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Maghreb : La Libye prisonnière du jeu des grandes puissances

06 juillet 2019 à 10 h 00 min

La mort de 70 immigrés dans un bombardement près de Tripoli n’a pas convaincu Washington d’agir pour arrêter cette guerre. Les intérêts américains sont du côté du pétrole et d’une poigne de fer pour mater les éventuelles dissidences. Une communication Trump/Al Sissi enfonce davantage le clou.

Une bavure aérienne, attribuée à l’aviation de Haftar, a causé la mort d’au moins 70 immigrés dans le bombardement d’un hangar à Tajoura, au milieu de la nuit de mardi à mercredi. Le même bombardement a engendré également une centaine de blessés. Une consternation internationale s’en est suivie.

Mais le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à adopter une décision de condamnation, à cause du refus américain inattendu de la proposition britannique. Les Américains disent être en train d’examiner les informations satellitaires en rapport avec cette attaque.

Les récentes expériences d’Irak, de Syrie, du Yémen, et maintenant de Libye, montrent que les puissances internationales prennent en compte d’abord leurs intérêts dans la résolution des conflits régionaux.

L’examen de la situation libyenne se fait, essentiellement, sous l’angle d’un pays pétrolier, ouvrant sur la région stratégique du Sahel.

Pour le pétrole, il n’y a pas urgence, puisque la production libyenne dépasse le million de barils/jour et les champs pétroliers sont sous haute protection, entre les mains de l’armée de Haftar.

Donc, le positionnement international sur la question libyenne est tributaire de ces considérations, d’autant plus que l’ANL s’est avérée efficace dans la stabilisation de la région qu’elle contrôle. D’où, le soutien imprévisible des Etats-Unis au camp de Haftar.

Intérêts géostratégiques

Sur le terrain, la guerre de Tripoli se poursuit, pour le 4e mois successif, sans la moindre réaction palpable de la communauté internationale, qui tolère l’armement des belligérants libyens, malgré les décisions du Conseil de sécurité. Une guerre par procuration entre deux camps se disputant la Libye depuis la chute d’El Gueddafi.

D’un côté, l’islam politique, incarné par le gouvernement Al Sarraj et soutenu par le Qatar et la Turquie, à l’échelle régionale et la Grande-Bretagne et l’Italie à l’échelle internationale. Les groupes armés soutenant Al Sarraj défendent la nouvelle oligarchie financière, née de la révolution du 17 février 2011.

De l’autre côté, il y a l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar, qui réunit, derrière elle, les gens de l’Est, qui continuent à souffrir de la marginalisation depuis l’ère El Gueddafi, ainsi que la majorité des tribus de Tarhouna, Beni Oualid et Syrte, les derniers à soutenir l’ancien régime.

L’ANL est soutenue par l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite, à l’échelle locale, ainsi que par la Russie, la France, voire les Etats-Unis, à l’échelle internationale.

Haftar et l’ANL se présentent comme les locomotives de la lutte contre le terrorisme, dans une zone très convoitée par Daech, d’où la complaisance de la communauté internationale et l’absence de toute condamnation par le Conseil de sécurité.

Perspectives

Une aussi grave bavure ayant entraîné la mort de 70 de civils innocents n’a pas amené la communauté internationale à prendre des décisions contraignantes contre les belligérants libyens.

D’un côté, la Russie, relayée par les Etats-Unis, ont empêché toute condamnation de l’envahissement des troupes de l’ANL du sud de Tripoli depuis le 4 avril. La dernière bavure n’a pas été, non plus, condamnée.

D’un autre côté, le gouvernement de Tripoli n’a pas encore accepté d’héberger les immigrés clandestins dans des lieux éloignés des installations militaires. Le camp bombardé des réfugiés de Tajoura est limitrophe d’une caserne, abritant un dépôt d’armes.

Le sang coulant dans l’actuelle bataille de Tripoli rend son issue très compliquée. La délégation de l’ONU, appuyée par les Algériens et les Tunisiens, continue certes à appeler au dialogue entre les belligérants libyens. Mais, l’alternative reste difficilement envisageable, vu l’engrenage sur le terrain. Haftar ne reconnaissant pas Al Sarraj et vice versa.

Par ailleurs, la communauté internationale est convaincue que la solution passe inéluctablement par l’intégration des groupes armés de Tripoli à l’armée régulière, ce qui est difficile à se réaliser sans effusion de sang. L’issue est donc incertaine.

– Un millier de morts en trois mois

Environ 1000 personnes ont été tuées en trois mois de combats entre camps rivaux près de la capitale libyenne Tripoli, y compris des dizaines de migrants qui ont péri cette semaine dans le bombardement de leur centre de détention, a annoncé hier l’ONU.

Le 4 avril, les troupes du maréchal Haftar, commandant de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), ont lancé une offensive pour s’emparer de Tripoli, où siège leur rival, le gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU.

Les combats au sol et les raids aériens dans la bataille de Tripoli ont en outre poussé, selon l’ONU, plus de 10 000 personnes à la fuite, dans un pays miné depuis 2011 par des luttes de pouvoir et livré à des milices qui font la loi.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 5000 personnes ont été blessées dans les violences aux portes de Tripoli. A. Z.



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