Tunisie : Nabil Karoui rattrapé par la justice | El Watan
toggle menu
mardi, 19 novembre, 2019
  • thumbnail of elwatan20191119


Tunisie : Nabil Karoui rattrapé par la justice

10 juillet 2019 à 9 h 00 min

L e pôle judiciaire financier a décidé, avant-hier, de geler les avoirs de Nabil et Ghazi Karoui et de les interdire de voyage.

Il s’agit de plusieurs affaires, dont une de blanchiment d’argent, selon le communiqué du pôle, publié par l’agence TAP. Toutefois, si le patron de la chaîne Nessma TV a toujours eu des contentieux avec le fisc et la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), les réactions des autorités sont devenues plus vigoureuses depuis que Nabil Karoui a décidé de se mêler directement de la politique.

L’ex-chargé de communication de l’Instance de vérité et de dignité (IVD), Anouar Moalla, résume, dans un post sur Facebook, les interrogations en rapport avec les décisions frappant les frères Karoui. «D’une part, je suis heureux que l’on s’occupe enfin du cas Karoui & Karoui, gardiens importants des intérêts de Berlusconi en Tunisie et encore réfractaires aux impôts. Mais, d’autre part, la démarche engagée contre un sérieux rival à la veille des élections reste suspecte», lit-on sur son mur.

Pour sa part, le membre du Conseil municipal de Tunis, Ahmed Bouazzi, rappelle que «la plainte de I Watch date de 2016» et déplore «la lenteur de la justice».
Tous les observateurs sont unanimes pour établir un lien entre ces décisions de la justice et l’annonce, en mars dernier, de Nabil Karoui de se porter candidat à l’élection présidentielle et de présenter des listes aux élections législatives.

Timing

Les sondages d’opinion, accréditant Karoui et ses listes d’un score avoisinant les 20% des intentions de vote, auraient alerté davantage la classe politique, aussi bien au pouvoir que d’une partie de l’opposition. D’où la récente réforme de la loi électorale, votée en juin, et interdisant à certains candidats ayant bénéficié de publicité de se présenter. A rappeler que l’association I Watch a porté plainte, en été 2016, contre la direction de la chaîne Nessma, pour «malversations fiscales diverses».

Une vidéo a même fuité, en avril 2017, où l’on voit Nabil Karoui donnant des instructions pour qu’une «bande d’annonce diffamatoire à l’encontre des membres de l’organisation I Watch soit réalisée». Cela donne déjà une idée sur les moyens pratiqués par l’équipe de Nessma TV pour riposter aux accusations d’I Watch. Toutefois, les ripostes du pôle judiciaire financier ont mis du temps, malgré le fait que la Haica et le fisc traînent toujours leurs affaires avec la chaîne.

Enjeux

Les faits rapportent donc que Nessma TV traîne des contentieux fiscaux et n’a pas régularisé sa situation avec la Haica. Toutefois, le pouvoir en place n’aurait pas réagi fermement, jusqu’au moment où Nabil Karoui a cherché à se placer sur le terrain politique, pour protéger ses intérêts. A ce moment-là, les gouvernants ont décidé de contrer l’ambition du patron de Nessma, d’où cette cascade de mesures, «dans le respect de la loi».

La majorité de la classe politique n’a pas réagi aux mesures prises contre Nabil Karoui. Seul, «son parti», Au cœur de la Tunisie, a publié un communiqué considérant «qu’une campagne de diffamation et de harcèlement est menée contre M. Karoui en vue de l’exclure des élections législatives et présidentielle». Les autres composantes politiques de la scène se trouvent piégées, puisque, d’une part, elles sont «convaincues que les frères Karoui sont dans l’illégalité».

D’autre part, ces mesures éliminent un concurrent. Sur un autre plan, l’Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi (IPCCL) a rejeté le recours, déposé par 51 députés, concernant les amendements de la loi n°2018-63 relative aux élections et aux référendums. Ces fameux amendements portent surtout sur l’exclusion des bénéficiaires de publicité politique. Lequel rejet n’a pas été digéré par le professeur Slim Laghmani, qui explique, sur sa page Facebook, la nature pénale de l’interdiction du droit de vote, avant d’assurer que «les lois pénales rétroactives sont inconstitutionnelles».

Le projet de loi passera donc, pour ratification, au président de la République, qui pourrait le renvoyer à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), pour seconde lecture. Mais, d’habitude, le président Béji Caïd Essebsi écoute, certes, les divers points de vue sur des sujets polémiques, comme celui-là. Mais, il suit l’avis de l’IPCCL. Il est donc très probable que ces amendements soient publiés prochainement au Journal officiel.


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!