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mardi, 25 septembre, 2018
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Tensions entre Washington et Berlin

11 juillet 2018 à 23 h 48 min

Donald Trump a lancé les hostilités contre l’Allemagne, accusée d’«enrichir» la Russie en lui achetant du gaz et de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses de l’Alliance. Il a ensuite changé de ton en assurant avoir de «très bonnes relations» avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

Le sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) s’est ouvert, hier à Bruxelles, sur fond de convulsions dans les rapports entre Washington et Berlin. En effet, un peu plus tôt avant l’ouverture des travaux qui doivent durer deux jours, le président américain, Donald Trump, avait tenu des propos belliqueux à l’égard de l’Allemagne.

Il a accusé Berlin de ne pas tenir ses engagements envers l’Otan et d’enrichir la Russie. «L’Allemagne est complètement contrôlée par la Russie (…), elle est prisonnière de la Russie», a-t-il déclaré.

«Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela ? Ce n’est pas juste», a-t-il observé lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Sans le citer, la chancelière allemande, Angela Merkel, a rétorqué en assurant que son pays mène ses propres politiques et prend ses décisions de façon «indépendante». «J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté», a-t-elle relevé.

Le sommet a débuté officiellement par une première réunion à 29 consacrée à l’augmentation des dépenses militaires. Un peu plus tard, D. Trump a déclaré qu’il entretient de «très bonnes relations» avec Mme Merkel. «Nous discutons des dépenses militaires et de commerce. Nous avons de très bonnes relations», a-t-il affirmé au cours d’une rencontre en marge du sommet avec la chancelière allemande.

Armes, business et gazoduc

Le président américain a dénoncé à plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l’Allemagne. Il exige son abandon. Sa critique ne fait qu’attiser des divisions au sein de l’Europe sur Nord Stream 2.

Ce projet «est un exemple de pays européens qui fournissent des fonds à la Russie et lui donnent des moyens qui peuvent être utilisés contre la sécurité de la Pologne», a ainsi réagi le chef de la diplomatie polonaise, Jacek Czaputowicz, à son arrivée au siège de l’Otan.

Les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de conquête de marchés pour leur gaz naturel. Ils ont exporté 17,2 milliards de mètres cubes en 2017, dont 2,2% par des méthaniers vers les terminaux de l’Union européenne (UE). Le dossier sera discuté aujourd’hui à Bruxelles lors d’un conseil sur l’énergie UE-USA, auquel va participer le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

Le gazoduc Nord Stream 2, dont la mise en service est prévue début 2020, a une capacité de 55 milliards de mètres cubes par an, ce qui doit permettre de doubler les capacités du premier Nord Stream, qui transporte du gaz de la côte baltique de la Russie jusqu’à l’Allemagne.

Quatre des cinq pays dont les eaux sont traversées par le projet (Russie, Finlande, Suède, Allemagne) ont donné leur autorisation, mais la procédure est toujours en cours au Danemark. La route baltique permet d’éviter de passer par l’Ukraine, avec qui la Russie est en conflit.

Au premier trimestre 2018, Nord Stream est devenu la principale voie d’approvisionnement du gaz russe vers l’UE (36% du total, contre 34% par l’Ukraine), selon la Commission européenne. Les importations de gaz dans l’UE viennent principalement de Russie (41% des importations hors UE au premier trimestre 2018), puis de Norvège et d’Afrique du Nord avec 35% et 12%.

Fardeau

Le président américain a aussi fustigé les membres de l’Otan qui «ne payent pas ce qu’ils devraient» pour leurs dépenses militaires. Le chef de l’Otan a assuré que les Alliés sont d’accord sur les dossiers cruciaux : la nécessité de renforcer la puissance de l’Organisation, la lutte antiterroriste et le partage plus équitable du fardeau financier. En 2006, les ministres de la Défense de l’Otan sont tombés d’accord pour fixer un objectif de dépenses représentant au moins 2% de leur PIB.

Mais de nombreux pays sont contraints de réduire leurs dépenses militaires à cause de la crise. Inquiets de la baisse des budgets de défense en pleine crise ukrainienne, les membres de l’Otan se sont engagés, au sommet de 2014 au Pays de Galles, à «viser d’atteindre l’objectif de 2% en une décennie».

Néanmoins, une quinzaine d’Etats membres, dont l’Allemagne, le Canada, l’Italie, la Belgique et l’Espagne, sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole. Ce qui a irrité Washington. Pour Trump, «l’Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème».

Les Alliés souhaitent aussi avoir des éclaircissements sur les intentions du président américain avant son sommet avec son homologue russe, Vladimir Poutine, lundi à Helsinki. «Nous serons en mesure de discuter avec lui de la relation entre l’Otan et la Russie. Il est important que l’Otan reste unie», a plaidé J. Stoltenberg.

Capacité de dissuasion

Toutes les décisions qui seront prises lors du sommet visent à renforcer la capacité de dissuasion de l’Alliance, selon le chef de l’Otan.

Dans le cadre de l’initiative américaine «4×30», les membres de l’Otan vont s’engager à être en mesure, en 2030, de déployer sous 30 jours 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles et 30 navires de combat pour pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie, identifiée comme puissance agressive.

Les dépenses militaires des Etats-Unis ont représenté en 2018 près de 70% des dépenses militaires totales de l’ensemble des 29 pays de l’Otan.

Le Royaume-Uni arrive en deuxième position avec 61 milliards de dollars, suivi de la France et de l’Allemagne dans l’ordre de 52 et 51 milliards de dollars.

Les Etats-Unis constituent le plus gros contributeur de l’Otan, aussi bien en termes de pourcentage du PIB (3,50% en 2018 contre 3,57% en 2017) que de montant brut de dépenses, selon les chiffres de l’Alliance.

La Grèce est en deuxième position (2,27%), talonnée par l’Estonie (2,14%), puis le Royaume-Uni et la Lettonie avec respectivement 2,10% et 2% de leur PIB. Ce sont les seuls pays européens à avoir déjà atteint l’objectif de 2% du PIB. La Pologne est à 1,98% en juillet 2018, la Lituanie à 1,96% et la Roumanie à 1,93%.

Ces trois pays devraient avoir atteint l’objectif d’ici la fin de l’année en cours, selon l’Otan. La France a atteint 1,81%. Première économie européenne, l’Allemagne n’est qu’à 1,24%, ce qui en fait une cible privilégiée de D. Trump.

Le Canada est à 1,23%. Washington a parfois affirmé que les Alliés de l’Otan «devaient» de l’argent à l’Alliance. Cela crée une confusion alors que l’engagement de 2% concerne les budgets nationaux de défense, à distinguer des contributions directes au budget de l’Otan.

Ces contributions directes sont utilisées pour financer le «budget civil» de l’Alliance, soit 248 millions d’euros, qui couvre les coûts de fonctionnement du siège de Bruxelles, et le «budget militaire», une enveloppe de 1,325 milliard, qui finance la structure de commandement de l’Otan, concernant l’année en cours.

 

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