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Tunisie : Le front social s’apaise dans le Sud

11 novembre 2020 à 10 h 30 min

Le gouvernement Mechichi, installé début septembre, est parvenu le week-end dernier à trouver un compromis avec les sit-inneurs de Tataouine, qui ont fermé, depuis le 17 juillet, la vanne permettant l’écoulement de la majorité du pétrole tunisien produit au Sud.

Il s’agit de parfaire l’accord signé avec le gouvernement Chahed depuis 2017. Le gouvernement Mechichi promet d’étendre l’approche aux autres régions défavorisées, comme Kebili, Gafsa, Sidi Bouzid, etc. afin de réaliser les vœux de ces populations pour l’amélioration de leur situation.

Des négociations se sont poursuivies durant deux semaines entre une délégation gouvernementale et divers représentants de Tataouine, réunissant le comité du sit-in, le syndicat régional, les quatre députés de Tataouine et la société civile.

Les sit-inneurs ont insisté sur l’application immédiate de la clause de recrutement de 1000 ouvriers et cadres au sein de la Société de l’environnement, de plantation et de jardinage dans un délai ne dépassant pas une semaine après la reprise de production.

Ils ont également réclamé et obtenu que cette entreprise soit classée entreprise publique relevant du ministère de l’Agriculture. Il a été également question d’installer un Fonds régional de développement d’un capital de 80 millions de dinars (25 millions d’euros) pour aider les jeunes à créer des petites entreprises.

Lesquelles conditions ont reporté de quelques jours l’obtention d’un accord définitif. Entre-temps, des voix de la classe politique se sont élevées, sur les plateaux, pour refuser pareilles négociations avec des «intrus».

Ces voix, émanant essentiellement de la frange démocratique de l’opposition, ont déploré la perte de l’autorité de l’Etat et son prestige.

Par contre, la délégation gouvernementale a insisté durant les négociations pour parvenir à un accord solide et qui peut être transposé sur d’autres régions. «Il s’agit d’installer le socle d’un nouveau modèle de développement régional, qui ne subit pas les tracas de la centralisation», remarque le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, un vieux routier de la scène syndicale.

Trabelsi assure que «l’Etat ne va pas attendre que d’autres régions imitent Tataouine et se soulèvent. Nous allons vers toutes les régions pour initier pareils programmes de développement régional». Du coup, il s’attend à ce que le bassin minier puisse reprendre rapidement sa production, bien que «cette région a d’autres spécificités socioculturelles qu’il faut prendre en considération», souligne Salem Abdelmajid, un ancien leader syndical.

Crise

Rappelons que la crise économique s’est empirée en Tunisie ces dernières années et notamment ces derniers mois, en raison de la tension sociale qui empêche l’exploitation des richesses naturelles, comme le phosphate et le pétrole. Depuis la chute de Ben Ali en 2011, le pays n’arrive pas à retrouver le rythme de croisière de sa production de phosphate, dont la moyenne annuelle ne dépasse pas, ces dix dernières années, quatre millions de tonnes, alors qu’elle était supérieure à huit millions de tonnes en 2010.

La Compagnie des phosphates de Gafsa est au bord de la faillite, en raison de charges d’exploitation monstrueuses. Cela concerne surtout des recrutements injustifiés, ayant fait passer le personnel de la CPG de 8000 à 20 000. Il y a également le blocage de la voie ferrée par des sit-inneurs, poussant au transport du phosphate par des camions, avec un coût quadruple. La Tunisie a importé cette année du phosphate d’Algérie, pour la première fois de son histoire.

Le pétrole est également un secteur en crise, en raison des sit-in à répétition près des zones de production, notamment à Tataouine depuis 2017, mais aussi aux îles de Kerkennah 2015/2016. L’étincelle a également atteint le terminal terrestre de gaz du gisement marin d’Ashtart, au large de Sfax, où des jeunes chômeurs ont essayé de bloquer l’acheminement du gaz.

Ce modèle de contestation, touchant à la production, inquiète les autorités, surtout que le pays traverse une grave crise économique et financière. «Il est impératif que la Tunisie bénéficie de la totalité de ses richesses», insiste Mustapha Ben Ahmed, le président du bloc parlementaire de Tahya Tounes.

Pour sa part, le gouverneur de la Banque centrale, Marouane Abbassi, n’a pas manqué de s’attaquer au gouvernement, réclamant de l’aide pour boucler le budget 2019. «C’est grave que la Tunisie emprunte pour payer les salaires, alors que les productions du pétrole et du phosphate sont bloquées», relève Abbassi.

La Tunisie est à la peine à la veille du 10e anniversaire de sa révolution.

 

Tunis
De notre correspondant  Mourad Sellami


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