Maghreb : Libye, nouvelle Mecque des mercenaires | El Watan
toggle menu
mercredi, 27 janvier, 2021
  • thumbnail of elw_24112020




Maghreb : Libye, nouvelle Mecque des mercenaires

02 janvier 2020 à 9 h 01 min

Les experts de l’ONU affirment que des combattants soudanais auraient été envoyés en Libye en vertu d’un contrat signé à Khartoum, le 7 mai 2019, entre le général Daglo, au nom du conseil militaire de transition du Soudan, et la société canadienne Dickens & Madson Inc.

Le conflit libyen attire des mercenaires du monde entier. Le gouvernement d’union nationale (GNA), établi à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, et son rival de l’est du pays n’hésitent plus, en effet, à sortir leur chéquier pour s’attacher les services de véritables petites armées privées.

Avec ces renforts, chacun des deux belligérants espère pouvoir renverser, en sa faveur, le rapport de force sur le terrain. Les arrivées de mercenaires se multiplient au fur et à mesure que les hostilités s’intensifient, ce qui fait craindre une extension d’un conflit qui, au vu des puissances étrangères qui y sont impliquées, présente toutes les caractéristiques d’une guerre par procuration. Et cette guerre a pour enjeux le gaz et le pétrole libyens, sur lesquels s’imbriquent des enjeux géopolitiques.

Diverses sources évoquent la présence sur le théâtre libyen de milliers de mercenaires originaires d’Afrique, d’Europe de l’Est et d’Amérique. La majorité de ces mercenaires payés à prix d’or vient néanmoins du Soudan et du Tchad voisins. Beaucoup d’entre eux se battent aux côtés du maréchal Khalifa Haftar, le commandant en chef de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), dont les troupes assiègent Tripoli depuis le mois d’avril dernier avec l’objectif de renverser Fayez Al Sarraj.

L’effort de guerre est supporté en grande partie par les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Russie, principaux soutiens de Khalifa Haftar auquel ils fournissent argent, hommes et armements. De son côté, le GNA est épaulé par le Qatar et la Turquie dont le Parlement pourrait décider, dans les prochains jours, l’envoi de troupes en Libye pour aider Tripoli à repousser l’offensive de l’armée Khalifa Haftar.

Khartoum loue ses «paras»

L’ONU a d’ailleurs confirmé, dans un rapport rendu public le 13 décembre dernier, un afflux vers l’ex-Jamahiriya de centaines de combattants soudanais dès l’été dernier. Les deux camps opposés se les disputent au point de faire de leur pays une nouvelle Mecque des mercenaires. Le rapport en question cite des noms de recruteurs ou d’intermédiaires, dont l’un d’eux transfère des combattants aux forces de Haftar.

Le plus gros contingent, environ 1000 soldats, vient des Forces de soutien rapide soudanais (FSR) pour appuyer les troupes de Haftar. Il a été déployé en Libye, le 25 juillet 2019, par le général soudanais Mohammed Hamdan Daglo en personne.

Les experts de l’ONU affirment que ces combattants soudanais auraient été envoyés en Libye en vertu d’un contrat signé à Khartoum, le 7 mai 2019, entre le général Daglo, au nom du conseil militaire de transition du Soudan, et la société canadienne Dickens & Madson Inc.

Cette dernière s’engage dans le cadre de ses «services de lobbying» à «s’efforcer d’obtenir du commandement militaire dans l’est de la Libye des fonds pour le Conseil de transition (soudanais) en échange d’une aide militaire» aux forces de Haftar, selon une copie du contrat annexée au rapport de l’ONU.

Les snipers russes de Haftar

Des mercenaires russes appuient également l’offensive du maréchal Khalifa Haftar à Tripoli. Ils appartiennent vraisemblablement à la société privée Wagner, proche du Kremlin, déjà employée en Ukraine, en Syrie ou en Centrafrique.

Le gouvernement libyen a comptabilisé entre 600 et 800 hommes russes en Libye et aurait entrepris de collecter leurs noms pour les soumettre au Kremlin, d’après Khaled Mechri, chef du Conseil d’Etat suprême de Tripoli. A plusieurs reprises, Moscou a nié toute implication directe dans le conflit.

L’analyste Pavel Felgenhauer a récemment confié à la chaîne de télévision Euronews que les mercenaires russes différaient de leurs homologues américains, en ce sens qu’«ils sont utilisés dans des unités de frappe d’élite». Les groupes privés américains, indique-t-il, exécutent plutôt des missions de surveillance.

Pavel Felgenhauer soutient que «ces mercenaires permettent au Kremlin de poursuivre des objectifs de politique étrangère sans s’impliquer officiellement en Libye». Et d’ajouter : «La Turquie et la Russie ne se battront pas en Libye.» Pourquoi ? Pour lui, «cela entraînerait une grave crise en Syrie, et la Turquie est plus importante stratégiquement pour la Russie que la Libye».

Lorenzo Cremonesi, correspondant du journal Corriere, précise, quant à lui, que les Russes se tiennent à l’écart des lignes de front, opérant plutôt comme des snipers, des pilotes de drones ou comme des entraîneurs pour les soldats de Haftar. C’est un peu le cas aussi de la poignée de mercenaires ukrainiens, biélorusses et américains qui travaillent pour le compte du GNA.

Des vétérans syriens pour le GNA

Acculé par l’armée de Khalifa Haftar, dont les unités seraient proches du centre-ville de Tripoli, le GNA se ferait aider en revanche par des mercenaires venus de Syrie. Selon des services de renseignements occidentaux, ces mercenaires sont envoyés par la Turquie, alliée du gouvernement d’union nationale.

«Ce serait la compagnie aérienne libyenne Afriqiyah Airways et la compagnie Al Ajniha, propriété de Abdelhakim Belhaj, un ancien djihadiste résidant en Turquie, qui ont transporté ces combattants de la Turquie à Tripoli», rapporte la presse française.

Dans un communiqué, publié dimanche, Fayez Al Sarraj a nié la présence de ces combattants syriens en Libye. Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, affirme néanmoins qu’au moins 500 combattants syriens sont déjà en Libye. Selon lui, 1000 autres ont été transportés en Turquie et devraient être envoyés, à leur tour, vers la capitale libyenne.

D’autres informations soutiennent que des salafistes syriens grossissent aussi les rangs de l’ANL de Khalifa Haftar. S’agissant de la Turquie, Rami Abdel Rahmane estime qu’Erdogan n’enverra pas son armée tant qu’elle trouvera des mercenaires prêts à faire le travail en Libye.

En l’abandonnant à son propre sort, la communauté internationale a carrément jeté le GNA dans les bras de la Turquie et du Qatar. Le prix de cet abandon pourrait être lourd autant pour la Libye que pour la région toute entière.

Les inquiétudes de Ghassan Salamé

Le chef de la médiation onusienne pour la Libye, Ghassan Salamé, a exprimé son inquiétude face à la «nette escalade» des «ingérences étrangères» dans la crise que traverse ce pays, regrettant le fait que le Conseil de sécurité de l’Onu n’a toujours pas de résolution appelant à un cessez-le-feu après neuf mois d’agression contre la capitale Tripoli.

Dans un entretien accordé lundi au quotidien Le Monde, M. Salamé a pointé «l’intensification des ingérences étrangères» autour de l’attaque contre Tripoli «commencée en avril» depuis que l’officier à la retraite Khalifa Haftar tente de s’emparer, par la force, de la capitale libyenne, où siège le GNA et face à laquelle la communauté internationale s’est révélée «impuissante».

«Je suis désappointé, déçu, blessé qu’après neuf mois de combats à Tripoli, nous n’ayons toujours pas de résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu. Tout cela fait que les ingérences extérieures se multiplient et s’aggravent», a-t-il ajouté.

A propos de l’embargo sur la livraison d’armes à la Libye décrété par l’Onu en 2011, et questionné sur l’«impuissance» du Conseil de sécurité à le faire respecter, M. Salamé a répondu : «Il n’y a pas que des acteurs régionaux qui violent cet embargo (sur les armes), il y a aussi des membres du Conseil de sécurité.» Z. C.


Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!