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Maghreb : Les dessous du limogeage du représentant permanent de la Tunisie à l’ONU

09 février 2020 à 9 h 00 min

Tout semblait normal, lorsque la Tunisie, représentante du groupe arabe, et l’Indonésie, fervent défenseur de la cause palestinienne, ont annoncé leur intention de présenter un projet de motion au Conseil de sécurité de l’ONU sur le plan de Trump appelé «Deal du siècle». Néanmoins, il a suffi que les premiers échos de ce projet arrivent pour que les Américains bougent pour le contrer.

La Palestine essaie de réagir à l’échelle internationale et elle a cherché soutien auprès des pays qui lui sont proches. Elle s’est donc appuyée sur la Tunisie et l’Indonésie, membres non permanents au Conseil de sécurité. Tunisiens et Indonésiens ont élaboré un projet de résolution, qui passera mardi 11 février au Conseil, après l’intervention du président Mahmoud Abbas. Cela n’a pas plu aux Américains.

Leur ambassadeur en Tunisie, Donald Blome, a rencontré le président de l’Assemblée, Rached Ghannouchi et le chef du gouvernement des affaires courantes, Youssef Chahed. La décision suivante, dans le temps du moins, fut le rappel du représentant permanent de la Tunisie à l’ONU, Moncef Baati, en charge de ce fameux projet de motion avec son collègue indonésien. De là à dire qu’il y aurait une liaison de cause à effet, et que la main américaine aurait fait pression, il n’y a qu’un petit pas que tous les observateurs ont franchi. Le magazine Jeune Afrique a même parlé d’un coup de fil de Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, également initiateur du «Deal», au président Kaïs Saïed.

Vrai-faux prétexte

Le ministère tunisien des Affaires étrangères publie un communiqué laconique justifiant le limogeage de Moncef Baati. Il parle de «manque de concertation, comme c’est d’usage, sur les questions importantes». Impensable de la part d’un diplomate expérimenté qui avait été rappelé de sa retraite, en septembre 2019, pour lui demander de reprendre du service à New York.

Au siège des Nations unies, Baati est «très respecté» et jugé «très professionnel», selon ses collègues. Baati était très impliqué avec son collègue indonésien dans le parrainage d’un projet de résolution d’origine palestinienne, prévu pour passer mardi 11 février, devant le Conseil.

Entre-temps, le président Kaïs Saïed a appelé, vendredi, le président palestinien Mahmoud Abbas pour l’assurer du soutien de la Tunisie. Néanmoins, la question qui intrigue, aujourd’hui, c’est le probable nouveau ton de la diplomatie tunisienne concernant le plan Trump, alors que le président Saïed ne cesse de qualifier la «normalisation» avec Israël de «trahison». En Tunisie, la diplomatie se gère de concert, entre les présidences de la République et du gouvernement.

Bouc émissaire

Les choses ne sont pas encore claires. Mais, le plus probable, selon les diplomates sur place et les observateurs, c’est que la première mouture du projet de résolution, présentée par la Tunisie et l’Indonésie, serait plutôt accablante pour l’administration Trump. Le texte condamne clairement le fameux «Deal du siècle» pour le Proche-Orient, lui opposant les conventions internationales, votées par l’ONU.

Il évoque sans ambiguïté un plan inique, porteur d’un tropisme israélien, conçu en violation du droit international. Le projet de résolution, prévu pour être débattu mardi prochain, en présence du président palestinien Mahmoud Abbas, a de faibles chances de passer à cause d’un très probable veto américain. Mais, il aurait eu le mérite d’avoir porté à la connaissance des membres du Conseil la position arabe commune quant à la stratégie de l’administration Trump.

La pression américaine est passée via Ghannouchi et Chahed. Le rappel de Baati ferait vraisemblablement suite aux rencontres avec ces deux hauts responsables tunisiens. Plusieurs médias parlent de compensation pour la Tunisie, avec, notamment, la visite du ministre tunisien des Finances à Washington, pour relancer le déblocage de la dernière tranche du prêt du FMI avec le précieux appui des Américains, celle de novembre qui n’a toujours pas été versée. Choux gras. Baati aurait ainsi servi de bouc émissaire dans ce scénario.

 

Tunis
De notre correspondant Mourad Sellami


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