Échec de l’islamisme tunisien | El Watan
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samedi, 23 octobre, 2021
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Échec de l’islamisme tunisien

01 août 2021 à 10 h 33 min

De nombreux observateurs ont spéculé sur l’avenir de la jeune démocratie tunisienne, issue du Printemps arabe, depuis que le président Kaïs Saïed a décidé de geler les activités du Parlement durant un mois et de limoger le gouvernement dirigé par Hichem Mechichi.

Ses décisions ont été accueillies par des manifestations de joie de la majorité des Tunisiens qui n’ont pas hésité à crier : «A bas le Parlement !» et à dénoncer les islamistes d’Ennahda. Des réactions qui ne laissent pas de place à l’inquiétude, sachant que les Tunisiens sont pragmatiques, qu’ils sont viscéralement attachés à la démocratie et qu’ils ont horreur de l’aventurisme et du saut dans l’inconnu. Ils ont compris que leur Président a été poussé à bout par deux hommes : le chef du gouvernement et Ghannouchi, le leader d’Ennahdha. Mechichi est ce qu’on peut appeler l’ingrat par excellence.

Simple secrétaire à la Présidence, il a été propulsé au-devant de la scène par Saïed qui en a fait d’abord son ministre de l’Intérieur, puis son Premier ministre. Mais l’homme s’est rapidement retourné contre la main qui l’a nourri. Il s’est beaucoup rapproché de Ghannouchi, président du Parlement, pour faire passer les projets de loi qu’il voulait, allant jusqu’à ignorer totalement le chef de l’Etat pour la gestion des affaires du pays, au point que les Tunisiens avaient l’impression que le véritable président était Ghannouchi. Entre Saïed, un novice en politique devenu président par la volonté du peuple, qui a alors adoubé une tête par volonté de changement total, et un chef d’Ennahda, redoutable homme politique habitué aux manœuvres en tout genre, le combat était en apparence à armes inégales.

Le duo a réussi à faire ce qu’il voulait et à isoler le chef de l’Etat, réduit pratiquement à un rôle de spectateur. Ennahdha s’est impliqué depuis 2011 dans la gestion gouvernementale. Fidèle à la pratique de l’entrisme chère aux Frères musulmans, il s’est ingénié à s’immiscer au maximum dans la gestion des affaires de la société au point d’exiger, par exemple, des dédommagements pour les victimes de la dictature de Ben Ali, c’est-à-dire les militants «nahdistes», alors que le pays est économiquement à genoux et que la pandémie de Covid est devenue ingérable, des problèmes qui étaient une menace existentielle pour la Tunisie. Tout cela accompagné d’une corruption digne de l’époque Ben Ali. Le Tunisien n’est pas né de la dernière pluie. Il voyait la dérive et comprenait le danger.

Pour lui, Ennahda est devenu un corps à extirper. «Corrompus, hypocrites, menteurs», disaient les citoyens des membres du parti islamiste. Au point qu’en l’espace de quelques années, le parti a perdu 1 million de voix, ce qui est beaucoup pour un pays qui compte 12 millions d’habitants. Kaïs Saïed était à l’écoute de son peuple. Il a compris son ras-le-bol et a donc décidé d’agir et de prendre les choses en main. D’où les décisions drastiques et sans appel qu’il a imposées. Ghannouchi a bien tenté de reprendre du terrain. Il y a quelques jours, à peine quelques centaines de ses partisans se sont rassemblés à son appel devant le Parlement. Son échec est consommé. «Un rapport de force raté avec le Président», a relevé un politologue tunisien. Il ne reste au Président qu’à pousser le bouchon plus loin. Il exhibe les dossiers de corruption datant de l’époque Ben Ali et qui n’ont jamais été soumis à la justice.

L’étau se resserre également autour d’Ennahdha, accusé d’avoir bénéficié de financements étrangers. Quand on voit la puissante centrale syndicale UGTT soutenir l’action du Président, ainsi que la nette majorité des citoyens, il y a là des raisons d’espérer pour la Tunisie.


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