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Sidi Bouzid va fêter, aujourd’hui, le troisième anniversaire du déclenchement de la révolution populaire qui a poussé Zine El Abidine Ben Ali à fuir.

le dur retour à la réalité des Tunisiens

17 décembre 2013 à 10 h 00 min

Tunis
De notre correspondant

C’est en effet le 17 décembre 2010 que Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu, entraînant des soulèvements populaires en Tunisie d’abord, avant qu’ils ne s’étendent à plusieurs autres contrées du monde arabe. Trois ans après, où en est-on ? L’ambiance est plutôt morose à Sidi Bouzid à 48 heures du début des festivités du troisième anniversaire de la révolution tunisienne. Point de signes extérieurs de joie, annonciateurs d’un grand événement qui se prépare. «Rien n’incite à la fête», explique Attia Athmouni, premier porte-parole du comité de soutien du soulèvement des habitants de Sidi Bouzid, qui s’est formé le soir même du 17 décembre 2010.

«Il est vrai qu’en encadrant les premières protestations citoyennes suite à l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, nul n’avait en tête que Ben Ali allait partir quatre semaines plus tard. Mais nul n’avait en tête, non plus, que trois ans après la chute de Ben Ali, Sidi Bouzid allait rester toujours aussi marginalisée et plongée dans la misère et le chômage», poursuit ce syndicaliste, professeur de philo lors de ce soulèvement populaire, qui est passé entre-temps à la retraite. «Pourquoi voulez-vous qu’il y ait des signes de fête ?», s’interroge-t-il.

Amertume et colère

En ville, la vie poursuit son train-train. Chacun vaque à ses occupations. Même dans les environs de l’UGTT, rien ne laisse présager un événement spécial. Am Ali, un sexagénaire vendeur de cigarettes pas loin de ce lieu, ne se rappelle même pas de la date exacte du déclenchement de la révolution. «Pauvre Bouazizi, il s’est brûlé et nous a fait brûler avec lui», dit-il avec amertume. Am Ali n’a pas voulu s’étendre sur les détails de l’événement qui a déclenché le fameux Printemps arabe. «Il suffit de voir ces saletés encombrées et de sentir ces odeurs suffocantes pour comprendre où en est aujourd’hui Sidi Bouzid. Je n’ai rien à vous ajouter», s’est-il limité à lancer d’un ton amer. 

Sur l’avenue Habib Bourguiba, artère principale de Sidi Bouzid, les citoyens ont accepté de répondre à nos questions. Leurs réponses rivalisent de critiques à l’encontre du pouvoir de la troïka. «Les autorités nous punissent parce que nous n’avons pas voté pour Ennahdha», indique Mohamed Touhami, un jeune étudiant de 22 ans. «Il n’y a même pas de délégation spéciale pour s’occuper des affaires municipales», reproche la jeune Neila, titulaire d’une licence en droit, au chômage depuis trois ans. «Les aides pour monter des projets sont accordées aux sympathisants d’Ennahdha», accuse Salah, un aide-comptable, détenteur d’un master professionnel.

A la question sur la désormais existence d’une liberté d’expression, qui n’était pas là sous Ben Ali, Attia Athmouni répond qu’il y a «un risque évident que c’est la contre-révolution qui va exploiter ces espaces de liberté pour revenir et occuper la scène». A titre d’exemple, il cite «les Destouriens et les RCDistes qui reviennent sur le devant de la scène et se rassemblent». Attia regrette l’absence de «reddition des comptes». «La révolution nous a été volée», déplore-t-il.

Rejet de l’autorité

Signe de cette colère populaire : la coordination 17 Décembre de la société civile et politique de Sidi Bouzid a informé les autorités que «les trois présidents ne sont pas les bienvenus à Sidi Bouzid lors de cet événement». «Rien n’a été réalisé pour justifier une fête et nous ne voulons plus entendre de nouvelles promesses creuses. Nous allons juste célébrer cet événement historique et manifester pour exprimer notre colère contre la politique du gouvernement qui a trahi les objectifs de la révolution et même ses propres engagements», a souligné Youssef Jelili, porte-parole dudit comité.

Des propos similaires sont repris par Lazhar Gammoudi, secrétaire général de l’Union régionale du travail. «Les politiques poursuivies par les gouvernements de l’après-révolution n’ont rien apporté de concret pour cette région qui caracole toujours en tête des statistiques de chômage et en bas des ratios de santé ou de développement», explique le dirigeant syndicaliste. En termes plus «philosophiques», Attia Athmouni dit que «la logique de l’Etat l’a emporté sur la logique de la révolution». «Les partis politiques ont délaissé la révolution et ses objectifs et se sont concentrés sur la répartition de ce gâteau, qu’est le gouvernement et les portefeuilles», ajoute-t-il avec regret.

La population de Sidi Bouzid est dans la phase du désabusement après celle de l’euphorie de la première année de la révolution. Les deux années de gouvernance d’Ennahdha n’ont rien apporté à la région. Le taux de chômage est toujours le plus élevé du pays, avec 24,8%. Le chômage grimpe par ailleurs à plus de 50% parmi les jeunes diplômés. «Comment voulez-vous que la jeunesse garde espoir, quand elle ne voit rien des chantiers promis ?», conclut Attia Athmouni.
 

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