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Moyen-Orient : Pourquoi Washington s’acharne contre l’Iran

11 juillet 2019 à 8 h 00 min

Dans un contexte où l’accord sur le nucléaire est donné moribond et où les Etats-Unis mènent une guerre affirmée de basse intensité contre l’Iran, l’initiative de médiation française visant à obtenir des gages d’apaisement de la part de Téhéran apparaît comme peu crédible. En dénonçant l’accord nucléaire et en imposant unilatéralement des sanctions illégales contre l’Iran, alors même que celui-ci respectait, selon les signataires de l’accord et l’AIEA, ses engagements, les Etats-Unis sont parvenus à entraver l’application du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA).

Cet arsenal répressif, musclé au fil des mois, s’est révélé être lié à une stratégie américaine élaborée par une équipe de néo-conservateurs s’inspirant du modèle des pressions maximales mises en œuvre contre l’Union soviétique. Au-delà des effets économiques destructeurs, les «sanctions maximales» combinant pression économique, militaire et isolement diplomatique étaient supposées amener l’Iran à capituler et accepter les 12 conditions formulées par Mike Pompeo ou, dans un scénario idéal, altérer les rapports de pouvoir au sein de l’establishment jusqu’à ébranler les fondements du régime.

Pressions maximales

Alors que l’Iran pariait sur une attitude plus ferme des pays européens pour préserver l’application de l’accord, il s’est heurté à leur manque de volonté politique pour contourner ces sanctions. Dans un premier temps, face à l’annonce tonitruante de Trump en août 2018 mettant en garde «quiconque ferait des affaires avec l’Iran» («ne fera pas d’affaires avec les Etats-Unis»), la réactivation d’un règlement de «blocage» datant de 1996, destiné à contrer les effets désastreux, pour les intérêts économiques européens, des sanctions américaines extraterritoriales pourtant illicites, a pu faire illusion. Mais dans les faits, aucune action dissuasive, qui aurait privé d’effet les décisions de la justice américaine sur le territoire européen et ouvert le droit aux compagnies européennes ciblées par ces sanctions de poursuivre les autorités américaines devant la justice européenne, n’a été engagée.

Au lieu de cette contre-offensive de choc, les pays européens se sont limités à créer l’Instex, un instrument de soutien aux échanges commerciaux irano-européens visant à sécuriser les transactions liées aux produits pharmaceutiques, médicaux et agroalimentaires. Mais cette riposte est loin d’offrir une solution alternative, puisque non seulement elle exclut les opérations dans des secteurs aussi vitaux que l’énergie, mais continue de se heurter à un problème de réalisation.

Méfiance durable

L’incapacité des pays européens à se coordonner efficacement pour protéger leurs entreprises a conduit toutes les grandes compagnies, à l’instar de Total ou de Peugeot, très présentes sur le marché américain et intégrées dans les circuits de financement dollarisés, à se retirer. Ainsi, le non-respect par les Européens des promesses séduisantes qui avaient au départ emporté l’adhésion de l’Iran, ont conduit ce dernier à ne plus souscrire à ses propres engagements et enrichir l’uranium au-delà du seuil autorisé par l’accord, désormais considéré comme obsolète.

Par ailleurs, les doutes se lèvent déjà quant aux résultats de la tentative de médiation menée par le conseiller diplomatique du président français, Emmanuel Bonne, en déplacement en Iran, et considérée par de nombreux observateurs comme peu crédible. Car, dans la mesure où les Etats-Unis durcissent leur politique offensive contre l’Iran, c’est à Washington que ce dernier aurait dû se rendre pour hâter le dénouement de la crise.

En effet, si les Iraniens affichent aujourd’hui leur ferme intention de conserver les mains libres, c’est bien parce qu’en dépit du respect de leurs engagements, ils se sont vus imposer un quasi-embargo décrété par les Etats-Unis et appliqué par des pays signataires démissionnaires. Il convient néanmoins de souligner que malgré les sanctions qui ont visé les entreprises russes et chinoises et contraint un nombre important d’entre elles à cesser toute transaction avec l’Iran, Pékin, premier importateur de pétrole iranien, et Moscou maintiennent des relations de coopération dans le domaine énergétique et commercial en contournant les sanctions.

La route de la soie

Sans dénier son importance au facteur conjoncturel qui met en exergue le rapprochement entre ces trois pays dans un contexte de durcissement de la confrontation stratégique de chacun d’entre eux avec les Etats-Unis, il faut, cependant, relever dans le cas de la Chine une explication plus structurelle.

En réaction à la stratégie américaine d’endiguement maritime menée contre Pékin depuis l’ère Obama, la Chine a conçu le projet stratégique One Road One Belt, qui consiste à relier les économies de l’Eurasie. Or dans ce projet, la stratégie énergétique tient une importance majeure. La Chine a donc investi massivement dans la construction de gazoducs et d’oléoducs pour la sécurité des approvisionnements par voie terrestre et l’Iran occupe une place de choix dans ce dispositif.

Au final, l’accord sur le nucléaire n’a été pour l’équipe Trump qu’un prétexte afin d’exercer des sanctions punitives contre l’Iran, visant en réalité son rôle croissant dans la reconfiguration du rapport de force au Moyen-Orient, notamment à travers le développement de son programme balistique et la construction d’un potentiel militaire remarquable en Syrie. Cette attitude s’inscrit en faux avec l’une des constantes stratégiques de la politique américaine au Moyen-Orient : le maintien de la supériorité écrasante d’Israël.

Lorsque l’Irak avait tenté d’affirmer ses velléités d’autonomie et de puissance au début des années 1990, la guerre du Golfe a détruit durablement ses ambitions, le ramenant à l’âge pré-industriel.

Fort heureusement pour l’Iran, le contexte international est profondément modifié et les guerres «préventives» ont désormais un coût inestimable. 

 

Par Lina Kennouche ,  Journaliste spécialiste du Moyen-Orient


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