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Tunisie. L’arrestation du candidat Nabil Karoui : Entre blanchiment et politique

25 août 2019 à 9 h 16 min

Le candidat à la présidentielle, Nabil Karoui, a été arrêté, avant-hier, dans le cadre d’une affaire de blanchiment et de fraude fiscale. L’opinion publique en Tunisie est divisée entre le soutien à la lutte contre la corruption et la condamnation d’une manipulation visant un concurrent politique.

La chambre d’appel du pôle judiciaire économique et financier a ordonné, avant-hier, deux mandats de dépôt contre les frères Nabil et Ghazi Karoui, dans le cadre d’une affaire de blanchiment d’argent et de fraude fiscale, soulevée par l’organisation I Watch depuis 2016. La chambre avait déjà décidé, le 28 juin dernier, le gel des avoirs des Karoui et l’interdiction de quitter le territoire.

Péripéties

La plainte présentée par l’organisation anticorruption, I watch, remonte à 2016, suite à la publication, le 10 juillet 2016, du rapport «Ce que cache la chaîne des frères Karoui». Depuis, la justice tunisienne a ordonné, en octobre 2016, l’ouverture d’une enquête judiciaire sur la base d’une présomption d’escroquerie et d’évasion fiscale impliquant les frères Nabil et Ghazi Karoui.

Le dossier les accuse de blanchiment d’argent, via leurs sociétés au Maroc, en Algérie et au Luxembourg. Entre-temps, le dossier de l’affaire a traîné dans les couloirs de la justice, avant qu’il ne rebondisse au pôle judiciaire économique et financier au printemps dernier. I Watch a été entendu de nouveau. Nabil et Ghazi Karoui ont comparu deux fois devant les enquêteurs du pôle en juillet dernier, mais ont été gardés en liberté. La justice a toutefois ordonné, le 28 juin dernier, le gel de leurs avoirs ainsi que l’interdiction de quitter le territoire.

La séance de la cour, d’avant-hier, était destinée à examiner un recours contre le gel des avoirs et l’interdiction de voyager. Elle a débouché sur des ordonnances d’arrestation. A rappeler que dans un enregistrement fuité, début août courant, d’une réunion de Nessma TV, Nabil Karoui appelle à attaquer I Watch, début septembre, à coups de diffamation, insultes et atteinte à la vie privée de ses membres.

Il propose d’aller voir les gendres et les familles alliées des membres d’I watch pour les discréditer auprès d’eux par tous les moyens. Une autre vidéo, diffusée en 2017, avait dévoilé l’envie du patron de Nessma TV de «massacrer» l’organisation à travers la réalisation de reportages mensongers qui s’attaquent aux proches et aux familles des responsables d’I Watch dans le but de les «détruire» et de les «salir».

Dessous

Les unes des médias auraient été «Le magnat des médias, Nabil Karoui, arrêté pour blanchiment d’argent», n’eut été sa candidature à l’élection présidentielle et le bon score que lui accordent les sondages d’opinion, le plaçant parmi les favoris pour passer au 2e tour. Du coup, les unes sont, plutôt, genre «Arrestation d’un candidat à la présidentielle et doutes autour du processus démocratique». Le timing de l’arrestation de Karoui est interprété par une partie de l’opinion publique comme un coup politique, même si les juges n’ont fait qu’appliquer la loi. Les chroniqueurs des chaînes Nessma TV de Nabil Karoui, et Al Hiwar Ettounsi, de Sami El Fehri, accusent ouvertement le chef du gouvernement, Youssef Chahed, d’être derrière cette arrestation.

Pourtant, le journaliste Haythem Mekki a régulièrement expliqué, depuis des mois, dans ses chroniques sur Radio Mosaïque, les dessous du rapprochement entre les lignes éditoriales des chaînes Nessma TV et El Hiwar Ettounsi, jadis agressivement concurrentes. Le patron d’El Hiwar Ettounsi, Sami El Fehri, traîne, lui-aussi, des histoires de fraude fiscale et n’arrive pas à trouver des arrangements avec le pôle judiciaire économique et financier.

Si Nabil Karoui accède à la présidence de la République, ou si son parti Qalb Tounes fera partie de la prochaine majorité gouvernementale, El Fehri et Karoui trouveraient sûrement des moyens pour obtenir des arrangements avec le fisc et la justice, toujours selon Haythem Mekki. Or, avec Chahed et l’actuelle majorité, le tableau est sombre pour ces deux magnats des médias, ayant commencé sous la dictature de Ben Ali et qui roulent pour leurs propres intérêts.

Pour le moment, la chambre d’appel du pôle judiciaire économique et financier n’a pas uniquement rejeté les demandes de levée du gel des avoirs et d’interdiction de quitter le territoire des frères Nabil et Ghazi Karoui, elle a également émis deux mandats de dépôt contre eux. Nabil Karoui a été arrêté sur l’autoroute Tunis-Béjà, au niveau de la ville d’El Mejez, à 60 kilomètres de Tunis. Ghazi Karoui n’était pas avec lui. Certaines rumeurs disent qu’il serait passé clandestinement en Algérie.

Le pôle judiciaire rappelle que les deux accusés ont droit à un recours en cassation, dans les dix jours suivant l’arrêté de la justice. Un feuilleton qui risque de ne pas se terminer de sitôt. Pour l’histoire, le groupe de communication internationale Karoui & Karoui a été créé en 1996 en Tunisie et a créé Nessma TV en mars 2007. Nabil Karoui a démissionné de son poste de président-directeur général, en mai 2016, afin de s’adonner à la politique.


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