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Le président Jacques Chirac aurait voulu faire avancer la paix au Moyen-Orient

28 septembre 2019 à 9 h 00 min

Après la mort de l’ancien président français, les médias du monde entier ont rappelé ses positions spectaculaires à Jérusalem en 1996, puis face à George Bush en 2003.

L’extrait de sa déambulation à Jérusalem a été ressorti ces derniers jours avec des millions de vues. Le 22 octobre 1996, l’internet était à ses balbutiements : «What do you want ? Me to go back to my plane and go back to France ? Is that what you want ? Let them go, let them do.» (Que voulez-vous ? Que je retourne dans mon avion et que je rentre en France ? C’est ce que vous voulez ? Laissez-les aller, laissez-les faire.)

Jacques Chirac en parle dans le deuxième tome de ses mémoires, Le temps présidentiel, publié en 2011 (NIL éditions). Après avoir expliqué que «la France reste suspecte (aux yeux d’Israël) en raison surtout de son refus de s’engager unilatéralement aux côtés d’Israël comme le font si bien les Etats-Unis et de manière quasi inconditionnelle».

Il ajoute plus loin : «Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi Damas comme première étape de ma tournée au Proche-Orient, au risque de contrarier un peu plus les autorités de Tel-Aviv. Le dimanche 20 octobre, Hafez Al Assad m’accueillit en personne à l’aéroport de Damas.»

Après avoir détaillé l’accueil plutôt froid des Israéliens à Tel Aviv, Chirac raconte sa visite dans Jérusalem : «Les Israéliens avaient deux soucis évidents, qu’ils ont mis en œuvre sans nuance comme ils en ont l’habitude. C’était, d’une part, le souci louable, même s’il est vite devenu encombrant, d’assurer ma protection et, de l’autre, celui, plus contestable et devenu tout aussi vite insupportable, de limiter le plus possible mes contacts avec la population palestinienne.

C’est ce qui a fini par me rendre furieux et la raison pour laquelle j’ai laissé spontanément éclater ma colère. Il n’y avait là rien de volontaire ni de calculé. Ce qui est d’ailleurs normal, puisque les réactions improvisées sont en général les plus sincères (…). Le seul imprévu viendra des soldats chargés de notre sécurité et dont il se confirme très vite qu’ils ont reçu l’ordre de restreindre à l’extrême notre liberté de mouvement.

D’entrée de jeu, je constate que l’armée israélienne bloque toutes les ruelles et tous les magasins environnants. Elle tient vigoureusement à distance la foule qui s’efforce, les mains tendues, de se rapprocher de notre cortège et d’exprimer à la France sa gratitude et son amitié (…). Après avoir supporté cette situation plusieurs heures durant, je finis par apostropher, excédé, le responsable des services de sécurité israéliens en l’accusant de ‘‘provocation’’ et le menaçant de regagner Paris sur-le-champ s’il ne met pas un terme à ses agissements.

Compte tenu du nombre de reporters présents, cette algarade va aussitôt connaître, dans le monde entier et notamment dans les pays arabes, un retentissement spectaculaire.» «Il est douze heures trente quand je regagne l’hôtel King David.

Le Premier ministre israélien, auquel j’ai fait adresser entre-temps une protestation officielle, m’y attend. Benyamin Netanyahou a demandé à me parler en tête-à-tête. Il commence par s’excuser auprès de moi des incidents de la matinée, tout en s’efforçant de les minimiser.

Ils ne seraient dus, selon lui, qu’à un excès de zèle d’‘‘une sécurité trop présente’’ qui le gênerait lui-même dans ses propres déplacements. ‘‘Jacques, je suis vraiment désolé, me dit-il, l’air un peu roublard, mais si tu savais comment “ils” me traitent moi aussi. Je reçois des coups dans les côtes en permanence !»

«Il n’est pas étonnant, au lendemain des incidents de Jérusalem, que je sois accueilli triomphalement le 23 octobre à mon arrivée à Ramallah. Aux yeux des foules palestiniennes, j’incarne désormais une sorte de héros providentiel.» «Il est prévu que je me rende ensuite à Gaza pour inaugurer une  »rue Charles-de-Gaulle », en compagnie de Yasser Arafat. Une centaine de kilomètres séparent Ramallah de la bande côtière.

Le choix de l’itinéraire fait l’objet, jusqu’au dernier moment, d’intenses tractations avec les autorités israéliennes, qui voient d’un mauvais œil ce déplacement et mettent tout en œuvre pour le compliquer. Pour finir, mon hélicoptère n’est pas autorisé à traverser en ligne droite, comme je le souhaitais. Il sera contraint d’effectuer un large détour par le nord afin d’éviter le survol de Jérusalem. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un traitement de faveur ! C’est celui imposé, en général, à Yasser Arafat.»

Le deuxième événement mémorable est le non à l’ONU sur une intervention en Irak : «Dominique de Villepin est venu, à ma demande, défendre le point de vue de la France. Le discours qu’il a préparé, et que nous avons relu ensemble minutieusement avant son départ pour New York, est un grand discours, à la mesure du moment historique que le monde est en train de vivre.

Dominique y exprime avec hauteur, justesse, énergie, toute la sensibilité du  »vieux pays » qui est le nôtre, éprouvé par l’histoire et qui a lui-même fait l’expérience des guerres, de l’occupation et de la barbarie. Ce plaidoyer en faveur de la paix, de l’unité de la communauté internationale, de la responsabilité des peuples face à leur destin collectif, est porteur d’un idéal et d’une conscience qui achèvent de donner tout son sens à notre engagement commun. Comme tous ceux qui, dans l’enceinte de l’ONU, lui ont réservé une standing ovation, j’en ai été heureux et fier pour notre pays.»

Aujourd’hui le Moyen-Orient reste une région dévastée. Le président jacques Chirac aura tenté au cours de son premier mandat (1995-2001) de «pacifier» les esprits. Sans résultat. Dans l’hémisphère sud, on aime garder de lui ce souvenir fugace.



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