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Les «Gilets jaunes» le font fléchir : Macron décrète un «état d’urgence social et économique»

12 décembre 2018 à 8 h 56 min

Dans une allocution solennelle de 13 minutes, le président Macron s’est enfin adressé aux Français. Répondant à quelques-unes des revendications des «gilets jaunes», Emmanuel Macron a annoncé des mesures pour le pouvoir d’achat (hausse du SMIC de 100 euros, heures supplémentaires défiscalisées, primes de fin d’année sans impôt ni charge et suppression, dès janvier, de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois).

«Le salaire d’un travailleur au Smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur», a affirmé, sans plus de précision, le chef de l’Etat français lors de son «adresse à la nation». En fait, cette hausse reposera surtout sur une accélération de l’augmentation de la prime d’activité, revalorisée de 80 euros dès 2019 – alors que la hausse devait être étalée sur le quinquennat.

Les réactions à cette annonce ne se sont pas fait attendre. «Il y a pire que la surdité sociale, il y a l’hypocrisie technocratique», a dénoncé le patron du PS, Olivier Faure. Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), estime qu’il s’agit d’«une entourloupe extraordinaire. En réalité, ce sont les contribuables qui vont payer cette soi-disant augmentation».

La ministre du Travail a estimé que faire porter le fardeau aux entreprises aurait un effet néfaste. «Un salarié (concerné) sur deux travaille dans une petite entreprise, or l’artisan, le coiffeur, si les salaires augmentent trop, il n’y arrive pas», a-t-elle insisté sur France 2.

Pour concrétiser les mesures annoncées, Emmanuel Macron a indiqué avoir besoin que «les grandes entreprises» et les Français «les plus fortunés aident la nation à réussir». Pour les inviter à participer à «l’effort collectif», il devait recevoir, hier à l’Elysée, les représentants des banques, avant ceux des entreprises aujourd’hui.

Le gouvernement et le Parlement «devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales», a-t-il par ailleurs déclaré. «Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt, c’est la simple justice.»

Sur le rétablissement de l’ISF (Impôt sur la fortune) – revendication phare et symbole d’injustice sociale aux yeux des «gilets jaunes» et réclamée par l’opposition de gauche – il est resté inébranlable.

«Revenir en arrière affaiblirait la France», a dit Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat français est toutefois resté plus évasif sur les demandes institutionnelles des «gilets jaunes», comme le référendum d’initiative populaire ou la suppression du Sénat.

«Je veux que soient posées (lors de la consultation nationale de trois mois qui commencera le 15 décembre jusqu’au 15 mars) les questions qui touchent à la représentation, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient amenés à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis», a-t-il simplement déclaré.

Il a aussi reconnu qu’il lui était «arrivé de blesser certains par (ses) propos». Est-ce suffisant pour calmer la colère des «gilets jaunes», dont certains appellent à une nouvelle journée de mobilisation, un acte V samedi prochain ?

«Le compte n’y est pas»

S’ils considèrent que les annonces du président Macron sont «un premier pas», ils ne baissent pas la garde. Son discours a été accueilli avec déception par des «gilets jaunes» interrogés sur les plateaux de télévision ou sur les lieux occupés dans plusieurs régions, a constaté l’AFP.

Jacline Mouraud, porte-parole des «gilets jaunes libres», un collectif jugé plus modéré, a appelé à «une trêve», car «il y a des avancées, une porte ouverte». «Maintenant, il faut sortir de cette crise», car «on ne peut pas passer le reste de notre vie sur des ronds-points». Un appel que d’autres «gilets jaunes» ne suivent pas.

A droite, du côté des Républicains, les réactions sont partagées, accueillant dans l’ensemble favorablement les mesures annoncées. Emmanuel Macron «recule pour mieux sauter», a déclaré Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, selon qui le Président «refuse d’admettre que c’est le modèle dont il est le champion qui est contesté».

Pour Olivier Faure, premier secrétaire du PS, «le cap n’est pas modifié !» et «le nouveau monde, c’est « retour vers le futur » (…) de Sarkozy». Les députés socialistes ont décidé hier, à l’unanimité, de déposer une motion de censure commune avec le Parti communiste et La France insoumise (LFI).

Au vu des forces en présence, cette procédure, qui devrait se traduire par un vote en plénière demain, n’a aucune chance de faire tomber le gouvernement. Pour Benoît Hamon, en revanche, les annonces restent insuffisantes. «La lutte paye. Macron a bougé.

Un peu. Trop peu. Car le compte n’y est pas. L’augmentation du SMIC par la baisse des cotisations salariales veut dire que c’est la Sécurité sociale qui financera les augmentations, pas les riches ni les profits exorbitants des grands actionnaires», a tweeté l’ex-candidat socialiste à la présidentielle, qui déplore notamment le manque de mesures concernant la jeunesse.

Pour Jean-Luc Mélenchon (LFI), «toutes les mesures annoncées» seront «payées par les contribuables et les assurés sociaux, aucune par les grandes fortunes ni les profits». Jean-Luc Mélenchon a appelé depuis l’Assemblée nationale à un «acte V de la révolution citoyenne».

Pour le chef de file de La France insoumise, «une partie considérable de la population n’est considérée par aucune des mesures». «C’est trop tard et c’est trop d’entourloupes et c’est pour ça que la mobilisation va continuer», a jugé pour sa part Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le président de la République «n’a rien compris ou ne veut rien comprendre de la colère qui s’exprime». La hausse de 100 euros mensuels au niveau du Smic, «c’est très loin de ce que nous demandions», a-t-il réagi sur France Info. La CGT revendique un Smic à 1800 euros.

Dans un communiqué, la CGT relève aussi l’absence d’annonce sur «le point d’indice des fonctionnaires», ou encore qu’il n’y ait «rien sur la justice fiscale et rien sur l’ISF et le CICE». L’union syndicale Solidaires estime, dans un communiqué, que les annonces sociales «sont loin de constituer un tournant dans la politique de ce gouvernement». «La question d’une juste répartition des richesses est totalement évincée», conclut le syndicat

Fin de la gouvernance jupitérienne ?

Changement de méthode de gouvernance ? Volonté de renouer avec les corps intermédiaires ? Emmanuel Macron s’est engagé à «rencontrer les maires, région par région», pour bâtir ce «nouveau contrat pour la nation». Pressé de toutes parts, jusque dans son entourage proche et dans sa majorité, le président Macron amorce un changement social mais pas véritablement de cap.

Est-ce pour autant la fin de l’exercice vertical du pouvoir au profit de la concertation avec les corps intermédiaires marginalisés jusqu’ici ?

Le «nouveau contrat pour la nation», annoncé lundi soir par Emmanuel Macron, avait été suggéré par Jean-Yves Le Drian. Le ministre des Affaires étrangères s’était dit inquiet pour la démocratie et les institutions françaises. «Le danger, c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre-ensemble», avait-il averti. «Je sais combien la démocratie est fragile.

Elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, au ressaisissement par le dialogue», avait-il dit. «On ne réforme pas un pays uniquement par le haut. Ce n’est pas propre à ce quinquennat.

Il y a eu d’autres moments où des orientations fortes fixées par le sommet n’ont pas réussi à ruisseler parce qu’il n’y avait pas suffisamment d’adhésion.» «Je pense que l’heure des territoires est arrivée. La France peut se ressouder dans son unité si, dans les territoires, le dialogue a lieu.»

De son côté, Bruno Le Maire avait évoqué une «crise de la nation», «une crise sociale», «une crise démocratique» et une «catastrophe» pour l’économie, en faisant référence aux violences liées aux manifestations.

Dans la rue depuis le 17 novembre, que vont faire les «gilets jaunes» ? Des «gilets jaunes» divisés sur la suite à donner à leur mouvement. Vont-ils passer le relais de leurs revendications aux élus locaux, les maires en l’occurrence, qui sont sur le terrain et qu’Emmanuel Macron s’est engagé à rencontrer «région par région».

Pendant ce temps, les lycéens sont dans la rue. Ils seront bientôt rejoints par les agriculteurs. Oubliés par Macron lundi soir.


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