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Accord de paix en Colombie

Le président Duque joue avec le feu

13 mars 2019 à 10 h 00 min

Dans un message télévisé, le président Duque a annoncé, dimanche, qu’il présentera devant le Parlement des objections sur 6 des 159 articles de la loi régulant la JEP, considérée comme la colonne vertébrale de l’accord signé fin novembre 2016 après quatre ans de pourparlers.

Les négociateurs de l’accord de paix historique avec l’ex-guérilla FARC, en Colombie, ont alerté l’ONU lundi sur la tentative du gouvernement actuel de «porter gravement atteinte» à ce pacte qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de confrontation armée. Les délégués de l’ex-rébellion, aujourd’hui désarmée, ainsi que du gouvernement du précédent président et Nobel de la paix, Juan Manuel Santos (2010-2018), ont transmis un courrier au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, signé par 117 personnes.

Ils y mettent en cause les réformes annoncées par le président Ivan Duque, qui entend modifier le système de Justice spéciale de paix (JEP), chargée de juger les crimes graves commis durant le conflit avec l’ex-guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). «Nous exprimons notre profonde préoccupation quant aux tentatives de porter gravement atteinte à l’application de l’accord, à la structure et au fonctionnement de la JEP, ainsi qu’au système prévu pour honorer les droits des victimes», ont-ils écrit.

Dans un message télévisé, le président Duque, en fonction depuis le 7 août, a annoncé dimanche qu’il présentera devant le Parlement des objections sur six des 159 articles de la loi régulant la JEP, considérée comme la colonne vertébrale de l’accord signé fin novembre 2016 après quatre ans de pourparlers. Le chef de l’Etat, soutenu par la droite dure et les conservateurs, a déclaré qu’il présentera un projet de réforme constitutionnelle sur trois points du statut de la JEP, approuvé par le Parlement en 2017.

M. Duque, qui ne bénéficie pas d’une majorité parlementaire stable, est déterminé à modifier l’accord, qu’il juge trop laxiste envers les ex-guérilleros accusés de crimes graves. La JEP prévoit qu’anciens rebelles et militaires, qui se soumettent à sa juridiction, puissent bénéficier de peines alternatives à la prison s’ils avouent leurs crimes, dédommagent les victimes et s’engagent à ne plus recourir à la violence.

Pour les négociateurs de l’accord, M. Duque «persiste à ériger de nouveaux obstacles ou à tenter de raviver des débats déjà menés lors du processus législatif des règles qui doivent régir le fonctionnement» de la JEP. La lettre est signée, notamment, par des délégués de l’ancien gouvernement de M. Santos et de l’ex-guérilla Farc, des personnalités politiques, universitaires et des militants pour la paix.

De son côté, la Force alternative révolutionnaire commune (Farc), le parti issu de l’ex-guérilla, a annoncé qu’il allait «solliciter de manière immédiate» l’intervention du Conseil de sécurité de l’ONU et de la communauté internationale pour éviter que la paix «soit anéantie» par la détermination du Président à faire objection à la loi.

Soutenu par l’ONU, l’accord de paix a permis le désarmement d’environ 7000 rebelles. Depuis sa signature, il a évité quelque 3000 morts par an. Les chefs de la Farc ont commencé à comparaître l’an dernier devant la JEP. Le conflit, qui déchire la Colombie depuis plus de 50 ans, a opposé au fil des décennies une trentaine de guérillas, des paramilitaires et les forces armées, faisant plus de huit millions de victimes (morts, disparus et déplacés). 

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