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Négociations sur un accord formel de cessez-le-feu

Moscou et Ankara mettent la pression sur Haftar et Al Serraj

14 janvier 2020 à 9 h 01 min

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, auquel le GNA doit sa survie, et son homologue italien, Giuseppe Conte – dont le pays a perdu quelque peu la main dans le dossier libyen –, ont appelé hier à un cessez-le-feu «durable» entre les gouvernements rivaux de Tripoli et Tobrouk.

Les nouveaux médiateurs du conflit libyen, au premier rang desquels figurent la Russie et la Turquie, ont décidé d’appliquer à la lettre le proverbe qui recommande de battre le fer tant qu’il est chaud. Moscou et Ankara ont décidé de mettre la pression sur les protagonistes de la crise pour les amener à s’inscrire dans une dynamique de paix.

A peine eurent-ils acceptés samedi d’observer une trêve que les responsables des gouvernements rivaux de Tripoli et de Tobrouk, en guerre depuis plus de 9 mois, se sont en effet rendus hier à Moscou, à l’invitation du président Vladimir Poutine, pour négocier les conditions d’un cessez-le-feu durable. En clair, l’idée est de leur faire signer un accord formel de cessez-le-feu.

Selon le président du Conseil d’Etat, Khaled Al Mechri, allié du GNA, les discussions pourraient porter également sur le déploiement de «forces de surveillance», dont il n’a pas précisé la nature. Selon une information publiée hier par l’agence Bloomberg et relayée par Russia To Day, ce sont des équipes russo-turques qui pourraient être chargées de surveiller le cessez-le-feu.

Les belligérants libyens ont affiché une grande volonté de mettre un terme à la guerre. Le constat est valable du moins pour les autorités de Tripoli. Avant de se rendre hier à Moscou, le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’union nationale, reconnu par la communauté internationale (GNA), Fayez Al Serraj, a ainsi appelé les Libyens à «tourner la page du passé». «J’appelle tous les Libyens à tourner la page du passé, à rejeter la discorde et à resserrer les rangs pour se lancer vers la stabilité et la paix», a-t-il déclaré dans un bref discours à la télévision.

Le gouvernement parallèle de Tobrouk s’est contenté, pour sa part, de rappeler dans une déclaration au site russe Spoutnik que «la trêve n’est pas un accord de paix et que ses troupes ne se retireront pas de la banlieue de Tripoli».

Méfiance et ressentiments

Mais sans nul doute, les négociations entre les deux parties en conflit seront âpres tant un grand fossé les sépare. La preuve, le premier round de discussions que les Russes ont codirigé, au siège de leur ministère des Affaires étrangères à Moscou, avec les ministres turcs des Affaires étrangères et de la Défense, Mevlut Cavusoglu et Hulusi Akar, s’est terminé hier sans aucun résultat probant. En outre, selon la version arabe de RT, il n’y a pas eu de négociations directes entre Khalifa Haftar et Fayez Al Serraj, ce dernier ayant refusé de rencontrer le chef militaire de l’Est libyen.

Malgré ce maigre résultat, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est voulu toutefois positif. Il a estimé qu’un «certain progrès a été obtenu» à l’issue de ces négociations destinées à signer un accord formel de cessez-le-feu. «Fayez Al Serraj a mis sa signature sur l’accord, alors que le maréchal Khalifa Haftar a demandé un peu de temps supplémentaire jusqu’au matin pour réfléchir», a-t-il précisé. Les négociations, impliquant les délégations entre les deux camps, ont duré environ sept heures.

Influence russe et turque grandissante

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, auquel le GNA doit sa survie, et son homologue italien, Giuseppe Conte – dont le pays tente de reprendre la main dans le dossier libyen –, ont quant eux appelé hier à un cessez-le-feu «durable». «Nous déployons des efforts pour que le cessez-le-feu soit durable», a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse à Ankara avec M. Conte, qui a souligné «la nécessité de mettre fin à l’escalade sur le terrain et pour garantir un cessez-le-feu durable».

«Le cessez-le-feu risque de devenir une mesure précaire s’il ne s’inscrit pas dans le cadre d’un effort collectif plus large de la communauté internationale pour garantir l’unité, la stabilité et la souveraineté de la Libye», a pour sa part averti M. Conte. Cette trêve sur laquelle les Libyens fondent beaucoup d’espoirs doit servir de prélude à une conférence internationale sur la Libye à Berlin sous l’égide de l’ONU, prévue pour le 19 janvier.

Le cessez-le-feu observé dès dimanche par les deux parties intervient après d’intenses tractations diplomatiques incluant l’Algérie, et un appel à l’arrêt des combats lancé mercredi à Istanbul par Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, dont les pays soutiennent des camps opposés. Le regain d’intérêt pour la crise libyenne s’explique par la crainte de nombreux pays de voir le conflit, qui a déjà évolué en guerre par procuration, s’internationaliser et impacter davantage la région.

La Libye est ravagée par les ingérences étrangères. Pour l’Algérie, le dossier libyen est carrément devenu une question de sécurité nationale. La Russie et la Turquie, en s’impliquant dans ce conflit, ont acquis une influence en Afrique du Nord qui pourrait avoir pour effet, à terme, de redéfinir les rapports de force entre les puissances dans la région.

Reprise des vols à l’aéroport de Tripoli

Les vols ont repris hier dans le seul aéroport fonctionnel de la capitale libyenne Tripoli, fermé depuis plusieurs jours, plus de 24 heures après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre les parties libyennes.

La Libyan Airlines a rétabli ses liaisons avec l’aéroport international de Mitiga, avec le retour lundi des vols depuis Tunis et Istanbul, a indiqué Mohamad Ghenewa, porte-parole de cette compagnie publique libyenne, cité par des agences. Les autres compagnies, Libyan Wings, Afriqiyah, Rahila et Buraq, ont annoncé également la reprise de leurs vols depuis et vers Mitiga.

Mi-décembre, le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli, a annoncé la reprise du trafic aérien à Mitiga, fermé depuis plus de trois mois. Un cessez-le-feu est entré en vigueur dimanche.

Depuis, un calme règne dans la capitale et ses alentours. Le cessez-le-feu observé en Libye, fruit d’intenses efforts de la diplomatie algérienne, a été largement salué par la communauté internationale comme «une bonne nouvelle» et un pas important vers la reprise du processus de dialogue politique inclusif garantissant l’unité et la souveraineté du peuple libyen. APS


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