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Bouteflika est parti, le système reste

10 avril 2019 à 9 h 00 min

Le scénario du pire que redoutaient les millions d’Algériens mobilisés depuis le 22 février dernier pour le changement radical du système s’est concrétisé hier. La boucle du processus institutionnel chargé d’encadrer la période intérimaire de 90 jours, consécutive à la démission de Bouteflika, a été bouclée hier avec la désignation de Abdelkader Bensalah au poste de chef de l’Etat.

C’est à cet attelage composé de reliques du système de Bouteflika régénéré – Noureddine Bedoui à la tête du gouvernement, Tayeb Belaïz à la présidence du Conseil constitutionnel et Bensalah à la magistrature suprême du pays – que sera confié le destin des Algériens avec, dans une première phase, l’enjeu crucial de la préparation de l’élection présidentielle que les hommes de l’ancien-nouveau régime désavoué comptent bien investir pour se redonner une seconde vie à peu de frais.

Tout compte fait, avec le nouveau coup de force d’hier intronisant Bensalah à la tête de l’Etat contre la volonté populaire, qu’est-ce qui a changé depuis la démission de Bouteflika aussi bien au niveau de la composante humaine chargée de conduire le processus intérimaire né de la vacance du pouvoir, que du cap politique tracé qui se dessine désormais clairement avec les hommes de la transition interne au système choisis et la voie constitutionnelle privilégiée, tournant le dos à la solution politique prônée par la rue et l’opposition ?

Rien, mis à part le départ anticipé de Bouteflika sous la contrainte de la rue et de l’armée, qui apparaît aujourd’hui comme une farce de mauvais goût. Tel que se décline le processus institutionnel mis en place par le cabinet noir du clan présidentiel avant la démission de Bouteflika, complété par la validation du logiciel antivirus contre le système en la personne de Bensalah, il apparaît clairement que la succession est mise en coupe réglée pour que rien ne change.

Le transfert de l’héritage patrimonial du pouvoir entre deux hommes d’un même système qui restera dans l’histoire du pays comme une tache noire de la confiscation de la volonté populaire indique bien que le pouvoir est loin d’avoir été ébranlé dans ses fondements, comme pouvaient le laisser penser les enquêtes judiciaires ouvertes contre des symboles de l’ère Bouteflika et le formidable souffle de la mobilisation populaire qui avait convaincu les plus sceptiques que la nouvelle République est déjà née.

L’engagement affirmé avec force par le chef d’état-major de respecter la volonté populaire est battu en brèche par le coup de force des députés et sénateurs de l’ex-majorité présidentielle et le jeu trouble de Bensalah. Toute la question est de savoir pourquoi l’armée, qui s’est pleinement impliquée dans le processus du changement – du moins, c’est ce qui avait été compris à travers les communiqués de l’état-major et les déclarations de son chef qui avaient suscité un vent d’espoir auprès de l’opinion et un soutien populaire aux positions de l’Anp –, s’est-elle arrêtée au milieu du gué laissant l’histoire prendre une autre voie étroite et risquée aux conséquences lourdes, à contre-courant des revendications populaires ?

Après la douche froide d’hier, les Algériens qui ont cru à ces professions de foi ont le sentiment amer d’avoir été floués et sacrifiés sur l’autel de calculs étroits de pouvoir. La trame du scénario qui s’est joué donne des arguments imparables à ceux qui militent pour faire de l’instauration de l’Etat civil une priorité de la refondation des institutions du pays.

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