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mardi, 27 octobre, 2020
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Ambiguïtés et faux calculs

24 septembre 2020 à 10 h 31 min

Sans réel ancrage populaire et sans large base sociale, aucun régime politique ne peut assurer sa survie, et l’histoire le démontre aisément. Les choix alternatifs portés sur le verrouillage de la société ou sur l’achat de la paix sociale, ou les deux en même temps, ont montré toutes leurs limites et bien entendu leurs dangers.

Le pouvoir incarné par le clan Bouteflika en est l’exemple type en faisant le choix, une vingtaine d’années durant, de la mise sous tutelle de la population, administrative et sécuritaire, accompagnée d’une large redistribution de la rente pétrolière. Une stratégie qui a fait régresser le pays et plongé le régime politique dans une crise profonde et un effondrement spectaculaire. Il ne semble pas pour l’heure que les autorités, qui ont pris la succession, aient pris le soin de tirer les meilleures leçons de cette expérience tragique pour le peuple algérien en écartant résolument ses recettes de gouvernance et en s’inspirant des chemins vertueux des Etats démocratiques avancés dans le monde.

Le régime incarné par Abdelmadjid Tebboune n’a pas saisi la chance historique de faire du hirak sa base sociale, ces millions d’Algériens porteurs d’une révolution du renouveau baignant de pacifisme, tout un peuple tourné vers l’avenir, à sa tête une jeunesse fougueuse et talentueuse. Il s’est tourné vers des segments de ce qui est communément appelé «la société civile», un ensemble hétéroclite où se côtoient différentes associations, des zaouias et des personnalités diverses, un grand nombre lourdement impliquées avec l’ancien régime. Le pouvoir fait également un clin d’œil aux résidus de l’ex-alliance présidentielle tissée par le chef d’Etat déchu, à leur tête le parti FLN en totale perte de vitesse, qui tente coûte que coûte d’échapper à sa mise au musée de l’histoire. Par ailleurs, l’ambiguïté est de mise dans les rapports entretenus avec les islamistes, également en perte de vitesse et qui ne désespèrent pas de s’arrimer officiellement avec le pouvoir dans le sens de leur stratégie de «l’entrisme». Parti artificiel, le RND n’arrive pas à croire que son heure est finie, comme celle de son patron d’antan, Ahmed Ouyahia. Cette formation est prête à se mettre armes et bagages à la disposition des nouvelles autorités politiques pour peu qu’elles lui permettent d’exister encore.

Comment dès lors construire une «Algérie nouvelle» avec tout ce magma et ce fatras, résidus et incarnation de l’ancien système que le hirak a dénoncé mais n’a pas pu éliminer de la vie publique nationale, bloqué dans son essor par l’adversité. Les faux pas et surtout les tergiversations du président de la République étonnent et inquiètent. On peut supposer, pour le dédouaner, qu’il n’a pas encore opéré les véritables choix stratégiques, laissant cela après le référendum constitutionnel et les scrutins législatifs et locaux. Ou, autre hypothèse déjà soulevée, qu’il n’a pas les coudées franches face à des forces de l’ancien système infiltrées dans les multiples rouages de la vie institutionnelle. Le chef de l’Etat abattrait ses cartes, une fois celles-ci neutralisées, mais le temps n’est pas avec lui, ni l’adhésion franche et massive de la population, ulcérée par le retour des pratiques politiques d’antan et des visages honnis et par le verrouillage de la vie publique. Ce qui est à redouter en fin de compte, c’est une fin définitive des illusions, avec au bout, l’entrée de tout le pays dans un épisode chaotique.

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