et qui, brusquement, un après-midi de soleil, s’est trouvé mêlé à des concitoyens pour battre le pavé de rues interdites, braver les risques des matraques, des gaz lacrymogènes et des arrestations – très peu utilisés heureusement – pour identifier clairement, publiquement et avec force l’auteur du malheur des jeunes : le clan politico-mafieux qui sévit depuis presque 20 ans à la tête de l’Algérie, détenteur de l’essentiel des richesses du pays qu’il a destinées à l’achat du clientélisme dans la politique et les affaires ainsi que du silence et de l’effacement de la société.

La clef de voûte de ce clan, de ce système, un autocrate ambitieux, malade de pouvoir et de la vengeance, Bouteflika régnant sans partage et par la terreur, qui poussa sa schizophrénie jusqu’à vouloir – dans un fauteuil roulant, muet, à moitié paralysé – rester président de la République pour cinq autres années.

Cette première provocation a vite été déjouée, mais roublard et manipulateur, il lui substitue une autre ruse : prolonger son mandat de quelques mois ou d’une année, le temps de rebondir, de sauver des bribes de son système et de satisfaire son ego démesuré de «sauveur» de la nation. Il a trouvé une parade, une sorte de conférence nationale chargée de lancer une période de transition durant laquelle serait rédigée une nouvelle Constitution et seraient préparées des élections générales.

Mais une nouvelle fois, la grossièreté de la manœuvre a vite été démasquée : le président de la République ne cherche qu’à recréer son régime politique en le revêtant d’un habit démocratique. Le navire coule, il sera de plus abandonné par ses occupants et son équipage et cela dans les prochaines semaines. Reste le sort de son capitaine qui a épuisé toutes ses armes.

Le 27 avril prochain, date ultime de son règne présidentiel, il devra se déterminer définitivement : répondre à l’appel massif et franc des Algériens par son départ et par l’abandon total de sa démarche politique, ou tourner le dos, provocateur et arrogant, aux citoyens et de ce fait en assumer toutes les conséquences, y compris l’apparition ou la réapparition de la violence.

Cela a encore été dit ce 22 mars, et massivement : la date légale du départ ne peut pas être autre que le 27 avril, tel que prévu par la Constitution. Il devra «dégager» et son système avec, ses hommes, ses réseaux et ses clans. Les premières fissures ont d’ailleurs commencé à apparaître au sein de la cour présidentielle gagnée par la panique.

Toute honte bue, des pans entiers du pouvoir ont rejoint le mouvement de contestation, un phénomène habituel en Algérie depuis le fameux 19 Mars 1962, date du cessez-le- feu qui vit, en masse, des planqués de la Guerre de Libération rejoindre les rangs du FLN et de l’ALN et même se faire délivrer des attestations de participation.

Mais l’Algérie d’aujourd’hui, celle de 2019 notamment, est tout autre, elle a développé une remarquable conscience politique, surtout au sein de sa jeunesse. Si elle ne voit pas exactement l’avenir pour l’Algérie, celle-ci sait cependant ce que son pays ne sera plus jamais : une dictature de politiques et de militaires assoiffés de pouvoir ou une autocratie d’extrémistes religieux. Ou un mariage contre nature des deux.


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