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Palestine : Des Palestiniens troglodytes risquent l’expulsion par Israël

11 août 2020 à 9 h 16 min

Derrière un mur en pierres percé d’une porte d’entrée en bois, quelques pièces tapissées de coussins : le Palestinien Ahmed Amarneh vit depuis plus d’un an en troglodyte avec sa famille, en Cisjordanie, mais ils sont menacés d’une expulsion prochaine.

Cet ingénieur civil de 30 ans vit avec sa femme enceinte et sa fillette à Farasin, village situé dans le nord-ouest de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, où la construction d’une habitation doit parfois être approuvée par les autorités israéliennes.

Ces dernières émettent aussi à l’occasion, dans certains secteurs de la Cisjordanie, des avis de démolition de structures jugées illégales. Y compris la grotte. «J’ai essayé de construire deux fois, mais les autorités d’occupation m’ont dit qu’il était interdit de construire dans cette zone», raconte-t-il à l’AFP. Face à ces refus, il a décidé non pas de construire une maison mais d’installer son «nid» dans une grotte formée au pied d’une colline surplombant le village.

En faisant le raisonnement que vivre dans une grotte n’exigeait pas le feu vert d’une autorité quelconque car il s’agissait d’une formation naturelle ancienne, située de surcroît sur un terrain enregistré à son nom auprès des Autorités palestiniennes.

Ce bricoleur a donc fermé l’entrée de la grotte par un mur en pierres, placé une porte en bois au centre avec une fenêtre de chaque côté, aménagé une cuisine, une chambre familiale et même un espace pour les convives et pour quelques moutons. Ils y vivent depuis un an et demi, dit-il.

Mais le Palestinien a reçu en juillet un avis de démolition de la part des autorités israéliennes, tout comme une vingtaine de familles de ce village au cœur d’un contentieux entre les autorités palestiniennes et israéliennes.

Permis pour une grotte ?

L’organe israélien chargé des opérations civiles dans les Territoires palestiniens (Cogat) a indiqué à l’AFP que ces avis de démolition avaient été émis, car ces habitations ont été construites de «manière illégale», «sans les autorisations nécessaires». «J’ai été surpris», car «je n’ai pas créé la grotte. Elle existe depuis l’Antiquité», soupire M. Amarneh, en tenant sa fille contre lui dans sa maison-grotte. «Je ne comprends pas pourquoi ils m’empêchent de vivre dans une grotte. Les animaux vivent dans des grottes et ne sont pas expulsés. Alors qu’ils me traitent comme un animal et me laissent vivre dans la grotte», lance-t-il.

Selon Mahmoud Ahmad Nasser, chef du conseil du village, Farasin a été établi en 1920 puis abandonné pendant la guerre des Six-Jours en 1967. D’anciens habitants ont commencé à y retourner à partir des années 1980 et, aujourd’hui, environ 200 personnes vivent au hameau. En réalité, Farasin n’a pas vraiment un air de village.

Il s’agit plutôt d’une constellation de maisonnettes éloignées les unes des autres, sans revêtement sur la chaussée ni réseau électrique. L’Autorité palestinienne lui a octroyé en mars un statut officiel mais, selon le conseil du village, la pandémie de Covid-19 l’a empêchée d’engager des mesures concrètes d’aménagement.

Selon l’ONG israélienne anticolonisation B’Tselem, Israël a démoli 63 structures appartenant à des Palestiniens en juin, malgré la pandémie et dans un contexte marqué par la possible mise en œuvre du plan du président américain, Donald Trump, pour la paix au Proche-Orient, qui prévoit notamment l’annexion de pans de la Cisjordanie par l’Etat hébreu. Les habitants de Farasin craignent désormais l’arrivée un bon matin des bulldozers.


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