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Moumina Chériff Sy. Ministre la Défense du Burkina Faso : «Si le Faso sombre, le terrorisme menacera toute l’Afrique de l’Ouest»

20 octobre 2019 à 9 h 05 min

Le Burkina Faso, pays de l’Afrique de l’Ouest, est pris depuis un peu plus de quatre ans dans une spirale de violences terroristes, attribuées à Al Qaîda et à l’organisation Etat islamique.

Depuis début 2015, les attaques terroristes, de plus en plus fréquentes et meurtrières, en particulier dans le Nord et l’Est, ont fait plus de 600 morts. Près de 500 000 personnes ont fui plusieurs localités en raison de ces attaques armées, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), qui fait état d’une «crise humanitaire en cours» touchant quelque 1,5 million de personnes dans le pays.

Sous-équipées et parfois peu formées, les forces de défense et de sécurité burkinabè paient un lourd tribut depuis la montée du terrorisme, un phénomène auquel elles n’ont jamais été préparées. En un mois, plus de 40 membres des forces de l’ordre ont été tués, selon un décompte de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled). Si la menace n’est pas traitée rapidement, un tiers du Burkina Faso, pays considéré comme un verrou stratégique pour bloquer l’expansion du terrorisme, risque d’être contrôlé par des groupes criminels. Face à la multiplication des attaques terroristes, Ouagadougou vient de décider d’instaurer le couvre-feu dans certaines régions. La population s’organise aussi. La stratégie de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso se met progressivement en place. Le nouveau ministre de la Défense, Moumina Chériff Sy, a, par exemple, lancé fin août une campagne de «recrutement exceptionnel» de 500 militaires pour compléter les 1500 recrues qui doivent être enrôlées d’ici à la fin de l’année. Dans cet entretien exclusif accordé à El Watan, Moumina Chériff Sy détaille certaines des principales actions qu’il compte mener à la tête de son département pour écarter durablement la menace terroriste.

– Jusqu’à l’année 2015, le Burkina Faso avait été globalement épargné par les attaques terroristes. Votre pays était même souvent cité comme une exception en Afrique de l’Ouest. Comment expliquez-vous que, depuis cette date, la situation sécuritaire du Burkina Faso se soit considérablement dégradée à tel point qu’il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que l’on ne signale un attentat terroriste contre les populations civiles ou vos services de sécurité ?

Les premières attaques terroristes contre le Burkina Faso datent en effet de l’année 2015 avec l’enlèvement de Julian Ghergat de nationalité roumaine, officier de sécurité de la mine de Tambao située au Nord du pays le 4 avril 2015 par le groupe Al Mourabitoune lié à Al Qaîda. Ensuite, il y a eu l’attaque de la Brigade de gendarmerie de Samorogan le 9 octobre 2015. Depuis cette période, notre pays fait l’objet de plusieurs attaques terroristes sous diverses formes.

Ce phénomène peut trouver son explication dans le contexte sécuritaire mondial et sous-régional marqué par une recrudescence du terrorisme, avec notamment la crise libyenne et la dégradation de la situation sécuritaire de la partie septentrionale du Mali.

La crise libyenne a ouvert une grande poudrière avec une quantité énorme d’armements de toute nature qui a permis à des groupes armés terroristes de se doter de stocks importants d’armes et de munitions. De vastes zones incontrôlées dans la bande sahélo-saharienne ont laissé des champs d’entraînement sur lesquels les différents mouvements terroristes ont certainement bénéficié de formation pour s’attaquer à nos pays.

Cette situation a favorisé l’occupation du Nord Mali par des groupes armés terroristes, rapprochant ainsi la menace terroriste de nos frontières. La porosité des frontières et les flux migratoire incontrôlés entre les populations frontalières ont peut-être renforcé le phénomène de contagion de part et d’autre de la bande frontalière.

– Ce phénomène ne s’explique-t-il pas aussi par quelques facteurs endogènes ?

Au regard de l’histoire récente de ce pays, on ne peut s’empêcher effectivement d’examiner des facteurs internes qui peuvent être à l’origine d’un tel phénomène. Le pays a connu une insurrection populaire en octobre 2014 qui a entraîné la fuite de l’ex-président Blaise Compaoré et la mise en place des organes de la transition pour diriger le pays.

S’en est suivie l’organisation d’élections présidentielle et législatives fin 2015. Ces changements politiques et institutionnels ont désorganisé le dispositif sécuritaire existant et peut-être créé à un certain moment des vides qui ont profité à l’infiltration de groupes terroristes.

Il faut aussi reconnaître que les dirigeants de certains groupes terroristes avaient de bonnes entrées à Ouagadougou sous l’ancien régime. Le président Roch Marc Christian Kabore, ayant courageusement et catégoriquement refusé de continuer à les laisser se servir du Burkina Faso comme «base arrière» afin de poursuivre les trafics et activités criminels auxquels ils se livraient, est très vite devenu leur ennemi juré.

Et notre peuple avec. Face à cette hostilité, notre Armée et notre peuple ont fait preuve de résilience. Des efforts indéniables sont faits pour contenir la menace terroriste, reste à parfaire et à adapter au contexte actuel. Une dynamique de réflexion est actuellement en cours pour dégager la meilleure stratégie de lutte contre ce fléau qui hypothèque la cohésion sociale et le développement du pays.

– Le Burkina Faso est souvent qualifié par certains spécialistes du terrorisme de «maillon faible» de la lutte antiterroriste au Sahel. Comment réagissez-vous à un tel jugement ?

Ce jugement me paraît tout à fait dénué de sens. Car, si notre pays était un «maillon faible» comme le pensent péremptoirement ces fameux spécialistes, le phénomène du terrorisme aurait déjà atteint tous les autres pays voisins, notamment le Togo et le Bénin, pour ne citer que ceux-là.

C’est justement parce que notre peuple et son Armée demeurent encore résilients que ces pays frères peuvent se considérer comme à l’abri. Si le Burkina Faso sombre, c’est toute la sous-région qui risque de se trouver en péril.

C’est pourquoi nous nous donnons tous les moyens pour nous mettre à la hauteur de la menace. Les institutions sous-régionales et internationales devraient plutôt soutenir nos efforts au lieu de se laisser influencer par ces analyses fantaisistes et fatalistes.

– En plus d’être la cible d’attaques terroristes, votre pays a enregistré ces derniers mois des conflits intercommunautaires. Y a-t-il un rapport entre les deux phénomènes ?

De façon récurrente, certaines localités du Burkina Faso et d’autres pays de la sous-région ont été confrontés à des conflits intercommunautaires comme notre pays en connaît depuis quelques mois. Ces conflits sont souvent liés aux difficultés de répartition des ressources naturelles telles l’eau et la terre.

C’est notamment le cas des conflits entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades. Les effets des changements climatiques et la pression démographique ont accru les difficultés de partage des ressources, aggravant ainsi les facteurs de risque des conflits intercommunautaires.

Conscients de cette situation et animés par le désir malsain d’opposer les communautés entre elles, les terroristes tentent malheureusement d’exploiter ces situations pour exacerber certains conflits intercommunautaires en les présentant sous l’aspect de conflits interethniques. Dans certaines localités, ils ont même tenté de provoquer des conflits interconfessionnels.

Le Burkina Faso ayant une longue tradition de coexistence pacifique des communautés, des ethnies et des confessions, nos communautés ont rapidement trouvé les ressorts nécessaires pour ne pas tomber dans le piège. Notre gouvernement et l’ensemble des Forces vives du pays continuent d’impliquer les communautés à la base en créant la confiance entre elles et aussi en créant la confiance entre toutes les communautés et les Forces de défense et de sécurité.

– Le Burkina Faso a abrité, le 14 septembre dernier, un important sommet de la Cedeao sur la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Quelle est la logique qui a guidé l’organisation de cet événement ? Pensez-vous que les résolutions du sommet soient réalisables sachant qu’il y a actuellement un problème lié à la mobilisation des ressources ?

Le terrorisme est aujourd’hui, sans conteste, la menace sécuritaire majeure à laquelle font et doivent faire face tous les Etats membres de la CEDEAO. On observe en Afrique de l’Ouest une connexion de plus en plus grandissante entre la criminalité organisée, les conflits intercommunautaires et le terrorisme.

Face à la persistance des attaques dans nombre de pays de la sous-région, la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO a décidé en juin 2019 de la tenue d’un sommet extraordinaire sur la lutte contre le terrorisme.

L’accueil du sommet à Ouagadougou marque la volonté du gouvernement burkinabè d’offrir un cadre de réflexion sur les stratégies d’endiguement du terrorisme auquel le pays fait face depuis pratiquement quatre ans. Après cette prise de conscience au niveau sous-régional, il faut rapidement passer aux actes concrets de mutualisation de nos moyens et de nos stratégies. C’est bien ce que nos populations attendent.

– Quel bilan faites-vous des activités du G5 Sahel dont votre pays fait partie ?

Le G5 Sahel, qui regroupe le Burkina Faso, la Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, est d’abord un organisme sous-régional de sécurisation et de développement économique et social.

La Force conjointe du G5 Sahel qui a eu principalement pour mission de combattre le terrorisme dans l’espace des cinq pays a donné plus de visibilité à cet organisme, au point de donner l’impression que la G5 Sahel est conçu uniquement pour cette opération. Comme vous le savez, cette Force connaît des difficultés de financement dues à la modestie des ressources de nos Etats, mais aussi à la lenteur de certains de nos partenaires à tenir leurs engagements.

Ma conviction profonde est que, quels que soient les apports de la communauté internationale, c’est d’abord à l’Etat burkinabè et à son peuple de prendre le combat contre le terrorisme à bras-le-corps. Nous devons mener et gagner le combat en comptant d’abord sur nos propres forces, nos propres ressources et les capacités de résilience jamais démenties de nos populations.

– L’Algérie est beaucoup impliquée dans le règlement de la crise malienne et dans la lutte contre le terrorisme au niveau africain. Quel est l’état de la coopération sécuritaire et militaire entre Ouagadougou et Alger ?

Le peuple burkinabè est un peuple épris de paix et de justice et il s’est toujours montré favorable à toute initiative de résolution de conflits. Qu’il s’agisse de conflits internes ou ceux opposant différents Etats. Nous apprécions donc à sa juste valeur l’implication des autorités algériennes dans le règlement de la crise malienne et émettons le vœu que cette médiation aboutisse à des solutions profitables à toute l’Afrique.

La République algérienne dispose d’une longue tradition de lutte contre le terrorisme. En la matière, elle a une grande expérience toute particulière qui a suffisamment montré son efficacité et cela suscite évidemment beaucoup d’intérêt en termes de coopération militaire.

Du reste, le Burkina Faso et l’Algérie entretiennent des relations de coopération militaire qui sont appréciables à maints égards. Un projet d’accord de coopération est même en voie de finalisation entre les deux pays pour fixer les domaines de partenariat militaire. Les deux Parties sont en concertation pour convenir de la date de signature de ce document.

– En signant cet accord avec l’Algérie, vous ne courez pas le risque de vous mettre à dos ou de frustrer certains de vos partenaires dans la lutte contre le terrorisme ?

C’est une évidence aujourd’hui que l’Algérie et son peuple se sont imposés comme des acteurs majeurs dans la coopération internationale dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. L’Algérie a apporté une contribution importante à l’effort international de la lutte contre le terrorisme.

Même si nous n’avons pas de frontières directes avec ce pays, nous partageons la même région qui est la bande sahélo-saharienne. En matière de déradicalisation et de lutte contre le terrorisme, l’Algérie a fait ses preuves au niveau de notre région, et ce serait dommage de ne pas en profiter pour améliorer nos stratégies.

En plus, les valeurs que l’Algérie a portées pendant la guerre de Libération se doivent d’être une source d’inspiration pour nos populations et pour nos Forces de défense et de sécurité dans le combat qu’elles mènent contre le terrorisme.

– Quelle garantie avez-vous qu’avec l’Algérie vous ferez plus et mieux que maintenant ?

Ma conviction personnelle se fonde sur le fait que le peuple burkinabè a toujours entretenu un lien fraternel très fort et de très longue date avec le peuple algérien. Si nous voulons combattre efficacement et durablement la radicalisation et le terrorisme en Afrique, nous nous devons de prendre l’exemple sur l’engagement volontariste et massif de l’Algérie.

C’est l’un des rares pays où non seulement un véritable remède endogène a été trouvé contre le phénomène, mais ce pays est disposé à partager son expérience avec les autres pays du continent africain. Ne pas cultiver un partenariat utile et intelligent avec l’Algérie revient simplement à ignorer royalement les résultats probants et palpables que ce pays a réalisés au bout d’une lutte de longue haleine contre le terrorisme.

Il y a déjà de bonnes dispositions à coopérer, je ne vois pas pourquoi nous devons nous en passer. Pour avoir été témoin de la grande souffrance de son peuple face aux affres du terrorisme, l’Etat algérien n’est pas près à laisser un peuple frère et ami comme le Burkina Faso subir le même sort.

– La lutte contre le terrorisme demande beaucoup de moyens. Le problème des pays du Sud, comme le vôtre, est de subir le phénomène sans avoir toujours les moyens d’y faire face comme il le faut. Quelle peut être la contribution que vous attendez de l’Algérie dans ce sens ?

Comme je l’ai déjà dit plus haut, la lutte contre l’hydre du terrorisme incombe à nos Forces de défense et de sécurité et à notre peuple en priorité. Aucune puissance extérieure, aussi nantie, aussi forte soit-elle ne peut venir accomplir cela à notre place. En revanche, ce qui nous intéresse dans le partenariat que nous sommes en train de construire avec l’Algérie, c’est de nous mettre à l’école de l’expérience et du courage du peuple algérien.

Nous n’oublions pas que dans les années 1990, ce pays a dû affronter l’hydre du terrorisme pratiquement dans l’indifférence générale de la communauté internationale.

Au lieu de se décourager et de désespérer face au phénomène, ce pays s’est forgé une volonté à toute épreuve ; patiemment, il a développé une approche qui est reconnue aujourd’hui comme ayant été efficace pour l’élimination du terrorisme et de la radicalisation et du retour à la paix, à la sécurité et à l’unité nationale. Telle est la contribution que nous attendons de l’Algérie, nous montrer la voie pour capitaliser les acquis de la résilience de notre Armée, de nos Forces de sécurité et de notre peuple.

– Comment formulez-vous le principal défi auquel vous faites face aujourd’hui ?

Notre principal défi n’est pas très éloigné de celui de l’Algérie quelque trente (30) années plus tôt. Le terrorisme ayant malheureusement pris racine au sein de certaines de nos communautés, il nous faut raffermir l’organisation de nos populations pour ne pas tomber dans ce piège dangereux pour la cohésion sociale et l’unité nationale.

Pour ce faire, nous devons travailler à une lutte plus vigoureuse contre l’hydre du terrorisme, notamment contre son financement, mais aussi contre l’empoisonnement idéologique de certains de nos jeunes compatriotes qui se laissent embarquer dans cette aventure malheureuse.

A l’instar de l’Algérie, il nous faut valoriser le rôle de tous, femmes, jeunes, anciens,… Il faut que toutes les Forces vives de notre pays puissent apporter leur modeste contribution à la réduction du phénomène. En cela l’Algérie peut nous être d’un précieux apport.

Bio express

Moumina Chériff Sy était un des personnages-clés de la transition au Burkina Faso après la chute de Blaise Campaoré en 2014. Important, il le demeure puisqu’il occupe un poste-clé du gouvernement, celui de ministre de la Défense.

Un temps pressenti à la Primature, Moumina Chériff Sy est présenté par la presse burkinabè comme l’un des principaux hommes de confiance du président Roch Marc Christian Kaboré. Avant d’embrasser une carrière politique, il était éditeur de presse et président du comité de pilotage du Centre national de presse Norbert Zongo.

Il est le fondateur du Bendré, un journal d’investigation. Agé de 55 ans, ce fils d’un général de corps d’armée a participé activement à la révolution d’août 1983 qui allait porter Thomas Sankara au pouvoir. Après l’assassinat de ce dernier en 1987, il n’a cessé de lutter contre le régime de Blaise Compaoré.

A la mi-novembre 2014, Chériff Moumina Sy est candidat au poste de président de la transition, à la suite de la révolution du 30 octobre 2014 qui a justement chassé Blaise Compaoré du pouvoir. Le 27 novembre 2014, il est élu sans peine président du Conseil national de la transition (CNT) du Burkina Faso.

Le 17 septembre 2015, à la suite du coup d’Etat du général Gilbert Diendéré, au cours duquel le président Michel Kafando et son Premier ministre Isaac Zida sont retenus en otages, Chériff Moumina Sy assume les responsabilités de chef de l’Etat en sa qualité de président du Conseil national de la transition.

A ce poste, il n’a ménagé aucun effort pour contribuer à refonder l’Etat burkinabè sur de nouvelles bases. Son engagement lui vaudra d’être nommé Haut représentant du chef de l’Etat Roch Marc Christian Kaboré en mars 2017.

Le 24 janvier 2019, Moumina Chériff Sy sera nommé ministre d’Etat, ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants dans le gouvernement de Christophe Joseph Marie Dabiré, en remplacement de Jean-Claude Bouda. Moumina Chériff Sy gère aujourd’hui le dispositif sécuritaire du Burkina Faso avec un autre sankariste comme lui, Ouséni Compaoré, nommé ministre de la Sécurité.

Sa nomination à ce poste a quelque peut étonné puisqu’il est connu pour être un critique de l’armée. Sa nomination intervient, qui plus est, dans un contexte où l’armée burkinabè n’est pas très populaire à cause des nombreux revers subis dans le Nord face aux djihadistes depuis plusieurs années. C’est que le président Roch Marc Christian Kaboré compte sur lui pour y mettre de l’ordre.

Il a donc aujourd’hui la lourde tâche de redorer le blason de cette armée, de la réorganiser et de remporter la guerre contre le terrorisme. Pour ceux qui le connaissent, ce défi est dans ses cordes puisque Moumina Chérifff Sy est connu pour être téméraire et un grand bourreau de travail.



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