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Deuxième anniversaire des révoltes pour le changement au Soudan : Manifestations dans plusieurs villes

20 décembre 2020 à 10 h 23 min

Au deuxième anniversaire du début de la révolte contre le général Omar El Béchir, des milliers de Soudanais ont manifesté hier dans plusieurs villes du pays, selon l’AFP. A travers cette contestation, les protestataires ont exprimé leur colère contre les dirigeants du Soudan qui n’ont pas amélioré la situation socioéconomique du pays.

De surcroît, elle se détériore de jour en jour, en dépit de l’annonce récente par les Etats-Unis du retrait officiel du Soudan de la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme. Entre-temps, les responsables de la répression durant la révolution n’ont toujours pas été traduits en justice.
Outre Khartoum, des manifestations ont également eu lieu à Madani, dans la province de Jazira, à Port Soudan, le principal port du pays, Atbara, dans le nord-est, et à Kassala, dans l’est du pays, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés éthiopiens.

Le 19 décembre 2018, des manifestations sont déclenchées dans plusieurs villes du pays après la décision gouvernementale de tripler le prix du pain en pleine crise économique. Ce mouvement s’est transformé en une révolte qui a abouti, le 11 avril 2019, à la destitution par l’armée du président Omar El Béchir, au pouvoir depuis 1989.

Depuis la conclusion, en août dernier, d’un accord entre les militaires qui ont succédé à El Béchir et les leaders de la contestation, le pays est dirigé par un gouvernement de transition, avec un Premier ministre civil, Abdallah Hamdok, et un Conseil souverain composé de civils et de militaires. Cependant, des discordes se sont manifestées récemment au sommet entre les militaires et les civils. Le 1er décembre, le chef du Conseil de souveraineté, la plus haute instance exécutive, le général Abdel Fatah Al Burhane, a rendu public un décret annonçant la création d’un «Conseil des partenaires de la transition» (CPT), «chargé de diriger la période de transition, résoudre les divergences (entre les composantes au pouvoir) et doté de toutes les prérogatives nécessaires pour exercer son pouvoir». Le Conseil des ministres, dirigé par Abdallah Hamdok, a rejeté cette décision, estimant que le général a outrepassé ses prérogatives en accordant à cette instance des pouvoirs exorbitants.

Désaccords entre civils et militaires

Le Conseil de souveraineté s’est auparavant mis d’accord avec le gouvernement pour confier uniquement au CPT la tâche «de coordonner et résoudre les différends pouvant surgir durant la période de transition», a indiqué le 5 décembre dans un communiqué le porte-parole du gouvernement, Fayçal Mohamed Saleh. «En tant qu’organe exécutif auquel le peuple soudanais a fait confiance pour protéger les acquis de la glorieuse révolution de décembre, il est impératif que nous déclarions notre désaccord avec la formation du CPT dans sa forme actuelle», a-t-il affirmé. Pour lui, le décret du général Al Burhane est en contradiction avec le document constitutionnel signé en août 2019 entre les militants pro-démocratie et les militaires.

Ce document a été amendé en novembre dernier après l’accord de paix signé entre le gouvernement et les mouvements de guérilla des régions du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu. Selon la presse, A. Hamdok a informé les Forces de la liberté et du changement (FLC) de son désaccord sur les pouvoirs accordés à cette instance. «Son rôle doit être purement consultatif et elle ne peut en aucun cas interférer dans les activités des organes exécutif et législatif, ni dans celui du Conseil de souveraineté», a-t-il soutenu. Les FLC, qui ont constitué l’avant-garde du soulèvement contre El Béchir et qui jouent un rôle important sur l’échiquier politique du pays, ont exprimé aussi leur désaccord avec le décret.

Le 9, le général Al Burhane a fustigé l’Exécutif, composé en majorité de civils, et loué le rôle de l’armée. «Un an après sa création, j’estime que le Conseil de transition (le Conseil souverain et le gouvernement, ndlr) a échoué à répondre aux aspiration du peuple et de la révolution de décembre (2018) et a accru les souffrances du peuple», a-t-il déclaré. Pour le général, les «forces armées soudanaises (…) resteront la première force à défendre le peuple, à protéger ses acquis et à œuvrer pour protéger sa glorieuse révolution».

Lundi, le Premier ministre, Abdallah Hamdok, a renouvelé ses critiques envers l’armée et les services de sécurité, jugeant «inacceptable» leur rôle écrasant depuis des années dans l’économie du pays. «Chaque armée dans le monde investit dans les entreprises de défense, mais il est inacceptable que l’armée et/ou les services de sécurité le fassent dans les (autres) secteurs productifs et entrent ainsi en compétition avec le secteur privé», a déclaré A. Hamdok lors d’une conférence de presse. Il a relevé la nécessité de «transférer tout l’actionnariat de ces compagnies au ministère des Finances ou tout autre entité rendant des comptes au pouvoir civil». Selon la presse locale, l’armée et les services de sécurité contrôlent 250 sociétés dans des domaines vitaux, tels que l’or, la gomme arabique, l’exportation de viande, la farine ou le sésame.

Ces entreprises sont exemptes d’impôts sur les bénéfices et opèrent dans une totale opacité, selon la presse, alors que le pays est plongé dans un marasme économique. Cet été, A. Hamdok a observé que «seulement 18% des ressources de l’Etat sont aux mains du gouvernement». Il s’est alors donné comme «priorité» la restitution au gouvernement des entreprises appartenant aux secteurs militaire et sécuritaire.


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