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L’Egypte renoue avec les mouvements de protestation

Les manifestants revendiquent le départ du président Al Sissi

22 septembre 2019 à 9 h 05 min

Elu en mai 2014 avec 96,1% des voix, mais moins de 50% de taux de participation, Abdelfattah Al Sissi veut rester au pouvoir le plus longtemps possible. Le «oui» a largement remporté le référendum de remaniement de la Constitution égyptienne, en avril dernier. De ce fait, Al Sissi peut rester au pouvoir jusqu’en 2030.

Plusieurs centaines d’Egyptiens ont défilé, vendredi soir, dans plusieurs villes du pays pour exiger le départ du président Abdel Fattah Al Sissi. Les manifestations antigouvernementales sont rares en Egypte, pays sous état d’urgence. Les mouvements de protestation sont interdits en vertu d’une loi adoptée en 2013, après le coup d’Etat militaire dirigé par le général Al Sissi contre le président islamiste Mohamed Morsi. Le régime égyptien mène une répression féroce contre l’opposition, tous courants confondus, les activistes de la société civile et les blogueurs.

Vendredi soir, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent quelques dizaines de personnes rassemblées dans les villes d’Alexandrie, Mahalla et Damiette, dans le delta du Nil, ainsi qu’à Suez. Au moins 74 personnes ont été arrêtées dans la nuit, selon l’AFP citant une source au sein des services de sécurité, alors que des policiers en civil patrouillaient dans les ruelles du centre-ville au Caire. La police a fait usage de gaz lacrymogènes et s’est déployée sur la place Tahrir, dans la capitale, berceau des révoltes de 2011 qui ont abouti au renversement du président Hosni Moubarak, où le rassemblement nocturne a été organisé.

Ces manifestations font écho à des appels lancés sur les réseaux sociaux, émanant notamment d’un homme d’affaires égyptien en exil, Mohamed Aly. Depuis l’Espagne, cet entrepreneur du secteur de la construction a publié plusieurs vidéos virales depuis début septembre, appelant au renversement de Al Sissi et des militaires, qu’il accuse de corruption. Dans sa dernière vidéo postée vendredi matin sur ses comptes de plus en plus suivis sur les réseaux sociaux, Mohamed Aly a exhorté les Egyptiens à descendre dans la rue après un match de football très attendu entre les deux grands clubs du Caire, Al Ahly et Zamalek.

Le président a nié ces accusations. «Ce sont des mensonges et ils ont pour but de briser la volonté des Egyptiens et de leur faire perdre toute espoir et toute confiance en eux-mêmes», a-t-il indiqué le 14 septembre devant un congrès de jeunes au Caire. Comme il a mis en garde contre les dangers que constitue l’acte de manifester pour exprimer publiquement son opposition, fustigeant les révoltes de 2011. L’Egypte «est en train de payer depuis 2011 pour une seule erreur (…) un prix que nous avons payé et que nous continuerons de payer», a-t-il soutenu.

L’armée égyptienne joue un grand rôle dans l’économie du pays. Elle intervient dans la production de divers biens, de la machine à laver aux pâtes alimentaires, ou encore dans la construction de routes. Depuis l’arrivée en 2013 de Al Sissi, ancien chef de l’armée, à la tête de l’Etat égyptien, cette implication est devenue plus visible encore. Le porte-parole de l’armée a affirmé début septembre à la télévision que les forces armées supervisent plus de 2300 projets nationaux, employant quelque 5 millions de civils.

Mais son gouvernement a imposé des mesures d’austérité depuis 2016 dans le cadre d’un plan de soutien de 12 milliards de dollars accordé en 2016 par le Fonds monétaire international (FMI). Et le mécontentement monte face à la flambée des prix. Près d’un tiers de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté, selon des chiffres publiés fin juillet par un organisme officiel qui fixe le seuil de pauvreté à un revenu annuel de 8827 livres égyptiennes (480 euros) ou moins, soit environ 1,30 euro par jour en moyenne. En parallèle, le Président qui s’est présenté comme garant de la sécurité et de la stabilité n’a pas empêché le terrorisme de frapper dans son pays. Entre autres opérations, le 29 juin 2015 au Caire, un attentat blesse mortellement le procureur général du pays, Hicham Barakat.

Celui-ci est l’artisan des poursuites massives engagées par le pouvoir contre la confrérie des Frères musulmans. Le 9 avril 2017, deux attentats-suicide visent des lieux sacrés coptes, la cathédrale Saint-Marc d’Alexandrie et l’église Saint-Georges de Tanta, au nord du Caire, causant la mort d’au moins 44 personnes. Ces attentats sont revendiqués par l’organisation Etat islamique (EI) qui, en février, a appelé ses partisans à attaquer des coptes. Le président Abdelfattah Al Sissi annonce le rétablissement de l’état d’urgence pour une durée de trois mois. Les coptes protestent contre le manque de protection des lieux de culte chrétiens orthodoxes. Une église copte a déjà été la cible d’un attentat de l’EI en décembre 2016 et des coptes ont été attaqués en février dans la ville d’Al-Arich, dans le Sinaï, où l’EI est actif.

Le 26 mai de la même année, une attaque armée d’un bus transportant des coptes vers le monastère de Saint-Samuel, près de Minya, à 250 kilomètres au sud du Caire, cause la mort d’une trentaine de personnes. Le 24 novembre 2017, dans le village de Bir Al Abed, dans le nord du Sinaï, une bombe explose devant la mosquée Al Raoudah, puis une quarantaine d’hommes armés ouvrent le feu sur les fidèles, tuant 305 personnes, avant de prendre la fuite. Il s’agit du premier à viser une mosquée. Le 28 décembre 2018, l’explosion d’une bombe au passage d’un car, près du site des pyramides de Gizeh, dans la banlieue du Caire, provoque la mort de trois touristes vietnamiens et de leur guide égyptien.

Le fleuve détourné et la main de fer du pharaon

Le mouvement de la place Tahrir, né en janvier 2011, avait provoqué la chute de Hosni Moubarak mais a fini par être confisqué par les Frères musulmans. Ces derniers remportent les élections législatives et présidentielle de 2012 avant d’être laminés par le coup d’Etat militaire de juillet 2013.

Elu en mai 2014 avec 96,1% des voix mais moins de 50% de participation, Abdelfattah Al Sissi se voit durer au pouvoir le plus longtemps possible. Ainsi, il est réélu en avril 2018, sans surprise, à la tête du pays pour un second mandat, avec plus de 97% des voix et un taux de participation de 41,5%. Aujourd’hui, Al Sissi dirige le pays d’une main de fer, réprimant fermement les opposants islamistes, libéraux ou laïques et les libertés. Ainsi, les espoirs suscités par la chute de Moubarak ont fini par être étouffés.

Selon le classement 2017 de Reporters sans frontières, l’Egypte est en effet 161e sur 180 pays en matière de liberté de la presse. Le 24 mai de la même année, Al Sissi a promulgué une loi afin de réguler les activités des organisations non gouvernementales (ONG).

L’objectif du texte consiste à réduire les libertés de la société civile, particulièrement pour les opposants. Le 1er septembre 2018, il a promulgué une loi portant sur la réglementation de la presse et des médias. Selon cette nouvelle législation, toute personne ayant plus de 5000 abonnés en ligne, sur un site personnel, un blog ou les réseaux sociaux, pourra être surveillée par les autorités. Le Conseil supérieur de régulation des médias est autorisé à suspendre ou bloquer ces sites ou comptes s’il juge qu’ils «publient ou diffusent de fausses nouvelles» ou «incitent à violer la loi, à la violence ou à la haine».

A la mi-août 2018, le président promulgue une loi relative à la «lutte contre la cybercriminalité». En vertu de cette loi, les autorités peuvent bloquer, par l’intermédiaire d’un juge, tout site dont le contenu constitue «une menace pour la sécurité nationale» ou pour «l’économie nationale». La nouvelle loi prévoit aussi une peine de prison d’un an et une amende pour «toute personne qui accède délibérément ou par erreur, sans raison valable, à un site, un compte privé ou un système informatique dont l’accès est interdit ». Au moins deux ans d’emprisonnement et une amende sont également encourus par «tous ceux qui créent, dirigent ou utilisent un site ou un compte privé dans le but de commettre ou faciliter la commission de crimes punis par la loi».

En avril dernier, le«oui» a largement remporté le référendum de remaniement de la Constitution égyptienne. De ce fait Al Sissi peut rester au pouvoir jusqu’en 2030. En effet, les nouvelles dispositions permettent de faire passer le deuxième mandat du dirigeant de quatre à six ans, portant son terme à 2024. Le chef de l’Etat serait ensuite autorisé à se représenter en 2024 pour un troisième mandat, ce qui pourrait le reconduire au pouvoir. Outre la durée du mandat présidentiel, la révision accroît le contrôle du pouvoir judiciaire par l’exécutif et institutionnalise le rôle politique de l’armée, pilier du régime. Dans cet esprit, le président Al Sissi pourra nommer les deux titulaires des plus hautes instances judiciaires, la Cour constitutionnelle et la Haute Cour de justice. 


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