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Enquête. Le stade de Tizi Ouzou à l’arrêt depuis 9 mois : Dix ans de travaux et énorme surcoût

25 février 2020 à 9 h 06 min

Ce projet a été confié au groupement d’entreprises algéro-turc ETRHB Haddad et Mapa Insaat pour une enveloppe financière initiale de 37,760 milliards de dinars. Le coût a été revu à la hausse pour atteindre près de 50 milliards de dinars. Et ce n’est pas encore fini !

Les premiers coups de pioche pour la réalisation du stade de 50 000 places couvertes de Tizi Ouzou remontent à mai 2010 pour un délai de 30 mois. Dix ans après son lancement, le projet est à l’arrêt. Le blocage dure depuis mai 2019. Motif invoqué : expiration des délais contractuels.

Les démarches nécessaires pour l’achèvement de ce complexe sportif ont été entreprises, notamment l’examen du dossier en réunion interministérielle, mais sans suite à ce jour. Le projet avec un taux d’avancement physique de l’ordre de 85% a déjà englouti des budgets faramineux.

L’enveloppe nécessaire à son achèvement s’élèverait à plus de 12 milliards de dinars pour une durée de 10 mois, selon les chiffres communiqués lors d’une session de l’APW consacrée aux projets de développement en souffrance. Un autre délai pour un projet inscrit en… 2005 et dont la livraison avait été promise par d’anciens ministres et walis pour… début 2016 !

Ce stade en construction à Boukhalfa, dans la banlieue de la ville de Tizi Ouzou, avait connu par le passé des arrêts des travaux pendant plusieurs semaines. En 2014, l’entreprise espagnole a été remplacée par la turque Mapa pour booster le chantier qui accusait un grand retard.

A l’été 2018, un problème d’insuffisance de crédits destinés à prendre en charge les approvisionnements en matériaux de construction et d’équipements de l’étranger avait débouché sur une grève des travailleurs qui réclamaient la régularisation de leur situation salariale. En 2018, le projet est relancé et la rallonge de son budget est passée de 34 à 50 milliards de dinars.

Mai 2019, le chantier a connu un arrêt général des travaux en raison de la fin du délai contractuel induisant l’indisponibilité de crédits de paiements. En plus des travaux ayant trop traîné, le projet a subi plusieurs réévaluations budgétaires. Le coût total dépassant largement les 350 millions d’euros est jugé trop excessif pour ce genre de réalisation.

Selon certaines sources, de grands stades européens comme celui de la Juventus de Turin (40 000 places) et l’Allianz Arena du Bayern de Munich (75 000 places) n’ont pas mobilisé autant d’argent. «Un stade magnifique mais hors de prix en Algérie», avait relevé à juste titre un journal suisse dans un article consacré à ce projet controversé.

Et la relance de ces «travaux d’Hercule» n’est pas pour demain, eu égard à la situation financière et juridique de l’entreprise réalisatrice, en l’occurrence l’ETRHB Haddad, dont le patron est en prison. Le ministère de la Jeunesse et des Sports est interpellé par les élus locaux, la direction de la JSK, le mouvement associatif et les sportifs pour la délivrance de l’attestation de prolongation du délai de livraison.

En attendant, le chantier est déserté depuis près de 9 mois par les ouvriers des deux entreprises, a-t-on constaté sur terrain, mercredi dernier. Il n’en restait que les agents de gardiennage. «Nous n’avons pas perçu nos salaires depuis 7 mois. Nous avons observé un mouvement de grève de 10 jours, mais notre problème n’est pas encore résolu. Selon le responsable de la boîte privée qui nous a engagés, l’ETRHB ne lui a pas remis de chèque», nous ont-ils déclaré.

Les impayés légués par le patron du groupe Haddad avant son incarcération pénalisent d’autres intervenants sur ce projet, dont le sous-traitant turc Mapa Insaat. Lors de notre passage, aucun responsable des deux entreprises n’était présent sur les lieux. «Notre directeur est en Turquie. Laissez-nous vos coordonnées, il vous contactera dès son retour. Moi, je ne peux vous faire aucune déclaration, je ne suis que l’interprète de la société», nous informe notre interlocuteur.

A la direction de la jeunesse et des sports (DJS) de Tizi Ouzou, le DG par intérim s’est contenté de dire : «Le dossier du projet est entre les mains des autorités concernées. J’espère que la situation va se débloquer incessamment pour que le chantier puisse redémarrer.» Pour plus d’informations, on est orienté vers le chef de cabinet du wali, qui, à son tour, n’a pas jugé utile de communiquer avec la presse à ce sujet.

Ne voyant rien venir, les élus locaux comptent interpeller le gouvernement sur les causes de ce retard via le vote d’une délibération pour demander une commission d’enquête, lors de la prochaine session de l’APW, prévue les 26 et 27 février. «Ce projet qui devait être livré il y a 4 ans accuse un retard immense, c’est inadmissible, les autorités doivent se justifier pour voir où se situent les problèmes, cela relève de la gestion rationnelle des deniers publics.

A sa réception, ce stade apportera un plus à notre région sur le plan de la pratique sportive et de l’emploi», nous confie le président de l’APW, Youcef Aouchiche.

Un député, ayant saisi par courrier le ministère de tutelle, a estimé qu’«une enquête doit être diligentée pour révéler les raisons de ce retard et les dépenses effectuées véritablement dans l’exécution des opérations de réalisation des travaux constatés jusqu’à présent», en rappelant que les travaux de ce stade ont été entamés en 2010 et qu’il devait être initialement livré en 2014.

«Neuf ans après, il est toujours en hibernation», constate-t-il. Selon lui, une action allant dans le sens de la relance des travaux doit être initiée par les pouvoirs publics. «L’arrêt des travaux de ce chantier, lequel n’est pas le premier d’ailleurs, a suscité moult interrogations chez de nombreux citoyens, dont certains commencent même à manifester des signes de découragement quant à la livraison de ce complexe olympique», assène ce député.

Une autre source proche du projet alerte que, depuis mai 2019, le complexe est livré aux intempéries et aux aléas du temps : «Alors que les travaux sont arrivés à 85% de leur réalisation et que la population, locale et nationale, espérait réceptionner, vers la fin de l’année 2019, ce stade emblématique de football de 50 000 places doté de toutes les technologies de dernière génération, le voilà abandonné à son sort depuis des mois, pour des raisons inavouées.

Le maître de l’œuvre algérien qui a conçu ce complexe n’a cessé d’alerter qui de droit sur cet état de fait. Son inquiétude ne cesse d’augmenter quant à la détérioration des équipements acquis à coup de milliards de dinars et abandonnés sur le site.

Malgré les promesses faites par les autorités compétentes à un haut niveau de l’Etat, d’une prochaine relance des travaux, le maître de l’œuvre reste sceptique quant à la concrétisation de cet objectif.»

Octobre 2019, l’ancien ministre des Finances, qui inspectait le projet a appelé, à mobiliser l’ensemble des moyens disponibles afin d’achever les travaux de ce stade dans les plus proches délais, affirmant que ce projet fait partie «des priorités des pouvoirs publics».

Le membre du gouvernement a souligné la nécessité de parachever les travaux de cette infrastructure, dans le cadre de l’enveloppe financière consacrée «sans aucune dépense supplémentaire».

Selon lui, à travers la désignation récente de l’administrateur de l’ETRHB, le gouvernement affirme une réelle volonté «de lever les entraves à la réalisation de l’ensemble des infrastructures du pays», dont le nouveau stade du complexe sportif de Tizi Ouzou.


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