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samedi, 04 juillet, 2020
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Bedoui out, et après ?

12 septembre 2019 à 9 h 20 min

Le départ (programmé) de Noureddine Bedoui s’apparente à une «concession». Elle ne l’est pas en réalité, car, comme celles qui l’ont précédée – dont la constitution du panel et les arrestations pour corruption – elle s’inscrit dans l’agenda politique des dirigeants de parvenir, coûte que coûte, à une présidentielle avant la fin de l’année en cours. Le Premier ministre partant a déjà «expédié» les projets de loi devant enclencher le processus électoral. Il a donc rempli une mission qui devait incomber à un autre gouvernement, non compromis avec l’ancien système, issu, tel qu’exigé par le hirak, de ses rangs.

Bedoui n’est pas dégommé, il n’a fait qu’achever sa tâche ; son remplaçant sera chargé d’une autre : mettre en œuvre la démarche électorale inscrite dans les nouvelles lois. Celle-ci devra mener vers le scrutin présidentiel de fin décembre, conduite par ce qui est appelé «autorité indépendante d’organisation des élections». Selon le nouveau texte, cette dernière héritera des prérogatives traditionnelles de l’administration, mais dans les faits, comme le temps presse et que la tâche sera ardue et complexe, elle finira par s’adosser à elle, voire en dépendra quasi totalement. Cette instance ne pourra jamais, quand bien même elle en aurait la volonté, revoir de fond en comble en moins de trois mois le fichier électoral, organiser et baliser la campagne électorale par ses propres moyens. Inévitablement, elle se tournera vers l’administration actuelle, laquelle – ce n’est un secret pour personne – a été nourrie de vingt ans de fraude, son personnel d’exécution étant toujours en place.

Comme le processus électoral sera chaotique, le ministère de l’Intérieur, bien qu’il soit exclu légalement du scrutin, aura tout le loisir de jouer avec les chiffres finaux et les adapter aux desiderata des hauts dirigeants. S’il y a volonté de favoriser une candidature présidentielle, elle se fera sans grande difficulté.

La malédiction électorale de Bouteflika est loin d’être exorcisée. La cause profonde est sans conteste la décision prise en haut lieu, dès le départ de Bouteflika, de garder des hommes et des structures issus de l’ancien régime et ensuite d’aller vers une élection présidentielle, coûte que coûte, sans passer par une période transitoire qui permettrait à la population, à travers ses propres représentants, de réfléchir sur le contenu à donner à la nouvelle République algérienne.

Cette stratégie politique a un coût et comporte des risques. La société civile et l’opposition ont du mal, une fois passés les premiers mois d’euphorie, à faire entendre leur voix, principalement ceux qui militent en faveur d’une période de transition et d’une Constituante. Des partis politiques ont même été interdits de réunion. Les marches du hirak ont été ponctuées d’arrestations de manifestants et de traduction en justice. Le champ médiatique souffre du chantage à la publicité instauré du temps de Bouteflika : les médias opposés ou critiques à la démarche du pouvoir ont été tout simplement interdits d’accès à la publicité institutionnelle. La chape de plomb qui recouvre l’audiovisuel public n’épargne pas les chaînes privées. Le seul contre-pouvoir qui échappe encore aux pressions et aux intimidations des autorités est le mouvement citoyen qui, depuis le 22 février, se déploie dans tout le pays avec une force et une constance remarquables. C’est la bête noire des dirigeants en mesure de brouiller toutes les cartes, y compris celle de l’élection présidentielle de fin décembre, l’estimant illégitime, car organisée par les résidus de l’ancien système.



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