La fin des intouchables | El Watan
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samedi, 31 octobre, 2020
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La fin des intouchables

03 mars 2020 à 9 h 00 min

Ce que Sellal et Ouyahia ont dit au juge, tous les Algériens le savent, et cela depuis fort longtemps : Bouteflika a toujours décidé seul, aucun membre du gouvernement ne pouvait se targuer de détenir un quelconque pouvoir de décision.

Vingt ans durant, le pays a vécu sous la coupe d’un autocrate qui disposait d’un droit de vie et de mort sur tous les gens, des plus humbles aux plus puissants dans la hiérarchie sociale, y compris des généraux, des chefs de gouvernement et des ministres.

Sellal et Ouyahia ne révèlent rien, ils ont tenté de se décharger sur l’ex-président de la République et minimiser leurs responsabilités. Ils ne sont pas allés loin, se sont contentés de charger la personne de Bouteflika, oubliant d’évoquer l’incroyable système de domination politico-sécuritaire mis en place dans le pays depuis 1999.

Ils ont oublié de dire qu’au niveau de toutes les institutions étatiques et au sein de l’ensemble de la société, tout était conçu pour que soit glorifiée la personne de Bouteflika et pour que chaque organisme public et chaque personnalité du pouvoir aient un rôle précis à jouer dans la mise en œuvre de sa politique.

Sellal et Ouyahia étaient des pièces importantes dans ce système et tout le monde se souvient du zèle qu ils avaient déployé pour les renouvellements des mandats successifs de Bouteflika et plus particulièrement le fameux 5e, lequel a fini par les conduire à leur perte après la chute de l’autocrate.

Ni ces deux-là ni aucune autre personnalité politique ne peut dire aujourd’hui qu’ils ne savaient pas ce qui les attendait dès lors qu’ils avaient accepté de servir Bouteflika.

La règle du jeu qui leur était imposée dès le départ était claire : servir, se taire et courber l’échine. Il va sans dire que chacun des membres des gouvernements successifs l’a fait à sa manière, certains discrètement, d’autres de façon ostentatoire, jusqu’à la courbette et l’embrassade d’un portrait du Président.

Seule une petite poignée des personnalités du pouvoir s’est révoltée, dont le Premier ministre Benbitour, tous les autres y ont trouvé leur compte, le minimum du minimum étant d’achever une carrière avec un décret présidentiel qui ouvre droit à des avantages divers, notamment en matière de retraite.

Le pire est qu’aucun dirigeant en poste ne s’est préoccupé, depuis 2013, de la grave intrusion de Saïd Bouteflika dans la gestion des affaires présidentielles.

Celui-ci leur donnait des ordres directement, y compris aux Premiers ministres, et cela a duré six années au cours desquelles les deniers du pays ont été redistribués à des clientèles de tous acabits. Des années durant, l’Algérie a été dirigée par des forces extraconstitutionnelles et par des oligarchies maffieuses.

C’est vrai donc que Abelaziz Bouteflika est le premier responsable de la dérive du pays, mais c’est aussi vrai que sont coupables bien d’autres personnalités de divers milieux, de la politique, de l’économie, de la sécurité et de la société civile, qui ont cautionné le bradage et le détournement constitutionnel, soit par leur complicité directe, soit par leur silence.

Les procès en cours liés à la corruption sont donc nécessaires, mais restent insuffisants, tant que sont épargnés ces gens-là. Il ne saurait y avoir d’intouchables, en premier l’ex-président de la République.

La justice doit l’entendre. Si elle ne le fait pas, même de manière symbolique, son travail restera inachevé et donc partial. Et ne sera pas tournée la page du régime politique qui a bradé 800 milliards et gangrené toute la société.

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