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Crise politique en Tunisie : Un Parlement émietté et source de tous les maux

25 mars 2021 à 10 h 02 min

Coalition gouvernementale hybride et très instable ; montages hollywoodiens des groupes parlementaires, les uns contre les autres ; scènes quotidiennes de lynchage, parfois physique, dévalorisant sans cesse le pouvoir législatif en Tunisie.

Le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), l’islamiste Rached Ghannouchi, a appelé hier un huissier notaire pour constater les «abus» du groupe parlementaire du Parti destourien libre (PDL), «empêchant la plus haute autorité législative en Tunisie de fonctionner».

Le groupe PDL conteste la sanction infligée par le bureau de l’ARP à sa présidente, Abir Moussi, lui retirant la parole, durant trois plénières, à cause des «perturbations des travaux».

L’Assemblée tunisienne est formée de 217 sièges, alors que le plus grand groupe parlementaire, celui d’Ennahdha, ne compte que 54 sièges, soit moins du quart.

Ennahdha a dû s’allier à Qalb Tounes, le parti du magnat des médias, Nabil Karoui, qui avait 38 sièges, lors de la sortie des urnes en octobre 2019, synonyme de corruption chez les bases d’Ennahdha et du bloc parlementaire Al Qarama (22 sièges), des islamistes populistes insatisfaits d’Ennahdha, pour amener Rached Ghannouchi à la tête de l’ARP.

Mais, cette alliance hybride est très instable, puisqu’elle s’est dissociée plusieurs fois, à partir du 1er vote de confiance pour le nominé d’Ennahdha à la présidence du gouvernement, Habib Jamli, en janvier 2020.

Jamli n’est pas parvenu à obtenir la confiance de l’Assemblée à cause du rejet du bloc de Qalb Tounes, permettant ainsi au président de la République, Kaïs Saïed, de nommer le chef du gouvernement. Une erreur à laquelle Rached Ghannouchi peine à remédier, lui qui vient d’affirmer à Reuters que «le poste de président de la République est un poste honorifique dans le nouveau régime politique tunisien».

L’opposition a cherché à destituer Ghannouchi de la présidence de l’ARP, en présentant une motion de censure, qui n’a recueilli, le 30 juillet dernier, que 97 voix, sur les 133 députés présents dans l’hémicycle. C’est Nabil Karoui et Qalb Tounes qui ont sauvé Ghannouchi, en glissant dans l’urne 18 bulletins nuls. Le bloc d’Ennahdha avait choisi de boycotter pour ne pas être minoritaire par rapport à ceux qui cherchaient à faire sauter Ghannouchi.

Une autre motion de censure est en ce moment en cours de préparation. Elle aurait réuni 103 signatures jusqu’à maintenant. Ses initiateurs attendent de parvenir à 109 députés favorables pour la déposer. Encore une fois, les voix de Qalb Tounes seraient déterminantes. Mais, contrairement à l’autre fois, Nabil Karoui est sous les verrous pour une affaire de soupçons de blanchiment d’argent et de fraude fiscale.

Abir Moussi

La cour avait accepté, le 25 février dernier, de le libérer contre une caution de dix millions de dinars (près de trois millions d’euros), que les pro-Karoui n’étaient pas parvenus à réunir, avant que la cour ne revienne, en appel, sur cette libération sous caution. Les opposants de Ghannouchi misent sur l’incarcération de Karoui pour arracher quelques signatures de députés hésitants de Qalb Tounes.

La majeure partie des partis politiques et des députés de l’actuelle Assemblée tunisienne vivent sous la peur de Abir Moussi, la présidente du Parti destourien libre et la cheftaine de son bloc parlementaire, composé de 16 députés seulement, mais très bruyants. Moussi est une rescapée de l’ancien régime.

Elle était secrétaire générale adjointe du parti de Zine El Abidine Ben Ali, le défunt président, déchu en 2011. Le paradoxe tunisien veut que le secrétaire général de ce parti (de Ben Ali) est actuellement un conseiller chez l’islamiste Rached Ghannouchi, le président de l’Assemblée.

Mais, ces deux personnalités de l’ancien régime plaident pour des intérêts différents. Moussi, créditée de 43% d’intentions de vote aux parlementaires, veut prendre le pouvoir, en écartant les islamistes, «la cause de tous les maux de la nouvelle Tunisie».

Ghariani essaie de récupérer pour les islamistes des visages de l’ancien régime. Mais, Ennahdha perd cruellement sur le terrain. Son électorat s’est rétréci de 1,5 millions en 2011, à 900 000 en 2014, et 560 000 en 2019. Ennahdha n’est crédité que de 18% des intentions de vote. Ghannouchi voit le danger en Abir Moussi, qui prône la logique égyptienne d’Al Sissi en Tunisie.

Le président de l’ARP brandit le spectre de Abir Moussi à tous les autres partis, de la majorité gouvernementale et de l’opposition, en leur expliquant que la dissolution de l’ARP signifie la fin de l’aubaine pour tous.

D’où l’unanimité de la décision d’interdiction de parole qui lui a été infligée par le bureau de l’Assemblée, ainsi que l’interdiction de mégaphone et de reportage-vidéo des activités : Abir Moussi transmet directement ses interventions au cours des plénières et des travaux de commissions et elle est fortement suivie.

Et si Ghannouchi voulait réviser la loi électorale, vers l’installation d’un pallier de 5%, voire même le régime politique, vers un régime présidentiel, il n’est plus aussi sûr de ces choix, avec un Kaïs Saïed au sommet, promu président de la République dès le 1er tour, et Abir Moussi, dont le PDL risque de réunir la majorité des sièges au Parlement. Pourtant, la Tunisie n’est qu’au début de la 2e année de sa législature. Mais, il y a un véritable risque d’élections législatives anticipées. 


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