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Liban : La contestation grandit sur fond de ras-le-bol généralisé

20 octobre 2019 à 8 h 42 min

De nombreux Libanais se sont rassemblés hier pour une troisième journée de manifestations à Beyrouth et dans d’autres villes du pays, selon des médias.

Le mouvement de protestation est généré par l’incapacité de la classe politique accusée de corruption à s’attaquer à la crise économique. En dépit d’une intervention des forces de l’ordre pour disperser dans la nuit les manifestants devant le siège du gouvernement à Beyrouth et des dizaines d’arrestations, les manifestants se sont mobilisés à nouveau. En début d’après-midi, «tous les détenus» d’une des principales casernes de la police dans la capitale ont été relâchés, selon l’Agence nationale d’information libanaise (ANI).

Lors des manifestations déclenchées jeudi, les manifestants ont conspué l’ensemble des dirigeants dans leurs fiefs les traitant de «voleurs». Alors que plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale, la classe politique, inchangée depuis la guerre civile (1975-1990) est accusée de corruption et de népotisme, cherchant à privilégier les mesures fiscales qui ne compromettent pas ses intérêts. Il lui est aussi reproché son intérêt pour l’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence, pénurie chronique d’électricité et d’eau potable, et où la vie est chère.

Vendredi, écoles, universités, banques et institutions publiques ont fermé. Les banques sont restées hier fermées. Ce même jour, le Premier ministre Saad Hariri a défendu les réformes qu’il veut faire adopter, en accusant des membres de sa coalition gouvernementale d’entraver ses efforts. Il leur a donné jusqu’à aujourd’hui pour se prononcer clairement en faveur des réformes. Et de poursuivre :«Cela fait des mois que nous attendons que nos partenaires au gouvernement avancent dans le sens de la solution sur laquelle nous nous sommes tous mis d’accord (…) mais ils ont tout fait pour tergiverser.»

Avant lui, le ministre des Affaires étrangères libanais, Gebran Bassil, a exprimé son opposition à une démission du gouvernement, qui pourrait «aggraver» la situation. Dans un discours, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a appelé hier «à répondre au message retentissant» des manifestants, en saluant «un mouvement populaire (…) qui dépasse les appartenances confessionnelles, régionales ou politiques». Mais il a relevé «ne pas soutenir une démission du gouvernement», et son refus de l’imposition de nouvelles taxes.

Antécédent

Des manifestants ont envahi les rues jeudi après l’annonce de la décision du gouvernement de taxer les appels effectués via les applications de messagerie internet comme WhatsApp, ajoutant que cette mesure rapporterait à l’Etat 200 millions de dollars par an. A partir de janvier 2020, les usagers seraient facturés 20 centimes de dollar (18 centimes d’euro) pour chaque appel effectué via des services tels que WhatsApp et Viber. Mais la décision a été aussitôt annulée.

Le pays du Cèdre s’est engagé en 2018 à faire des réformes en contrepartie de promesses de prêts et de dons d’un montant total de 11,6 milliards de dollars. Sa dette publique est évaluée à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB. La mobilisation populaire de jeudi est la plus importante depuis les manifestations contre le pouvoir en août 2015, durant une crise de gestion des déchets qui perdure encore.

A cette occasion, les manifestants ont réclamé la démission du ministre de l’Environnement Mohammad Machnouk, le transfert de la collecte des ordures aux municipalités, la poursuite des responsables des violences subies par les manifestants. Aussi, le mouvement de protestation a dénoncé le blocage des institutions du pays fondées sur un système confessionnel, qui empêche l’élection du président depuis avril 2014, ainsi que le renouvellement du Parlement dont le mandat est arrivé à échéance en juin 2013.

Comme il est revendiqué la tenue d’élections législatives et présidentielle. Le Parlement a fini par élire à la présidence de la République Michel Aoun, chef de l’armée durant la guerre civile. Le poste, que la Constitution réserve à un chrétien maronite, est vacant depuis la fin du mandat de Michel Sleimane en mai 2014.


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