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Le spectre d’une grève générale plane sur la Tunisie

Youssef Chahed dos au mur

29 décembre 2018 à 11 h 00 min

L’UGTT annonce une grève générale pour le 17 janvier prochain, faute d’accord sur l’augmentation des salaires dans la Fonction publique. La Tunisie étouffe sous le poids d’une crise sociale, doublée d’une impasse économico-financière.

Des négociations sociales très difficiles opposent le gouvernement à l’UGTT, concernant la révision des salaires dans la Fonction publique. Les difficultés de trésorerie et les consignes du Fonds monétaire international (FMI) n’ont pas empêché le gouvernement Chahed de proposer des augmentations mensuelles allant de 150 à 240 dinars (45 à 72 euros), étalées sur trois ans.

Mais l’UGTT insiste sur une augmentation de 210 à 270 dinars (63 à 81 euros). Pour le gouvernement, la différence annuelle de 100 millions de dinars (30 millions d’euros) pourrait servir à aider les citoyens les plus démunis (180 000 foyers) et intégrer le dernier lot des ouvriers de chantier dans des établissements publics.

La centrale syndicale évoque la cherté de la vie et l’inflation insoutenable, reprochant au gouvernement les retards de sa réforme fiscale, «qui devrait ramener des milliards de dinars, si l’on s’attaque à la corruption», insiste l’universitaire Sami Aouadi, expert économique de l’UGTT, qui déplore «l’absence de volonté politique en la matière».

Aouadi considère que «les revendications de l’UGTT sont légitimes et raisonnables, puisque les salariés subissent le gros de la pression fiscale».

Le député Mustapha Ben Ahmed, président du bloc parlementaire L’Alliance nationale, proche du chef du gouvernement, demande, lui-aussi, à Chahed de «s’attaquer à la corruption et de mettre les mafieux en prison».

Bras de fer

En face, le gouvernement est obligé de gérer les grands équilibres budgétaires et, surtout, prendre en considération la situation de la population marginalisée.

«Ce n’est pas un hasard si le journaliste Abderrazek a lancé un appel de désobéissance aux plus démunis, ceux qui n’ont pas de quoi manger, avant de s’immoler par le feu. Ces marginalisés ne bénéficieront pas des augmentations», remarque-t-on du côté de la Kasbah.

La marge de divergence entre les demandes de l’UGTT et la proposition gouvernementale ne semble pas énorme. «Mais comme 80% des fonctionnaires sont en bas de l’échelle, une réponse positive à l’UGTT coûterait au Budget de l’Etat, 100 millions de dinars supplémentaires par an, qui pourraient mieux servir la cause des plus démunis», selon la présidence du gouvernement.

Toutefois, la réalité quotidienne a ses propres règles qui ne sont pas toujours rationnelles. «Le gouvernement ne devrait pas aller vers une grève générale dont personne ne pourrait assumer les conséquences», avertit Sami Aouadi.

La pression est d’autant plus terrible sur Chahed et son gouvernement qu’ils sont engagés auprès du FMI à réduire à 12%, en 2020, le poids salarial de la Fonction publique, actuellement de 14,2% du PIB. Le gouvernement tunisien se trouve donc entre deux feux.

D’un côté, c’est la vive tension sociale, sévissant dans le pays et une grève générale risque d’aggraver la situation, déjà très tendue. De l’autre, la Tunisie est engagée avec le FMI à faire des réformes, dont la réalisation traîne. Déjà, Les 3e et 4e tranches du prêt FMI, d’une valeur de 636 millions de dollars (presque 2 milliards de dinars), n’ont pas été débloquées, faute d’un avancement conséquent des réformes.

Le rapport 2017 de la Cour des comptes met l’accent sur ces retards, ayant privé le gouvernement de très importantes ressources financières et obligé le gouvernement à sortir, en octobre dernier, sur le marché financier international pour chercher 500 millions de dinars (160 millions d’euros) à des taux d’intérêts exorbitants, afin de clôturer le Budget 2017.

Le gouvernement Chahed subit, également, le poids de l’année électorale, puisque les partis politiques essaient de prendre de la distance par rapport au gouvernement. Même les partis au pouvoir, Ennahdha principalement, ne veulent pas assumer les choix du gouvernement qu’ils soutiennent. Une situation explosive et la solution n’est pas évidente.   

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