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Tunisie : Cet été, le tourisme a pris l’eau

30 septembre 2011 à 1 h 00 min

L’idée était osée, mais finalement, elle n’aura pas bien fonctionné. La campagne de communication décalée lancée en mai dernier (voir encadré) pour attirer les touristes en Tunisie n’a pas séduit les foules. La semaine dernière, le ministre tunisien du Tourisme, Mehdi Houas, a annoncé que le tourisme avait enregistré un repli de 36% cet été. Après la révolution du Jasmin, c’est le conflit libyen qui aurait eu un impact sur le tourisme estival en recul de 60% au mois de juin. Pour les Algériens ayant l’habitude de passer leurs vacances d’été chez leur voisin, le «changement» est palpable.

Début septembre, nous avons pris la route, cap sur Sousse. Les usagers de l’axe Tabarka-Beja sont priés par deux gendarmes d’emprunter un chemin sinueux pour atteindre Beja, à 70 km de la station balnéaire de l’Ouest, car la population bloque la route principale. Nous voilà traversant une chaîne montagneuse et de denses forêts sur une route tortueuse. Mais l’inquiétude nous empêche de contempler ces paysages à l’état brut. Après deux interminables heures de route, nous voilà à Beja. Reste 75 km d’autoroute Beja-Tunis, avalés pour certains en quelques minutes. Avant d’emprunter l’autoroute Tunis-Sousse où la police est très présente, le voyageur est surpris par l’amoncellement des immondices entassées sur le terre-plein du boulevard.

Libye libre

Sousse, la perle du Sahel, qui n’a pas été touchée par les émeutes de janvier dernier, a vu arriver, quant à elle, des milliers de Libyens. La chute d’El Gueddafi fait le bonheur de nombreux Tunisiens au sens des affaires très développé, qui ont confectionné des drapeaux, autocollants, tee-shirts, foulards, casquettes, pin’s, écharpes et autres objets aux couleurs de la Libye libre. La prolifération de marchands à la sauvette est un autre signe du changement. «Les événements ont porté un sacré coup à l’économie nationale. Des milliers de Tunisiens ont perdu leur emploi, justifie Lotfi, vendeur d’objets relatifs à la révolution libyenne, abordé au seuil de son kiosque installé dans le parc d’attractions du port El Kentaoui. Et le Tunisien, qui n’a pas de ressources, doit compter sur son intelligence ! Les Libyens sont à la recherche du moindre objet qui parle de leur révolution… alors les affaires marchent bien…»

Mohamed, directeur d’un hôtel quatre étoiles à Sousse, est moins enthousiaste pour son secteur. «Après avoir réalisé plus de 7 millions de visiteurs en 2010, le tourisme est à l’agonie, constate Mohamed. Pendant les huit premiers mois 2011, le tourisme, qui représente plus de 400 000 emplois et contribue à hauteur de 7,5% au produit intérieur brut (PIB) a enregistré une chute de 50% par rapport à la même période de l’année dernière. Pire, plus de 70 hôtels ont fermé leurs portes depuis le 14 janvier dernier. Et plus de 7000 travailleurs ont fait les frais de cette fermeture.» Et de reconnaître que «les prestations ne sont plus les mêmes».

Electroménager

«Certains patrons qui ne veulent plus investir ont diminué le nombre des effectifs. Les licenciements se sont répercutés sur la qualité des services. Il ne faut pas se voiler la face : les conditions d’hébergement et de restauration sont en déclin», précise-t-il, faisant allusion à certains établissements où le buffet n’est plus approvisionné. Autre service à souffrir : l’entretien des chambres, programmé généralement avant midi, se fait dans l’après-midi après plusieurs réclamations des rares clients. Nadjib, un autre hôtelier, constate amèrement : «Le secteur qui demeure l’un des piliers de l’économie et sa vitrine sur le monde extérieur n’a pas été soutenu par les pouvoirs publics qui n’ont pas tenu leurs engagements. Les réticences des patrons qui n’ont pas été soutenus sont justifiées.»

Au retour, à Tabarka, nous constatons qu’il est désormais possible de payer en dinars algériens (un dinar tunisien se change pour 70 DA). Sachant que les Tunisiens sont nombreux à passer la frontière pour faire le plein de carburant à Oum Teboul, ou s’engouffrer dans le pays profond pour s’approvisionner en produits alimentaires ou en électroménager. Mondji, gérant d’une boutique d’artisanat, insiste : «La tendancieuse campagne médiatique menée par les sbires de l’ancien régime a dissuadé nos frères algériens, qui avaient l’habitude de passer leurs vacances à nos côtés, de venir cet été. Mais comme vous l’avez sans doute constaté, la Tunisie, en dépit des troubles des derniers mois, demeure une terre d’accueil…»

Mohamed aussi garde espoir. «L’élection d’une Constituante pour au moins trois à quatre ans et l’adoption d’une nouvelle Constitution avant fin 2011 permettront au secteur de refaire surface. Le pays retrouvera la stabilité et la confiance de ses partenaires.» Signe encourageant, sur les dix premiers jours de septembre, il y a eu plus de touristes que l’an dernier à la même époque. Le ministre tunisien du Tourisme, Mehdi Houas, table «sur un retour, fin 2012, de l’activité touristique dans le pays à son niveau d’avant la révolution». D’ici à 5 ans, il vise même 10 millions de touristes par an pour la Tunisie pour un total de 70 millions de nuitées avec, à la clé, 8 milliards de dinars (environ 4 milliards d’euros) de recettes.
 

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