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Les manifestations contre le marasme social se multiplient

L’Irak au bord de l’embrasement généralisé

09 septembre 2018 à 1 h 30 min

Le Premier ministre irakien Haïder Al Abadi a dénoncé hier un «sabotage politique» à Bassora, ville pétrolière où 12 personnes sont mortes cette semaine dans des manifestations émaillées de violences, pour dénoncer l’incurie des politiques face au marasme social.

Convoqué devant le Parlement pour une réunion de crise avec plusieurs de ses ministres, M. Abadi a appelé à faire la distinction entre ce qu’il a dénoncé comme «la dimension politique» du mouvement et «la question des services publics».

Les Irakiens qui pâtissent depuis des années de pénuries d’eau et d’électricité réclament à l’Etat d’assurer leur approvisionnement, d’autant que les recettes pétrolières atteignent des records (7,7 milliards de dollars en août). Devant 172 députés sur les 329 élus en mai, les ministres chargés des forces de l’ordre ont assuré quant à eux avoir procédé à un grand ménage parmi leurs troupes, sous le feu des critiques des défenseurs des droits de l’homme pour leur action lors des manifestations à Bassora. Vingt-sept personnes sont mortes depuis le début des troubles en juillet, dont douze manifestants tués uniquement cette semaine.

Signe des tensions entre Baghdad et cette région côtière, M. Abadi et le gouverneur de Bassora, Asaad Al Eidani, présent au Parlement, se sont invectivés. Le second, pourtant co-listier de M. Abadi aux législatives, a reproché au chef de gouvernement de ne pas saisir l’ampleur de la crise, tandis que ce dernier lui rétorquait que sa place était plutôt à Bassora qu’à Baghdad.

Alors que la ville pétrolière a connu une nouvelle nuit de feu et de sang vendredi, le gouvernement a annoncé avoir de nouveau débloqué des fonds. Il n’a donné aucun détail sur ces sommes ni quand elles seraient envoyées, alors que les manifestants affirment n’avoir jamais vu arriver les premiers milliards de dollars d’urgence annoncés en juillet. Le député Falah Al Sari, élu du bloc pro-iranien au Parlement, a demandé au gouvernement «un calendrier clair».

Il a en outre réclamé qu’une commission parlementaire, comprenant des députés de Bassora, suive l’avancement des mesures gouvernementales.

Après une nuit marquée par la mort de trois manifestants et l’incendie de plusieurs institutions dont le consulat du très influent voisin iranien, la situation restait hier tendue à Bassora. Selon l’AFP qui rapporte l’information, quatre roquettes se sont abattues le matin dans l’enceinte de l’aéroport, sans toutefois perturber le trafic. Depuis début juillet, Bassora est l’épicentre d’un mouvement contre la corruption et le chômage, endémiques en Irak. La déliquescence des services publics a atteint un stade avancé dans ce pays riche en pétrole.

La colère est exacerbée cette année par une sécheresse qui a réduit la production agricole à peau de chagrin. Si le mouvement avait semblé s’essouffler durant l’été, il est reparti de plus belle depuis mardi alors qu’une crise sanitaire sans précédent a éclaté à Bassora où plus de 30 000 personnes ont dû être hospitalisées en raison de l’utilisation d’eau polluée. Cette semaine, les troubles ont été limités à la seule province de Bassora, mais ils ont franchi un nouveau cap.

Un à un, les manifestants ont brûlé tous les symboles du pouvoir qu’ils conspuent. Et au regard de l’état déplorable dans lequel vivent les populations de la majorité des autres provinces irakiennes, les observateurs n’écartent plus maintenant l’éventualité d’un embrasement général.


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