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Lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue au Sahara

Le Front Polisario, un acteur méconnu mais actif

08 juillet 2019 à 10 h 03 min

Des chercheurs rappellent avec force combien le mouvement de libération du Front Polisario s’est toujours gardé, en toute responsabilité, de toute dérive terroriste et note combien l’éducation contre toute forme de terrorisme est une priorité dans les campements de réfugiés. Mieux, le Front Polisario est partie prenante de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

L’Assemblé nationale française a accueilli, fin juin, à l’initiative de Jean-Paul Lecoq, député membre de sa commission des affaires étrangères, et de Régine Villemont, présidente de l’Association française des amis de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), un colloque instructif et inédit sur les défis sécuritaires qui se posent au Sahara occidental.

Animé par une brochette de chercheurs de haut niveau, le colloque intitulé «Le Sahara occidental face aux défis sécuritaires dans la région» s’était proposé de comprendre la manière dont s’intègre la RASD dans la gestion de la sûreté et de la sécurité au Sahara, un espace gangrené par le terrorisme, le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

Il s’agissait, par ailleurs, pour les intervenants de revenir sur le rôle du Front Polisario dans cet espace. Un rôle qui s’avère être d’une grande importance bien que ses actions contre le narco-terrorisme ne soient pas médiatisées.

Lors de sa prise de parole, Jean-Paul Lecoq, également président du groupe de travail sur le Sahara occidental, après avoir souligné l’originalité du thème abordé, a considéré que la première des menaces à laquelle fait face la RASD et toute la région est celle que représente le Maroc.

«Le Maroc est une puissance régionale très importante. Il contribue cependant largement, à travers son acharnement à revendiquer les territoires appartenant au peuple sahraoui, à la déstabilisation régionale et donc à fragiliser la sécurité de cet espace.

Le Maroc détient l’une des clés de la pacification de la région. Il doit en avoir conscience», assène le député français qui a dit être de son «devoir de favoriser à chaque fois l’ouverture des portes de l’Assemblée nationale française aux causes des droits des peuples et des droits de l’homme».

Zone grise ou zone oubliée

Jean-Paul Lecoq a estimé qu’à un moment donné, «les autorités françaises doivent comprendre que l’intérêt de la France, l’intérêt du Maroc et l’intérêt de l’Afrique, c’est de trouver une solution rapide au conflit du Sahara occidental».

Dans le même sillage, Régine Villemont s’est dite frappée par le fait que, «sur les cartes officielles françaises, le territoire du Sahara occidental (…) est traité de manière neutre, de manière grise». «On agit comme s’il s’agissait ni d’une zone dangereuse ni d’une zone de sécurité, alors que ce n’est pas le cas», assène-t-elle.

Entrant dans le vif du sujet, Sébastien Boulay, professeur à Paris-Descartes et membre de l’Observatoire universitaire international du Sahara occidental (Ouiso), a rappelé dans son introduction au colloque que le Sahara occidental se caractérise par «une situation précaire de ni guerre ni paix datant depuis près de 30 ans».

Cette situation, ajoute-t-il, «profite largement à court terme à l’Etat marocain qui déploie sa politique d’occupation que l’on connaît». Sébastien Boulay explique que cette situation de «ni guerre ni paix» n’empêche pas que le Sahara occidental est «un territoire où des formes d’insécurité ont cours», y compris le terrorisme.

Aussi, le conférencier a-t-il invité l’auditoire à «sortir de la rhétorique de la France qui présente le Maroc comme un Etat partenaire exemplaire de l’Occident dans le maintien de la sécurité régionale, dans la lutte contre l’immigration clandestine, le trafic de drogue et le terrorisme». «Cette rhétorique diplomatique bien huilée nous la connaissons bien. On sait qu’elle repose sur des intérêts économiques», assène-t-il.

Deux poids, deux mesures

Pour Sébastien Boulay, la question des défis sécuritaires au Sahara occidental s’impose d’autant que le territoire est géographiquement proche du nord du Mali, une région mise en coupe réglée pendant longtemps par les groupes terroristes.

Pour lui, il ne fait donc pas l’ombre d’un doute que le Sahara occidental et le nord du Mali sont confrontés aux mêmes risques sécuritaires.

Pourtant, fait-il remarquer, «les deux régions voisines bénéficient d’un traitement très différent, notamment dans les médias français».

Pourquoi ? Pour lui, la réponse est assez claire : «Le Nord-Mali est devenu, depuis 2012, un terrain de guerre où sont impliquées militairement contre le terrorisme des forces de maintien de la paix de l’ONU, la Minusma, avec une ex-puissance coloniale, la France, qui joue le beau rôle du gendarme (…)

Au Sahara occidental, poursuit-il, «la France occupe une position au contraire de blocage dans la résolution du conflit, qui dure depuis plusieurs décennie, position qui participe de cet insécurité régionale et de l’insécurité des populations qui vivent dans ces espaces, notamment des réfugiés».

Forcément, dit-il, on ne veut pas ou on n’ose pas en parler. «Ce double jeu de la diplomatie française semble totalement schizophrénique aujourd’hui et illisible pour les populations qui vivent dans ces régions», regrette-t-il.

Sébastien Boulay soutient, par ailleurs, que la société sahraouie, contrairement à certains pays de la région, n’a pas produit beaucoup de terroristes car elle est globalement prémunie contre l’extrémisme religieux.

«Si le terrorisme ne séduit pas une jeunesse sahraouie pourtant désillusionnée, c’est sans doute parce que, bien que contrainte à une vie de réfugiés depuis 40 ans, elle a reçu une éducation de qualité et parce que l’islam y a toujours été à sa place, un islam d’ouverture et de progrès.

L’islam radical ne les séduit guère», explique-t-il pour couper court à la propagande marocaine qui essaye d’établir des liens entre les terroristes et les Sahraouis afin de discréditer la lutte du Front Polisario pour l’indépendance.

Le jeu trouble du Maroc

Invité à évoquer la responsabilité de la RASD dans la stabilité de la région, Oubi Bouchraya, représentant du Front Polisario en France, mentionne d’emblée que le Sahara occidental, qui vit un conflit de décolonisation inachevée, se trouve impliqué dans la lutte face aux nouveaux défis sécuritaires qui se posent à la région et que la RASD y joue un rôle actif.

«La RASD tente d’assumer la responsabilité qui lui incombe en tant qu’acteur régional. Notre gouvernement déploie d’importants efforts pour sécuriser la région. Nos efforts sont souvent méconnus et souvent peu valorisés par la communauté internationale, mais leur efficacité est reconnue par les pays du voisinage immédiat», explique Oubi Bouchraya.

Le responsable sahraoui précise que malgré des moyens limités, l’armée sahraouie de libération, à travers des unités spécialisées qui connaissent le terrain et présentent une réelle expérience, mène une lutte implacable contre le trafic de drogue, l’immigration clandestine et le terrorisme.

Le représentant du Front Polisario en France souligne que l’une des principales menaces à laquelle fait face la RASD est le trafic de résine de cannabis qui vient par dizaines de tonnes du Maroc. Un trafic, soutient-il, qui n’aurait pas pu prospérer sans la complicité des autorités marocaines. Il rappelle à ce propos que la région est un espace hyper militarisé, en particulier le Sahara occidental.

Pour lui, la drogue marocaine n’aurait pas pu traverser le mur militaire qui sépare le Sahara occidental et se retrouver avec une aussi grande facilité en Mauritanie et au Sahel si le makhzen n’avait pas une main dans ce trafic. Oubi Bouchraya souligne que «le mur militaire marocain est le point de passage central pour le trafic de drogue, mais aussi pour quelques activités liées au terrorisme».

«Franchir ce mur sans la complicité des unités de l’armée marocaine, fortes de 120 000 hommes, est pratiquement impossible», martèle-t-il, ajoutant que l’axe Maroc-Sahara occidental occupé-Mauritanie est l’une des principales routes qu’empruntent les trafiquants marocains pour écouler leur drogue.

C’est de là que remonte aussi la cocaïne latino-américaine. Autrement dit, le Maroc déstabilise davantage la région en s’adonnant à une telle activité criminelle. Oubi Bouchraya signale en outre une jonction en 2007 entre les trafiquants de drogue et les groupes terroristes. C’est ce qui, explique-t-il, donnera naissance au phénomène du narco-terrorisme.

Le groupe terroriste se faisant appeler le Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), qui avait fait des Sahraouis et de l’Algérie ses cibles privilégiées, incarne le mieux cette évolution criminelle. Il précise que beaucoup d’observateurs pensent que le Mujao est une création de laboratoire.

Engagement sahraoui

Malgré les victoires enregistrées par la RASD en matière de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue, Oubi Bouchraya reconnaît que les autorités sahraouies font face à de nombreux obstacles.

Des obstacles qui impactent leurs actions sur le terrain. Il a évoqué, à titre d’exemple, le manque d’équipements, de moyens de transport, de communication et de capacité d’écoute que le gouvernement sahraoui n’a pas réussi à avoir jusqu’à maintenant.

A cet égard, il a indiqué que la non-reconnaissance par les pays européens de la RASD ne doit pas les empêcher d’aider les Sahraouis, «car il s’agit d’un combat pour la sécurité de tous qui ne doit pas concerner uniquement les autorités sahraouies». «Ces menaces sont largement transfrontalières», insiste-t-il.

Quoi qu’il en soit, le responsable sahraoui fait savoir que «la RASD continuera de lutter contre ces fléaux afin d’assurer la stabilité de la région et honorer ses engagements pris avec ses partenaires régionaux et continentaux». «Il y va aussi de la sécurité son projet national qui reste son objectif premier et de son compromis historique vis-à-vis de son peuple», a-t-il souligné.

Mohamed Sidina Cheikh Hamdi, professeur d’histoire à l’université de Nouakchott, a expliqué pour sa part que l’on ne peut pas comprendre les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays de la région s’ils ne sont pas mis dans leur contexte régional global.

«La question du terrorisme, du trafic de drogue et de l’immigration clandestine est un phénomène international. Aucune nation ne peut à elle seule affronter ces défis. Le concept de sécurité nationale a évolué.

Pour être en sécurité, il ne suffit plus à une nation de sécuriser ses frontières. Il est important qu’elle entretienne des relations avec ses voisins pour y parvenir. Il y a une interdépendance», a-t-il plaidé. Et de poursuive : «C’est la raison pour laquelle nous trouvons dans la région des acteurs loin de leurs bases.»

«L’Afrique de l’Ouest et le Sahel sont devenus des éléments importants pour la sécurisation du monde, en premier lieu de l’Europe», a-t-il mentionné. De la même manière, il n’est pas possible, selon lui, de traiter les défis sécuritaires au Sahara occidental sans traiter les défis sécuritaires en Afrique de l’Ouest ou au Sahel.

La RASD au G5 Sahel ?

Tout en mettant en relief le rôle néfaste joué par le Maroc dans la région, Mohamed Sidina Cheikh Hamdi a recommandé que soit accordé le statut d’observateur à la RASD dans toutes les configurations sécuritaires. Pour lui, l’implication du Front Polisario dans la lutte contre le narco-terrorisme et l’immigration clandestine est importante dans la mesure où il accomplit déjà un travail précieux.

Dans leurs conclusions, les participants au colloque ont d’ailleurs plaidé en faveur de l’établissement de passerelles entre la RASD et le G5 Sahel.

«La non-reconnaissance de la RASD par les pays européens ne doit pas conduire à négliger son rôle dans le maintien de la sécurité régionale, mais au contraire les inviter à renforcer la capacité de la RASD en ce domaine, y compris au sein du G5 Sahel. Il s’agit en effet de menaces transfrontalières et d’un combat pour la sécurité de tous», soutiennent-ils.

Abdelkader Abderrahman, professeur à l’université de Lyon, a évoqué de son côté le rôle de l’Algérie dans la stabilisation de la région. Pour l’intervenant, «l’Algérie a un rôle important à jouer non seulement pour sa stabilité mais aussi pour celle des autres».

Et de poursuivre, exemples à l’appui : «Elle s’acquitte de ce rôle sans faire de bruit. C’est ce qui fait, dit-il, de l’Algérie un indispensable interlocuteur pour les Etats-Unis, l’Union européenne, la Russie et la Chine.»

«Contrairement à ce qui se dit ici et là, l’Algérie assume son rôle de leader régional. Elle ne le fait pas ouvertement, mais dans les faits, elle est présente. Elle en parle peu c’est tout. L’Algérie est une force de stabilité dans la région.

Elle n’économise pas ses efforts pour la paix chez ses voisins du Maghreb et du Sahel», enchaîne-t-il, tout en insistant, lui aussi, sur l’interdépendance de la sécurité de l’Afrique du Nord et du Sahel.

Ambivalence marocaine

Dernier intervenant, Carlos Luiz Miguel Ruiz Miguel, professeur en droit constitutionnel à l’université Santiago de Compostelle, s’est employé, pour sa part, à déconstruire le discours marocain vis-à-vis des enjeux sécuritaires régionaux. Pour lui, il n’y a pas de doute : le Maroc, contrairement à son discours officiel, nourrit et aggrave l’instabilité régionale.

Le conférencier s’étonne d’ailleurs que l’Union européenne considère ce pays comme un acteur-clé dans la lutte contre le terrorisme alors qu’il n’a commencé à avoir un discours sur le phénomène qu’à partir des attentats de Casablanca en 2003. Pis encore, soutient-il, Rabat a eu une attitude trouble vis-à-vis du terrorisme.

L’universitaire espagnol a ainsi rappelé des déclarations d’anciens officiels marocains, parmi lesquels Driss Basri, dans lesquelles ils ont reconnu que «le Maroc a soutenu le terrorisme en Algérie». Il a aussi évoqué des connexions entre le Maroc et des réseaux islamistes en Europe.

Pour Carlos Luiz Miguel Ruiz Miguel, le Maroc ne peut également pas être pris au sérieux sur la question de la lutte contre l’immigration clandestine, dans la mesure où tantôt il considère le phénomène comme une menace, tantôt il rechigne à le combattre.

Cette attitude ambivalente lui faire dire que les autorités marocaines utilisent la carte des migrants clandestins comme un moyen pour faire pression sur l’Europe. Pourquoi ? Le chercheur estime que la manœuvre est destinée, entre autres, à obliger Bruxelles à fermer les yeux sur l’occupation illégale du Sahara occidental et à importer les produits agricoles marocains et sahraouis.

Carlos Luiz Miguel Ruiz Miguel retient aussi qu’«il y a très peu de déclarations officielles des autorités marocaines condamnant le trafic de drogue, qui est pourtant une menace sécuritaire».

Pour lui, l’autre élément qui plaide pour dire que le Maroc est un facteur d’instabilité vient du fait qu’il prône ouvertement une politique expansionniste. La monarchie marocaine, a-t-il dit, a toujours des vues sur les territoires des pays de son voisinage immédiat. Cela en plus du fait qu’il occupe déjà illégalement un territoire qui n’est pas le sien, le Sahara occidental.


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